SEBASTIEN TELLIER – Sexuality Frigide

(Record Makers 2008)

On aurait dû s’en douter. Déjà le clip de « Sexual Sportswear » intriguait et ne laissait rien présager de bon. Si on aime Jean-Michel Jarre, c’est avant tout par nostalgie du début des années 80 – quand on était haut comme trois pommes, que nos parents nous disaient des conneries sur l’an 2000 et que le mot synthétiseur était synonyme de coolitude ultime. Sebastien Tellier et Guy-Manuel de Homem-Christo (une moitié de Daft Punk, sans doute Daft) sont de cette génération là aussi, sauf qu’ils ont poussé l’hommage assez loin avec Sexuality en allant ressortir des sons qu’on n’avait plus l’habitude d’entendre autre-part que sur les génériques de vieilles émissions de FR3.

Après avoir épuré son répertoire à l’extrême avec ses Sessions, Tellier a décidé développer sa face la plus synthétique – celle qui nous faisait déjà grincer des dents sur Politics – et de laisser parler sa libido sur onze chansons tournant au tour du thème éternel du cul. Un Giorgio Moroder à la française en somme, sans groove disco mais avec des bouts de Gainsbourg pour l’aspect « obsédé affirmatif sexuel » et de Claude Challe pour l’ambiance lounge.

Sexuality est une réelle déception. Tellier se perd souvent dans un romantisme surjoué (« Pomme », « Elle »), qui devient vaseux quand il est chanté en français (« L’amour et la violence »). L’album manque avant tout de mélodies saisissantes, on s’ennuie souvent durant ces longues plages où rien où presque ne se passe (« Look », « Une Heure ») dans une ambiance à mi-chemin entre Alan Parson’s Project et mauvais pastiche de musique de films érotiques des années 80. Si au moins Tellier avait atteint le kitch de ces BO délicieuses, il y aurait matière à rigoler. Or, tout cela séduit peu. Sur « Manty » il nous refait « Boomerang » de Gainsbourg, quant à « Fingers Of Steel » sa mélodie ressemble énormément à celle de « Food For Thoughts » de UB40. C’est parfois tellement mauvais qu’on s’attend à entendre l’accent franchouillard de Jean-Benoît Dunckel débouler au coin du bois.

Sexuality paraît souvent prétentieux et ne laisse que peu paraître l’humour subtil de son auteur. Pire encore, l’album de Tellier n’est jamais sexy, ce qui est un comble, et ce ne sont pas les navrants cris orgasmiques sur « Kilometer » qui vont y changer quoi que ce soit (d’autant que Gainsbourg nous a fait le coup il y a quarante ans sur « Je T’aime Moi Non Plus ») … A côté de n’importe quel album de Curtis Mayfield, il paraît même frigide.

Comme d’habitude, Tellier est à son meilleur quand il joue la carte du panache et du je m’en-foutisme feint. Ainsi, les morceaux les plus réussis ici sont sans doute « Divine », un pastiche des Beach Boys période « Kokomo » ou l’ouverture « Roche » avec ses paroles aberrantes (on ne peut pas dire du mal d’une chanson qui parle de vin chaud). Le single « Sexual Sportswear » demeure finalement le meilleur moment de l’album, avec son ambiance Oxygène / Thalassa (rayer la mention inutile). Un morceau planant dans la grande tradition seventies, qui serait passé tout a fait inaperçu il y a trente ans mais qui s’avère finalement rafraîchissant en ces temps où la pop ronronne (alors que le rock’n’roll se porte bien, merci). C’est maigre.

 

 

Tracklisting :

1. Roche *
2. Kilometer
3. Look
4. Divine *
5. Pomme
6. Une Heure
7. Sexual Sportswear *
8. Elle
9. Fingers Of Steel
10. Manty
11. L’Amour Et La Violence

Pour écouter cet album, c’est ici : www.deezer.com/#music/album/69175

 

Vidéos :

« Roche »

« Sexual Sportswear »

« Divine »

« L’amour et la violence »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

13 Comments

  1. Ohlala, je ne suis pas du tout d’accord. Cet album m’a fait planner de la première à la dernière chanson. Je ne me suis pas ennuyée un seul moment ! J’ai au contraire trouvé cet album très sensuel. En plus, personellement j’estime que les premiers extraits qu’il a choisi pour annoncer cet album sont loins d’être les meilleurs . Des morceaux comme Manty et Roche sont loin au-dessus de Divine et Sexual sportswear, malgré que ceux-ci soient très bon . Bref, je ne suis pas du tout déçue de cet album, pour moi c’est la rentrée 2008 .

  2. Cette album est une tuerie quoiqu’en dise le manque d’objectivité manifeste du critique.

    Ne pas comprendre un « album concept/experience »(gardez les deux mentions) n’explique pas forcément le fait qu’on puisse le trouver foncièrement mauvais. D’autant que l’on peut douter de tes facultées auditives quand tu entends « vin chaud » là où l’artiste parle de « vents chauds »…!

