ART BRUT. Live Top Of The Pops (Islington Elbow Room, Londres - Jeudi 6 Janvier 2006)

Avant de s’engager dans un tour d’Europe marathonien, Eddie Argos et sa bande d’art-rockers ont décidé de faire une dernière halte londonienne en tant que special guests d’une soirée à l’intitulé étrange : « Dead Giraffe! ». Le concept de cette soirée consiste à associer comédie et musique, dans un mélange des genres plutôt risqué. D’ordinaire les groupes de rock se prennent un peu trop au sérieux. Heureusement, Art Brut n’est pas un groupe comme les autres, en fait, Eddie Argos sera de loin le performer le plus drôle ce soir.

Après deux heures de stand up à l’américaine et deux soi-disant stars de l’humour – Rufus Hound et Arj Baker, ça vous dit quelque chose? – le premier groupe, nommé The Proof, monte sur scène et entame le show en annonçant la couleur : « now it’s serious ». Ils n’ont pas tort. The Proof se prennent très au sérieux et desserrent à peine les mâchoires pendant leur très mauvais show.

Batterie robotique, synthé eighties, guitare, diva mercurienne au chant – le groupe accumule les fautes de mauvais goût. Les compositions sont sous influence Keane/Coldplay et sonnent comme la pire soupe FM. La personne qui irrite le plus dans tout cela est l’insupportable chanteur qui hulule pendant une demi-heure, oscillant sans cesse entre falsettos suraigus et voix de baryton dans  une surprenante gymnastique vocale. Dans la chanson intitulée « Prince Of Bagdad », il attaque la chanson façon Tom Jones, un peu comme l’insupportable chanteur de Nickelback avant de hurler et de partir dans les aigus à la Justin Hawkins. Pénible. On pense souvent à U2 pendant leur set, c’est dire…

Pour échapper à ce moment douloureux, on essaie de s’éloigner, chose peu évidente dans cette salle mal foutue. La scène – sans estrade – étant située au bout du bar (qui prend plus de place que la piste), seuls les cinq premiers rangs ont une chance de voir quoi que ce soit. En fait, un écran géant est placé au niveau du dixième rang pour que le nombreux public ne se sente floué – vaste foutaise, le cameraman atteint de la maladie de Parkinson rend les choses encore pire.

¡Forward Russia! déboulent avec leurs t-shirts identiques (imprimé de leur logo ¡!) et récitent leur leçon d’art-rock. Le groupe s’apparente énormément à Bloc Party (la batteuse est excellente) avec un chanteur insupportable qui lui aussi hurle en falsetto du début à la fin de leur set. Y avait-il un contest organisé ce soir? On maudit Jeff Buckley, Matthew Bellamy et toutes les Starac’ d’avoir inspiré tant de mauvais beuglards… Pour ajouter à son casier, on parlera des attitudes hyper maniérées de ce gonflant frontman qui se la joue « à fond d’émotion » pendant 45 minutes, se prenant la tête à deux mains, chantant plié en deux, tournant sur lui-même, mimant le désespoir et s’énervant tout rouge. Le genre de première partie qui incite à traîner côté bar.

Quand on connaît la côte qu’a ce jeune groupe dans le très influent NME – qui l’a couronné « greatest unsigned band in Britain » et fait campagne pour qu’il trouve un label, mettant son guitariste en 42e position de leur fumeuse Cool List et un de ses morceaux Track Of The Week –, on s’interroge… Où va la musique? Est-on parti pour se taper une décennie de new-wave imbuvable? Le fol enthousiasme généré par l’arrivée de jeunes groupes rock’n’roll en 2001 a disparu. L’heure est à la morosité synthétique.

Heureusement, en ces temps de morosité et de giscardisme, un homme a décidé de sauver le monde (ou plutôt de réconcilier Israël et la Palestine, ce qui revient au même) et de nous redonner la foi – et le sourire : Eddie Argos. Sa moustache, sa boucle d’oreille, ses bourrelets, son accent de Bournemouth. La rock-star la plus improbable depuis… personne en fait. Il n’y a qu’un seul Eddie Argos.

Alors que la pause entre ¡Forward Russia! et Art Brut dure depuis maintenant une éternité et que tout le public commence à regarder sa montre inquiet à l’idée de rater le dernier métro, le personnage et repéré en train de nager à contre-courant de la scène, une bière à la main et hilare. Mais que fait-il? Vingt minutes plus tard, une main se pose sur mon épaule (« Sorry ») et une moustache frétillante se glisse entre mon voisin et moi pour rejoindre le devant de la scène. Le groupe montera sur scène un bon quart d’heure après cette croustillante et complètement inutile anecdote. Ce concert d’Art Brut sera placé sous le signe de l’urgence, non pas de la part du groupe mais du public, et de la question « aurai-je mon métro? ». De fait, plusieurs personnes partiront avant la fin du concert et seule la moitié de la salle verra le rappel. Grosse erreur car ce soir Art Brut ont été excellents.

