THE SEEDS – The Seeds Inimitables

(GNP Crescendo Records – 1966)

Ce disque est le premier album des Seeds, un groupe originaire de Los Angeles et emmené par le chanteur et bassiste Sky Saxon. Les Seeds sont un des plus célèbres groupes de garage sixties : leurs morceaux sont simples, directs, efficaces, et le groupe possède un son distinctif – en grande partie grâce aux claviers de Daryl Hooper, qui sont un élément important du groupe. L’autre élément prédominant réside en la personnalité du chanteur, dont la voix inimitable donne aux morceaux une puissance particulière. Les Seeds n’étaient peut-être pas les plus doués, ni les plus inspirés – certains de leurs morceaux se ressemblent étrangement (un peu comme une chanson de Lavilliers peut ressembler à un poème de Hugo ou à un morceau de Ferré – et parfois aux deux). Quoi qu’il en soit, ce groupe est indispensable : leurs deux premiers albums, The Seeds et A Web of Sounds, sortis la même année, demeurent tout simplement des disques extraordinaires (ils ont ont été réédités ensemble sur un seul CD en 2001 par Diablo)

 Dès le premier morceau (« I Can’t Seem To Make You Mine »), le caractère unique de la voix de Saxon apparaît de façon frappante : il n’est pas là pour faire des vocalises ; sa voix grinçante règne d’un bout à l’autre de ce disque. La chanson, qui n’aurait pu être qu’une innocente bluette, prend une dimension différente : si Elvis avait le pouvoir de transcender par sa voix les textes qu’il chantait dans les années 1950, la voix de Sky Saxon est celle de la subversion pour tous ceux qui s’intéressent au garage-rock sixties. Ses longues plaintes et ses cris divers sont des éléments indispensables à son chant, et il ne se préoccupe pas (toujours) de suivre le rythme et encore moins de chanter la note parfaite… Sur « Try To Understand », sa voix s’élance dans des cris à la fin de chacune de ses phrases « Won’t you try to understand Ooohh / Everybody needs some love Oooh / Won’t you try to understand Ohh / I’m dreamin’ of your love (etc.) ». A la fin de la chanson, un couplet – parfois seulement deux phrases – sont parlées: cette marque de fabrique est reprise sur plusieurs morceaux, et fait partie du charme du groupe, Saxon affectant un style de poseur rassérénant.

Dès ce premier disque, les influences Blues des Seeds sont évidentes (le groupe, légèrement modifié, enregistra l’année suivante A Full Spoon of Seedy Blues), et Muddy Waters avait surnommé le groupe « America’s own Rolling Stones » : sur « Nobody Spoil My Fun », fuzz, claviers et batterie entourent le chant de Saxon de façon structurée et solide, tout comme sur « It’s A Hard Life » à la ligne de basse chaloupée, et sur lequel la guitare et les claviers se partagent les solos. « Fallin’ In Love » est un de ces morceaux blues, alors que la dernière chanson, « Lose Your Mind », est un hommage évident à Bo Diddley.

Les textes, chantés avec morgue par Sky Saxon, sont aussi réjouissants que le son du groupe : sur « You can’t be trusted », il énumère les raisons pour lesquelles il ne veut plus d’une fille « You’re always a-lyin’ and foolin’ around / Showin’ yourself all over town… » Sur « Pushin’ Too Hard », probablement le morceau le plus connu du groupe, il s’adresse également à sa petite amie, avec un machisme qui rappelle le « You’re Gonna Miss Me » des Thirteen Floor Elevators, une chanson également sortie en 1966.

The Seeds propose quelques-uns des meilleurs morceaux de garage-rock sixties de tous les temps : « No Escape », mais aussi « Pushin’ Too Hard » la seule chanson des Seeds qui a réussi à entrer dans le Top 40 américain) ou encore « Evil Hoodoo », dont le jeu de guitare fuzz est un modèle du genre… « Evil Hoodoo » est le morceau le plus ambitieux du disque ; par sa longueur, mais aussi par les arrangements : les chœurs qui font un contrepoids au chant de Saxon, délibérément placé au-devant d’un maelstrom sonore ou tous les membre du groupe se déchaînent… Jan Savage (à la guitare), Rick Andridge (à la batterie), Hooper et Saxon ont enregistré ici une chanson prodigieuse, est un disque devenu incontournable.

 

 

Liste des chansons :

1.    Can’t seem to make you mine *
2.    No Escape *
3.    Evil Hoodoo
4.    Girl I want you
5.    Pushin’ too hard *
6.    Try to understand
7.    Nobody spoil my fun
8.    It’s a hard life *
9.    You can’t be trusted
10.    Excuse, excuse
11.    Fallin’ in love
12.    Lose your mind

 

Vidéos :

« Can’t Seem To Make You Mine »

 
« Pushin’ Too Hard »
 

 

Vinyle :

THE SEEDS - The Seeds

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

1 Comment

  1.  » certains de leurs morceaux se ressemblent étrangement
     » Haha carrément tu veux dire ! NO ESCAPE c’est littéralement PUSHIN TOO HARD (avec en prime le même solo de clavier). Sinon j’aime beaucoup ce genre d’album. Sans prétention, pas forcément un
    chefs d’oeuvre mais comme tu dis, « inimitable ». Je me suis fais la face A hier, j’attaque ce matin la B et je m’étais souvenu que planetgong l’avais chroniqué. 

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