    Cela mérite ostensiblement une seconde écoute…

    MaNoUcHo

  3. Donc, un blog c’est bien, une critique simplement arrogante et manquant visiblement de recul non. C’est une question de goût c’est sûr, mais nuancer ses propos surtout quand on parle de tous ces artistes c’est mieux lorsqu’on se targue d’être un critique musical. Alors monsieur daft, dirons-nous, parlons de tous ces plagiats (soi disant), et rappelons que tous les critiques de mauvaise foi balance à chaque sortie de chaque nouvel album que ceci ressemble à cela, pour être drôle peut-être. Oui le nouvel album de Britney Spears ressemble vaguement à celui d’Annie Cordy.
    Pour être sérieuse, cet album est magique, utiliser des sons simples, basiques et oui il faut le dire visités et revisités, mais en les rendant personnels, accessibles surtout, c’est beau. Et le résultat est là: les gens plannent et les gens feront l’amour sur cet album que tu le veuilles ou non. Ou alors critiquons Gainsbourg d’abord. Sois au moins cohérent.

  4. Non, te décourage pas, tu a raison pour ta critique, qui est une bonne critique. Je trouve que les auditeurs du XXieme siècle manquent de regard critique. Et ton titre « frigide » est parfait pour décrire cet album prétentieux , indigent, complètement plat. Pour le sexe , faudra passer par le hip-hop et r’n’b actuel, ou par le funk seventies, mais absolument pas par cet album. Je pense qu’il y a un paradigme  qui parasite tout : la présence de la moitié du Daft Punk comme gage de qualité. Car partir d’un postulat pareil, on alimente une critique gonflée de « genie » et autres conneries. « roche » est très mal écrit, et pitoyable dans son effort light guimauve. Lorsque l’on se place sous le regard des 60 ans de pop/rock, on ne peut que se dire que cet album est creux. Et sous le regard de l’histoire de la musique (car on continue de parler de « chef d’oeuvre » pour sexuality..), cet album est insignifiant. Donc pour ceux qui aiment la soupe kitsch bien Hype, régalez-vous !

  5. J’aime beaucoup cet album…mais à la première écoute il m’a surprise et je le trouvais nul, plat, et c’est vrai que les cris de femmes, euh bon j’adhère moyen. Mais plus je l’ai écouté et plus je l’ai aimé…
    J’avais eu un avant-goût avec Divine qui était sur une compil : j’ai adoré.
    Non, vraiment je l’aime bien. 
    Par contre,je suis d’accord avec toi pour ceux qui crient au génie : rue89 et les Inrocks, qualifiant même la dernière chanson « l’amour et la violence » de (je cite) « probablement la chose la plus bouleversante écrite en français depuis La nuit je mens de Bashung »
    euh…là, pas d’accord…

  6. Mais oui ta critique, elle est géniale. Le problème c’est que tout le monde a aimé Sebastien Tellier, et que tout le monde fait semblant de continuer à y croire. Je veux bien qu’on parle du génie de Sebastien Tellier, mais sûrement pas du génie de Sexuality, qui est juste « moche ».

  7. c’est très rigolo les gens qui adorent, pour des raisons subjectives (c’est de l’art, de toute façon, on est dans le subjectif) et s’en prennent au « manque d’objectivité » de ceux qui n’aiment pas ^^

    uh uh uh

    bon, cela dit, j’ai fini par écouter l’album en entier, je ne comprends pas le choix des morceaux utilisés pour le promo, je ne leur trouve aucun intérêt isolément alors que certains autres pourraient même faire des single pas mal. Du coup j’étais parti pour me désintéresser du disque (la critique d’une journaliste que j’apprécie m’a poussé à tenter quand même), alors qu’il est pas mal. Pas grandiose, il manque trop d’ambition pour ça, malgré l’image de prétentieux arty dont tellier semble se demander à chaque pasasge télé comment s’en débarrasser (tout en rajoutant une couche au passage).

    C’est surtout comme album que je le trouve intéressant, en l’écoutant de bout en bout, il est construit, il est assez cinématographique, bref je révise mon premier jugement et je l’écoute parfois.
    Mais bon, il s’est pas trop foulé quand même, faut dire.

  8. Une chanson qui parle de « vin chaud » ? Serieusement tu l’as écoutée un tant soit peu ce CD pour ecrire des choses aussi imbéciles ? Tu arrives à entendre « vin chaud » au lieu de « vent chaud » dans une chanson qui parle de plage… c’est juste incroyable, je ne m’en remet pas. Ce petit détail incarne tout ce qui me donne des boutons dans le web actuel (et je bosse dans le web) : tout traiter avec une infinie superficialité, aucun talent, et bien evidement le faire partager.