Entrant en scène alors que son groupe parodie AC/DC comme d’habitude, Eddie Argos est en verve ce soir. Pour son dernier concert londonien avant longtemps, et à proximité de son propre quartier, il veut bien faire les choses mais réclame de l’indulgence car le groupe vient d’accueillir un nouveau membre. Coiffé tendance bloc-head, Jasper Future se veut un anti Chris Chinchilla, le discret guitariste au physique de professeur de géographie qui le précédait dans le groupe. Avec son exubérant batteur jouant debout, sa timide bassiste, son soliste hirsute, son dandy de chanteur et maintenant son Brice de Nice local par-dessus, Art Brut est un des groupes les plus excitants à voir autant qu’à entendre.

Le groupe entame inévitablement sur « Formed A Band » repris en chœur par le public qui connaît toutes les paroles par cœur. Il en sera ainsi pendant tout le concert qui sera un incroyable sing-along (ou plutôt shout-along), hormis évidemment pendant les nouveaux morceaux que le groupe joue pour la première fois en concert. Il y en aura deux ce soir. Le premier, assez lent, semble s’intituler « Punk Rock Is A Miracle » et n’emballe pas plus que ça. Le second est une attaque punk qui parle de trains ratés à un débit un peu trop rapide pour qu’on saisisse tout. Plus direct, plus efficace que le premier, ce morceau est encourageant pour l’avenir du groupe. 

Pour ne pas égarer le public, le groupe revient sur un des meilleurs moments de son premier album, « My Little Brother », dont le rythme binaire déchaîne les cinq premiers rangs. Eddie n’est pas en reste; il est debout sur les grilles de sécurité depuis son entrée sur scène, maintenu en position par des fans à ses pieds, les mêmes qui tentent de le dévêtir de sa chemise (« You wouldn’t want to see that, I tell you!« ). La chanson s’achève sur le fameux « Keep! Off! The! Crack! » doublé d’un « Keep! Off! Pete! Doherty! » adoubé par le public. « He’s a baaaad man » ajoutera Argos, qui abhorre le modèle que représente le chanteur de Babyshambles auprès de la jeunesse.

Le groupe enchaîne ensuite sur une salve de morceaux à faire pâlir d’envie n’importe quel groupe actuel. Le riff gargantuesque de « Modern Art » est suivi par celui d' »Emily Kane » – Argos explique en préambule que la demoiselle en question l’a contacté et qu’il s’est rendu compte que ce n’était pas elle qu’il aimait, mais le fait d’avoir 15 ans – et le « tube du groupe à l’étranger », « Good Weekend ». Pour finir son set, le groupe livre son manifesto « Bad Weekend ». A l’issue de ce morceau, le chanteur nage dans la foule, serre plus de paluches que Jacques Chirac au salon de l’agriculture, monte sur le bar tandis que le public hurle « ART BRUT! TOP OF THE POPS! » dans une communion qui frise l’endoctrinement.

Lorsque les lumières se rallument, la salle ne tarde pas à se vider. Une queue formée de gens rougis par l’alcool et une heure de pogo se forme près de l’accès au vestiaire. Tant pis pour eux, ils rateront le rappel qui fut bref, punk et intense. Les cris primaux « Bang Bang Rock’n’Roll » et « 18000 Liras » – excellent choix pour terminer en gueulant un bon coup –  laissent les derniers guerriers à genoux. On quitte la salle en passant devant la file de gens qui rateront le dernier métro pour avoir laissé leur veste à l’entrée en leur jetant un sourire narquois (si ça intéresse quelqu’un, on a eu le dernier à une minute près). Art Brut débarque en France sous peu. Rater ça serait un crime.

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

7 Comments

  1. Je m’étais offert ce concentré de pop-rock vers Noël, et pour une fois que j’ai la jaquette avec les paroles, en ai profité pour lire un peu ce que racontait ce jeune groupe, j’ai accroché au bout de quelques chansons… à quand leur passage dans ma région?

  2. Ils sont en France en ce moment meme! Il n’est pas encore trop tard pour trouver des places je pense. La France est quand meme le seul pays au monde ou on acheter une place pour les White Stripes ou les Srtokes la veille de leur concert… Art Brut devrait pas poser de probleme.

