THE DANDY WARHOLS – Odditorium Not Dark Yet

(Capitol 2005)

Les Dandy Warhols sont un des ces groupes qui polarise l’opinion : on les aime ou on les déteste. Quoiqu’il en soit, on doit au groupe de Portland d’avoir contribué à maintenir le rock en vie pendant ces difficiles années 90 n’existant que pour la techno, les boys bands et la rap machiste de prétendus gangsters.

Welcome To The Monkey House, manifeste electropop produit par l’ex-Duran Duran Simon LeBon, avait divisé la critique lors de sa sortie en plein revival garage-rock. Les Dandys refusaient alors la couronne indie qui leur était tendue pour se perdre dans une pop eighties gluante. Odditorium… arrive dans la foulée du stupéfiant documentaire Dig! et marque un retour bienvenu au son des Dandys du début, le son de ces jams cosmiques qu’on les voit exécuter pendant les deux heures de ce film dékà culte. Car comment ne pas parler de ce filmauquel on a accole des qualificatifs extravagants, certains allant même jusqu’à parler de plus « film rock ultime » ou « plus grand documentaire rock de l’histoire »?

De manière générale, les gens qui ont vu « Dig! » ont fait deux choses :

a) réécouté les Dandy Warhols en rentrant.
b) déniché un ou plusieurs disques des Brian Jonestown Massacre (au hasard la compilation sortie en même temps que le film).

Dire que notre intérêt pour le groupe – en sommeil depuis Welcome to The Monkey House – s’est réveillé est un euphémisme. On attendait cet album, on se demandait ce que pouvait faire la bande de Courtney Taylor-Taylor après un tel film, une telle incursion dans leur intimité…

Le génie des Dandys est d’avoir toujours su anticiper les vagues, changeant de formule avant qu’elle ne périme, nageant à contre-courant au point de faire figure de pionniers (oui, ...Monkey House a anticipé la vague eighties actuelle d’une bonne année). Quelle sera la prochaine vague alors ? Si on en croit Odditorium…, le futur du rock s’appelle The Brian Jonestown Massacre. Après un film qui les a dépeints en carriéristes calculateurs à l’opposé des hédonistes géniaux de The Brian Jonestown Massacre, Coutney Taylor-Taylor et son accent dégoulinant ont décidé de défier Anton Newcombe et sa troupe sur leur propre terrain.

Odditorium… propose un condensé des quatre premiers albums des Dandy Warhols. On retrouve des jams far-out un peu condescendantes, des morceaux synthétiques dans la lignée de « Monkey House » (« Everyone Is Totally Insane », « A Loan Tonight »), des morceaux pop à la rythmique lancinante facon « Boys Better » (comme « Love Is The New Feel Awful » qui ouvre l’album et réconcilie avec le groupe, et « Down Like Disco ».) Ces derniers morceaux portent la marque Dandys/BJM ; une couche de guitares saturées au fond, une guitare acoustique marque les accords, une basse proéminente, de l’écho dans tous les sens, des choeurs sixties et une guitare psychédélique qui se tresse autour de la mélodie.

On retrouve les Dandys dans leur élément, dans ce qu’ils savent faire de meilleur. Comme a l’époque Thirteen Tales, une trompette mariachi illumine la plupart des morceaux. L’exemple parfait est le single « All The Money Or The Simple Life Honey  » ou la complémentarité entre le groupe et le cuivre est éclatante. Sur ce morceau, les Dandy Warhols battent les Stones sur leur propre territoire (la comparaison avec Bigger Bang est douloureuse pour les glimmer twins). De la même façon, on a nouveau droit a un intermède de country déjantée avec « The New Country ». Dans la space-jam de 7 minutes de « Easy », qui commence comme du Garbage – stupid giiiiiirl… -, se transforme en Blur periode 13, et se termine en orgie sonore 48 pistes, une trompette à la Miles Davis fait s’envoler la fin du morceau en space-jazz-rock. Idem pour « Holding Me Up », autre jam de 7 minutes, ou les Dandys refont le coup des handclaps irrésistibles avant de partir dans un délire du même acabit.

On sent que le groupe s’éclate dans ces ambiances de fin de soiree ou tout le monde gratouille, picole, tapote sur un tam-tam et frappe des mains… le résultat flirte souvent avec la condescendance (et même l’inutile : dans « Did You Make A Song With Otis » on entend une bande d’alcooliques brailler autour d’un feu de bois). Si vous n’aimez pas les délires hippies, allez voir ailleurs. Heureusement, les Dandys montrent qu’ils savent encore rocker, par le single « Smoke It » qui est peut-être ce que le groupe a jamais fait de mieux – Odditorium… aurait sans doute gagné a contenir plus de chansons de ce style.

Ce que prouve cet album, c’est surtout que les Dandy Warhols sont encore verts, pleins d’idées et qu’à l’image de leurs cousins Warlocks, ils possèdent une écriture et un style reconnaissable. La rédemption des Dandys devait passer par un tel retour aux sources, un rejet des compromissions. En revenant à leurs racines rock et un son plus organique, les Dandy Warhols ont retrouvé leur mojo et sont redevenus sexy et dangereux. Anton Newcombe doit être vert de rage.

  

 

Tracklisting :

1. Colder Than The Coldest Winter
2. Love Is The New Feel Awful
3. Easy
4. All The Money Or The Simple Life Honey  *
5. The New Country
6. Holding Me Up
7. Did You Make A Song With Otis
8. Everyone Is Totally Insane
9. Smoke It *
10. Down Like Disco
11. There Is Only This Time
12. A Loan Tonight

 

Vidéo :

« Smoke It »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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