YEAH YEAH YEAHS – Fever To Tell Sexy

(Interscope 2003)

Premier LP des Yeah Yeah Yeahs, un trio new-yorkais formé en 2000 par Karen O, Brian Chase et Nick Zinner, ce Fever To Tell est un des albums marquants de l’année 2003. Le disque possède en effet un son particulier, fait de riffs de guitare agressifs et de rythmes énergiques, et du chant / des cris de Karen O. Avant ce disque, le groupe a sorti deux E.P., Yeah Yeah Yeahs et Machine (respectivement en 2001 et 2002), dont le succès avait été relativement limité en comparaison du succès de l’album (plus de 750 000 exemplaires de Fever To Tell ont été vendus).

Une chronique de ce disque (parue dans le NME) se terminait en ces termes : « Fever To Tell est un album tellement sexy que j’ai dû fumer une cigarette après l’avoir écouté… » Cette phrase résume parfaitement le premier album des Yeah Yeah Yeahs, qui propose plusieurs très bons morceaux, aussi simples que directs. Les riffs de guitare sont répétitifs à l’extrême, la batterie également : les deux instruments bâtissent un fond sonore imposant, par moments oppressant, qui ne laissent à l’auditeur aucun échappatoire possible. Entouré de cet accompagnement foisonnant, le chant de Karen O s’impose comme une évidence dès les premières secondes. Grâce à ce disque, elle est immédiatement devenue l’icône pop-punk féminine de l’année : son style vestimentaire (crée par son ami styliste Christian Joy) et ses différentes coiffures ont été copiés au point qu’on a vu apparaître des clones de Karen O un peu partout.

Le disque est excellent, mais souffre malheureusement du syndrome Marquee Moon : la face A du vinyle est incontestablement supérieure à la face B, ce qui conduit souvent à négliger les derniers morceaux de l’album. Les premières pistes sont prodigieuses; le rythme est rapide, et Karen O balance pousse sans discontinuer divers hurlements et soupirs : « Rich » ; « Date With The Night » ; « Man » ; « Tick » ; « Black Tongue » sont des morceaux qui s’enchaînent à merveille. Chant et musique se répondent avec un enthousiasme communicatif, depuis les intros des chansons, toujours réjouissants, jusqu’aux refrains inattendus de « Black Tongue » ou de « Tick » : ce disque est fait pour danser, sauter, baiser. La deuxième face du LP est plus introspective et mesurée ; les chansons sont plus lentes et apparaissent moins originales que celles de la face A. Les dernières chansons du disque sont aussi (pour la plupart) plus longues et moins percutantes que les premières.

Les chansons « No No No », « Maps » ou « Y Control » ne sont pourtant pas foncièrement mauvaises, mais l’impression d’unité qu’on avait au début du disque a irrémédiablement disparu, et ces morceaux, dont la construction est plus ambitieuse, en souffrent. La fin de « No No No » est simplement ratée : la dernière minute est absolument inutile. De même, « Y Control » est trop longue : l’immédiateté des compos disparaît et se trouve souvent dissolue dans une longueur monotone . Pour l’anecdote, signalons que le troisième morceau de l’album à avoir été sorti en single, « Maps », a été écrit au sujet de la relation entre Karen O et Angus Andrew (l’un des génies des Liars, dont le premier album a été enregistré à New York en 2001).

Malgré ses défauts et ses longueurs, Fever To Tell reste néanmoins un album important, qui contient quelques-unes des meilleures chansons rock de l’année 2003 – des morceaux qui restent efficaces, aujourd’hui comme lors de la première écoute.

 

 

Liste des chansons :

1.    Rich   *
2.    Date with the night   *
3.    Man
4.    Tick   *
5.    Black Tongue   *
6.    Pin
7.    Cold Light
8.    No No No
9.    Maps  *
10.    Y Control  *
11.    Modern Romance
12.    Yeah New York

 

Vidéos :

« Date With The Night »

 
« Maps »
 

 

Vinyle :

L’album est sorti sous la forme d’un picture-disc extrêmement coloré.

YEAH YEAH YEAHS Fever To Tell

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

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