The RACONTEURS – Consolers Of The Lonely Pharaonique

(XL 2008)
 

Second album des Raconteurs, Consolers Of The Lonely marque le retour attendu du groupe de Jack White et de Brendan Benson. Deux ans après avoir sorti Broken Boy Soldier, un disque court mais varié, qui montrait un groupe inventif et heureux de jouer ensemble, les Raconteurs reviennent avec un disque de près d’une heure. La sortie de l’album a été tenue secrète : aucun site, aucun magazine spécialisé, aucun journaliste n’a eu accès au disque avant le public. Cette petite révolution – la sortie mondiale de l’album dans les trois formats possibles : en CD, en téléchargement mp3… et en vinyle – a provoqué stupeur et colère dans le petit monde privilégié de la presse musicale populaire.

Consolers Of The Lonely est un disque au lyrisme assumé, et aux défauts certains : certains morceaux sont trop longs, les solos semblent pleins de complaisance, et quelques chansons ne sont pas indispensables. Heureusement, quand les Raconteurs écrivent et enregistrent de bons morceaux, ils sont à un niveau hallucinant, et sans véritable concurrence aujourd’hui. L’orchestration est variée et ambitieuse : trompettes, claviers, guitares acoustiques, électriques, slide, violons, piano, etc., et les chœurs sont maîtrisés à la perfection. White et Benson ne manquent jamais de rappeler l’admiration réciproque qu’ils se portent, le premier se démenant depuis dix ans au sommet de la scène pop-rock mondiale, le second promenant sa voix unique et son élégance naturelle avec une décontraction désarmante.

Le début de l’album est proprement magnifique : sur les deux premiers morceaux, le groupe envoie un son énorme et livre deux grandes chansons rock aux influences early 70’s. Le parallèle avec les derniers albums des White Stripes est inévitable : « Salute Your Solution » a ainsi un lien de parenté évident avec « Blue Orchid », dans le riff comme dans la sonorité. La basse est phénoménale, la batterie dynamique, et Benson et White se répondent à merveille, au chant et à la guitare. Le résultat est inventif et impressionnant, à l’image des ponts de ces chansons, qui sont prodigieux ; « And I got what I got just despite you / And I give what I get just to spite you » (« Salute Your Solution »). Le troisième morceau, « You Don’t Understand Me », est une ballade ambitieuse, qui marque une nette rupture de rythme. « Old Enough » poursuit dans cette voie : l’orchestration gigantesque qui caractérise la chanson devrait en exaspérer plus d’un ; pourtant, une nouvelle fois, le savoir-faire est indéniable, et le morceau tient la route.

Consolers Of The Lonely est surtout l’occasion d’apprécier l’extraordinaire qualité d’écriture et de composition de White et de Benson. Ils sont les dignes héritiers des storytellers itinérants du début du siècle dernier. Ainsi, « The Switch And The Spur » atteint des sommets de grâce et de magie ; le morceau s’envole véritablement dans sa dernière partie (après le solo de guitare – un peu trop long), quand les derniers couplets sont scandés par les deux chanteurs/guitaristes : « Any pour souls who trespass against us, whether it be beast or man /  Will suffer the bite or be stung dead on sight by those who inhabit this land… ».

« Put This Blanket Off » voit encore White et Benson se rejoindre et chanter ensemble ce court morceau, le plus intimiste de l’album, avec la première partie de « These Stones Will Shout » sur lequel leurs voix se répondent et se complètent comme dans un rêve. « Rich Kid Blues », en revanche, a des arrangements beaucoup plus recherchés ; et son côté épique en choquera certains : le son est énorme, les voix se teintent d’écho, et le morceau oscille entre des passages lents accompagnés de guitares acoustiques et d’autres à la rythmique surgonflée et aux solos agressifs. En revanche, la dernière chanson, « Carolina Drama », est un morceau extraordinaire, où White fait la narration d’un fait divers sordide, une histoire qui contient du sang, des larmes, des pleurs, des cris… et la mort. La violence est ici teintée de mystère, et la chanson se termine de façon inattendue, le groupe invitant l’auditeur à ne pas accepter sans réfléchir l’histoire qui vient de lui être racontée ; un conseil qui peut s’appliquer à l’ensemble de l’album, un édifice pharaonique à la richesse impressionnante, et dont la profusion semble en premier lieu déconcertante.

 

 

Liste des chansons :

1.Consoler of the lonely *
2.Salute your solution *
3.You don’t understand me
4.Old enough
5.The Switch and the spur *
6.Hold Up
7.Top yourself
8.Many Shades of black *
9.Five on the five
10.Attention
11.Pull this blanket off
12.Rich Kid Blues
13.These stones will shout
14.Carolina drama *

 

Vidéo :

« Salute Your Solution »

 

Vinyle :

Preuve supplémentaire de la longueur du disque : l’album en vinyle est double. Les photos noir et blanc sont superbes en grand format.

The Raconteurs - Consolers Of The Lonely

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

8 Comments

  1. Absolument d’accord. Imparfait mais contenant suffisamment de grandes choses pour que les faiblesses soient transcendées. Rien à ajouter à cet excellent article…sinon que mon point de vue sur le premier est assez proche de celui de SysT – le deuxième à mon sens infiniement meilleur.

  2. Ben voilà… écouté déjà deux fois et je confirme que je le considère plus réussi (et varié) que le premier! Tout ne fonctionne pas à merveille et niveau inventivité, on a vu mieux, mais Jack White et ses sbires semblent se faire tellement plaisir que c’en est, comme on dit, communicatif!

    Merci à PLANET GONG!

    SysTooL

  3. franchement c’est pas the raconteurs ! On sent trop le jacques white alors que pour le premier on sentait juste une part de lui.
    la c’est carément white stripes avec + d’instruments. Même la batterie est à chier alors qu’elle claquait !
    Ils ont balançait nimporte quoi dans cet album. Aucune cohésion entre morceaux!
    Bien joué jacques white ta tout fait foiré ! je ne me sens pas emporté par cet album.
    Le rock américain se casse la gueule ! on a l’impression d’entendre le même chanteur, la même chanson. Nirvana a été assez utilisé il faut trouver autre chose maintenant.
    Ecoutez tandoori de Eiffel au moins c’est varié ! !
    Salut ! !

  4. je n’ai pas ecouté l’album en entier, juste quelques morceaux… Mais il faut quand meme admettre que « carolina drama » est tout simplement ENORME, la fin est sensationnelle!
    j’ai adoré « consoler of the lonely aussi, morceaux extraordinaire aussi!

    sur ces bonnes paroles qui ont été d’une utilité fenomenale, je vous souhaite bonne continuation 🙂 La Bise.

    ps: je ne sais pas si c’est possible, mais est ce que vous pourriez me dire votre avis sur l’album « the animal years » de Josh Ritter svp 🙂 merci d’avance!

  5. En parlant de Jack White avez vous entendu parlez du film ou documentaire It might get loud? Je suppose que oui, savez si il sortira en France? Si oui vers quelle période? 
    En tout cas cette critique ci me plait bien je suis un grand Fan de Jack et de l’époque White blood Cells!  

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