  3. cela meriterait un débat sur la place du Rock en France, je pourrais te tenir des pages entieres sur l’ignorance musicale des gens qui peuplent ma région (certes campagnarde=> Gers), exemple avec la petite salle de concert non loin de chez moi (le Cri’Art) qui presente des artistes pas mal du tout, et remplissent les salles parisiennes, recemment The Film, et on se rend compte qu’une 50aine de personnes viennent, c’est lamentable…

    enfin vive le Net pour s’informer de tout ça et telecharger un max de chansons pour decouvrir ces nouveaux groupes.

  4. Salut,

    Pas plus tard qu’hier je suis allé à la rencontre de ce fameux eddie argos avec un de mes pote que l’on nommera Mr A.

    Après s’être perdu à Dijon et retrouvés par enchantement devant la salle de concert dix minutes avant le début, on se rend compte qu’il n’y a pas un seul vendeur de saucisse et qu’on va devoir se nourrir donc de bière !

    La 1ere partie est "brillamment" orchestree par Kill the young (du green day sauce sum 41 chanté par jon bonjovi) qui fait frémir toutes les jeunes ados du 1er rang .. nous pendant ce temps on boit des bières, tout en se demandant qui est ce "vieux type" , avec ses GROSSES lunettes noires et sa moustache dans un coin de la salle…

    On devra attendre une bonne demi heure pour en avoir la réponse , lorsqu’on le verra monter sur la scene au son d’ACDC…Voilà c’est parti pour 1h15 de pur bonheur art brutien!  Pour le contenu, je vais pas reprendre ta chronique , on a assisté au quasi même listing agrémenté d’une 3eme nouvelle chanson dont mon respect pour les futurs spectateurs et ma compréhension trés limitée de l’anglais m’obligeront à ne pas en dire plus. Quand à  Eddie il n’a pas hésité à plonger dans la foule pogotante pour ensuite revenir du fond de la salle d’un air toujours distingué!

    On avais pas de métro a prendre mais simplement 2h de route pour rejoindre Belfort en rotant un sandwich poulet crudité (?) acheté 50 euros a la station service de l’aire de Dole quelque chose…..

     

    Tanguy et Laverdure

     

     

     

  5. Je m’étais offert ce concentré de pop-rock vers Noël, et pour une fois que j’ai la jaquette avec les paroles, en ai profité pour lire un peu ce que racontait ce jeune groupe, j’ai accroché au bout de quelques chansons… à quand leur passage dans ma région?

  6. cela meriterait un débat sur la place du Rock en France, je pourrais te tenir des pages entieres sur l’ignorance musicale des gens qui peuplent ma région (certes campagnarde=> Gers), exemple avec la petite salle de concert non loin de chez moi (le Cri’Art) qui presente des artistes pas mal du tout, et remplissent les salles parisiennes, recemment The Film, et on se rend compte qu’une 50aine de personnes viennent, c’est lamentable…

    enfin vive le Net pour s’informer de tout ça et telecharger un max de chansons pour decouvrir ces nouveaux groupes.

  7. Salut,

    Pas plus tard qu’hier je suis allé à la rencontre de ce fameux eddie argos avec un de mes pote que l’on nommera Mr A.

    Après s’être perdu à Dijon et retrouvés par enchantement devant la salle de concert dix minutes avant le début, on se rend compte qu’il n’y a pas un seul vendeur de saucisse et qu’on va devoir se nourrir donc de bière !

    La 1ere partie est "brillamment" orchestree par Kill the young (du green day sauce sum 41 chanté par jon bonjovi) qui fait frémir toutes les jeunes ados du 1er rang .. nous pendant ce temps on boit des bières, tout en se demandant qui est ce "vieux type" , avec ses GROSSES lunettes noires et sa moustache dans un coin de la salle…

    On devra attendre une bonne demi heure pour en avoir la réponse , lorsqu’on le verra monter sur la scene au son d’ACDC…Voilà c’est parti pour 1h15 de pur bonheur art brutien!  Pour le contenu, je vais pas reprendre ta chronique , on a assisté au quasi même listing agrémenté d’une 3eme nouvelle chanson dont mon respect pour les futurs spectateurs et ma compréhension trés limitée de l’anglais m’obligeront à ne pas en dire plus. Quand à  Eddie il n’a pas hésité à plonger dans la foule pogotante pour ensuite revenir du fond de la salle d’un air toujours distingué!

    On avais pas de métro a prendre mais simplement 2h de route pour rejoindre Belfort en rotant un sandwich poulet crudité (?) acheté 50 euros a la station service de l’aire de Dole quelque chose…..

     

    Tanguy et Laverdure

     

     

     

Laisser un commentaire