BERTRAND BURGALAT – Chéri BB Kitsch pop

(Tricatel 2007)

Qu’arrive-t-il à Bertrand Burgalat ? Après une grosse décennie de French pop sophistiquée (autant sur scène avec AS Dragon ou derrière la vitre du producteur studio pour April March et Michel Houellebecq), le producteur aux lunettes emblématiques vient de commettre deux fautes de goût qu’on imaginait pas de sa part. Si on lui a pardonné son incursion mainstream avec Christophe « La tortue » Willem, la pilule Alizée a du mal à passer. On aime Burgalat en pygmalion d’April March, on s’attendait à le voir révolutionner l’insipide Alizée… las, il semble que le lolita en carton ait eu le dernier mot.

La sortie de ce Chéri B.B. devrait lui apporter, non pas une rédemption car il n’a pas commis de crime, mais un certain regain d’intérêt. Certes, on ne retrouve pas ici la brillance de l’album précédent, Portrait Robot (vendu à 27 exemplaires dans le monde), qui saisissait d’entrée l’auditeur et déclinait une collection de pop-songs à la production démente, proche de la perfection. Chéri B.B. propose une pop plus aérienne, à l’ambiance lounge, plus kitsch, dans le même esprit que The Sssound Of Mmmusic, mais de qualité inférieure.

L’album commence tranquillement, comme dans la salle d’embarquement d’un aéroport futuriste. Deux morceaux instrumentaux ouvrent les portes du disque de façon délicate. Comme toujours, la basse de Burgalat est au centre des débats. Une flûte marque une mélodie apaisante, on pense parfois à Air. On se prend à rêvasser et à avoir des envies de vodka-martini. La pop naïve de « Nous étions heureux » marque le réel départ du disque. Si les arrangements sont surprenants, la mélodie tape un peu sur les nerfs. On appréciera tout de même le name-dropping rigolo de « j’aimerais comme Paris Hilton, que chaque jour soit mon anniversaire ». Ce morceau est assez représentatif de Chéri B.B. : le dandysme sophistiqué de jadis s’est mué en pop électronique désabusée qui ne semble s’apprécier qu’au second degré. Du blip-blip pouet-pouet, si vous aimez les onomatopées. On flirte souvent avec la muzak.

Ainsi, des chansons telles que « Mal De Bright », « Anonyme Amour », « Ragle Gumm », « J’ai Quelque Chose A Dire » font sourire, mais n’atteignent jamais le sublime d’un morceau tel que « Ripples » (sur Portrait Robot) ou « The Sssound Of Mmmusic » (sur l’album du même nom). Si on reconnaît le talent hors du commun de producteur/arrangeur de Burgalat, on n’est pas ému aux larmes. Par ailleurs, Burgalat, gainsbourgophile de son propre aveu, retombe dans le pastiche une paire de fois, notamment sur « Grande Remise » où la basse mélodique, le chant parlé et les violons font écho à Melody Nelson. Plaisant mais sans intérêt. Par moments, son autre péché mignon – la surproduction – lui joue des tours : un morceau comme « I’ve Been A Bad, Bad Boy » est vraiment too much. En revanche, comme tout album estampillé BB, on trouve ici quelques moments de grâce infinie : l’emballante « Out Of Touch » où Burgalat nous enchante avec son anglais sexy et ses trouvailles sonores, « Right Side Up With The World » allie groove et sons électroniques avec succès, la collaboration avec Robert Wyatt, à la mélodie imparable (« This Summer Night »), est sans aucun doute le sommet de l’album.

Malgré ses défauts – attention, il ne faut pas exagérer non plus, on parle en ces termes car on attend toujours énormément de Burgalat – Chéri B.B. est un album honorable, qui n’est pas le meilleur de son auteur mais qui nous démontre qu’il n’a rien perdu de son esprit avant-gardiste. Burgalat ne se refuse aucune idée farfelue, tout en gardant un sang froid et un sens du chic imperturbable. Il se plante parfois, mais a toujours dans sa poche une paire d’idées géniales. Avec Chéri BB, Burgalat évolue encore dans des sphères que peu de monde en France n’atteint aujourd’hui. Si les albums de bimbos commerciales lui permettent d’avoir les fonds pour continuer à enregistrer de tels albums, on est prêt à fermer les yeux sur ses activités les moins recommandables.

 

 

Tracklisting :
 
01. Balises pour centre d’écoute
02. Une nuit à Taverny
03. Nous étions heureux
04. Right side up with the world  *
05. This summer night  *
06. Mal de Bright
07. Anonyme Amour
08. Out of touch  *
09. Ragle gumm
10. Grande remise
11. J’ai quelque chose à dire
12. Un sogno di televizione
13. I’ve been a bad, bad boy
14. Happy inbetween
 
 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

1 Comment

  1. « la collaboration avec Robert Wyatt, à la mélodie imparable (« This Summer Night »), est sans aucun doute le sommet de l’album. »: cause à effet ? Sur ce morceau officient  Hervé Bouétard, Stéphane Salvi des AS Dragon partis pour un side-projet avec Control Club (à suivre !), ça m’a rappelé Bertrand Burgalat meets AS Dragon ce morceu avec Wyatt.

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