COLD WAR KIDS – Robbers & Cowards A découvrir

(V2 2006)

On n’a pas été emballé tout de suite par Cold War Kids. Avec le nombre de groupes qui émergent en ce moment – entre la riche scène britannique, le vivier rock indé américain, les groupes garage  scandinaves, les jeunes groupes français qui font parler d’eux et la riche scène sixties qu’on a pas fini de creuser – il est physiquement impossible d’écouter tout ce qui sort. Internet est un redoutable piège : tous les groupes sont à portée de main, alors on zappe. En général les premiers singles sont le test ultime. Si le clip accroche, on a envie de plus creuser. De fait, tous les groupes difficiles, ceux qui supportent mal le format single car leur musique est trop atypique ou dépourvue de gimmicks, ratent le test. Or, chacun sait que ce sont ces groupes à l’univers singulier qui sont souvent les plus passionnants.

Si on n’avait pas décidé d’insister pour comprendre pourquoi Cold War Kids emballaient tant de monde sur les forums et dans la presse anglo-saxonne on aurait sûrement raté un album de grande qualité. Robbers And Cowards est une récompense magnifique pour ceux qui auront la patience de s’y livrer à corps perdu. On y trouve le meilleur de ce qu’on peut trouver dans le rock indépendant américain aujourd’hui : des mélodies magnifiques, un chanteur qui pousse sa voix singulière haut dans les aigus, souvent au bord de l’explosion, des ambiances sombres souvent empreintes de tristesse, du talent pur.

Comme il est souvent de – triste – coutume, les meilleurs morceaux sont placés en début d’album. La première chanson, « We Used To Vacation » possède la même descente que « Little Funny Frog » de Belle & Sebastian. On est plus dans la « variation sur un même thème » que dans le plagiat, et la chanson de Cold War Kids prend aux tripes d’entrée au point qu’on ne leur en veut même pas. « Hang Up To Dry », excellent morceau désabusé, arrive ensuite. On vous invite à essayer de chanter le refrain sans vous faire honte lorsque la voix magnifique de Nathan Willett atteint des notes qui font résonner une corde sensible. A l’arrière plan, une roue de vélo tourne, un piano désaccordé est martelé, le monde s’écroule, et cette voix irréelle surnage. Magnifique. Il y a un désespoir chez Cold War Kids qui rappelle celui de Berlin de Lou Reed.

Sur « Saint John », on pense aux White Stripes de De Stijl – on se rend compte au passage que la voix de Willett ressemble à celle de Jack White, si ce dernier fumait moins –, sur « Passing The Hat » le groupe entre dans des eaux aventureuses avec un morceau chaloupé aux couleurs sud-américaines : le talent des Cold War Kids dépasse les genres, leur désespoir se traduit dans toutes les formes de musique qu’ils appréhendent.

L’album souffre néanmoins de nombreuses imperfections. Certains morceaux manquent de personnalité et le rendent un peu longuet. L’exemple type demeure « Tell Me In The Morning », qui ne décolle qu’après 1’40 » d’atermoiements et semble durer deux fois plus longtemps que sa durée affichée (heureusement, un refrain magnifique sauve la mise). L’ambiance pesante qui règne tout au long de cet album étouffant n’y est pas étrangère. Après une demi-heure à broyer du noir, on a besoin d’air, d’écouter quelque chose de léger, un truc qui pulse plus et nous redonne le moral. Robbers And Cowards est l’album déprimant de l’année, c’est un aller sans retour, qu’on vous invite à effectuer.

 

 

Tracklisting :

1. We Used to Vacation *
2. Hang Me Up to Dry *
3. Tell Me in the Morning
4. Hair Down
5. Passing the Hat
6. Saint John *
7. Robbers
8. Hospital Beds
9. Pregnant
10. Red Wine, Success!
11. God, Make Up Your Mind
12. Rubidoux

 

Vidéo : 

« Hang Me Up To Dry »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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