  9. Stephan et si tu donnais ton point de vue sur le cd au lieu de t’emporter sur un petit détail et remmettre en cause les chroniques du rédacteur ??

  10. Pas vraiment d’accord avec la critique. Premièrement, c’est vrai que c’est « Vent chaud » et pas « vin chaud »… donc sincèrement si vous avez monté cette chronique sur ce détail, mal vous a pris..
    Ensuite, je pense que c’est un bon album, certes pas aussi bon que L’incroyable vérité maistut de même interessant. J’adore Manty, l’Amour et la violence est un superbe morceau même si personnellement j’aurais préféré plus de paroles plutôt que ce refrain pesant à la longue. A noter aussi la chanson Fingers of Steel qui est interessante je trouve dans sa conception. Je trouve également que le début de Sexual Sportswear est samplé sur le début du thème de Scarface de Moroder, presque certain qu’il s’en est inspiré.
    Au final un album pas forcémment génial, mais tout dce même intressant je pense.

  11. Hug ! Bon, tu as dit mot pour mot ce que je pense de cet album. Et oui, il n’y a guère que « Divine », « Sexual sportswear » et « Roche » (celui-là, c’est un peu du 12 ème degré…) qui ressortent de ce disque pas terrible… 

    Ce « Sexuality » est quand même dur à avaler (on avait dit, pas les jeux de mots) de la part de celui qui était arrivé avec cette « Incroyable vérité » dont je ne saurais me lasser. Et oui, c’est bel et bien un des plus beaux disques français jamais pondus… et tu n’as même pas cité la « Trilogie chien » (dans le genre références magistralement assimilées, il se pose là, ce tryptique, et pourtant c’est du lourd : Pink Floyd, Morricone, Wyatt, au hasard)

    Si la production n’était pas si dénuée de relief, si il y avait un tant soit peu de composition, si ça « claquait » pour de vrai… en fait, si Tellier nous avait sorti la grosse artillerie funk qui tache + synthés pop + paroles ultra-salaces (avec option calembours) façon Gainsbourg avec des titres comme « Five easy pisseuses » ou « Suck baby suck », il y aurait moyen de s’entendre.

    Je ne dis pas du tout qu’il aurait dû repomper bêtement le grand Serge, il s’agit juste d’y aller à fond, de « pousser le bouchon ». Mais Tellier n’a pas vraiment poussé son délire jusqu’au bout, et du coup, c’est juste raplapla et assez vide… et ça m’évoque plus une bande-son de téléfilm érotique du dimanche soir sur M6, qu’une bonne vieille BO des sévantizes comme « Vampyros lesbos ».

    Et oui, sa prestation à l’Eurovision était au poil ! ^^

    PS : continuez comme ça, les gars, il est bien votre blog, et surtout si vous faites des vannes sur le vin chaud !
    (OK OK, j’arrête les compliments)    

  12. Hug ! Bon, tu as dit mot pour mot ce que je pense de cet album. Et oui, il n’y a guère que « Divine », « Sexual sportswear » et « Roche » (celui-là, c’est un peu du 12 ème degré…) qui ressortent de ce disque pas terrible… 

    Ce « Sexuality » est quand même dur à avaler (on avait dit, pas les jeux de mots) de la part de celui qui était arrivé avec cette « Incroyable vérité » dont je ne saurais me lasser. Et oui, c’est bel et bien un des plus beaux disques français jamais pondus… et tu n’as même pas cité la « Trilogie chien » (dans le genre références magistralement assimilées, il se pose là, ce tryptique, et pourtant c’est du lourd : Pink Floyd, Morricone, Wyatt, au hasard)

    Si la production n’était pas si dénuée de relief, si il y avait un tant soit peu de composition, si ça « claquait » pour de vrai… en fait, si Tellier nous avait sorti la grosse artillerie funk qui tache + synthés pop + paroles ultra-salaces (avec option calembours) façon Gainsbourg avec des titres comme « Five easy pisseuses » ou « Suck baby suck », il y aurait moyen de s’entendre.

    Je ne dis pas du tout qu’il aurait dû repomper bêtement le grand Serge, il s’agit juste d’y aller à fond, de « pousser le bouchon ». Mais Tellier n’a pas vraiment poussé son délire jusqu’au bout, et du coup, c’est juste raplapla et assez vide… et ça m’évoque plus une bande-son de téléfilm érotique du dimanche soir sur M6, qu’une bonne vieille BO des sévantizes comme « Vampyros lesbos ».

    Et oui, sa prestation à l’Eurovision était au poil ! ^^

    PS : continuez comme ça, les gars, il est bien votre blog, et surtout si vous faites des vannes sur le vin chaud !
    (OK OK, j’arrête les compliments)    

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