MGMT – Oracular Spectacular Oui, mais...

(Columbia 2008)

La nouvelle sensation pop s’appelle donc MGMT. Quatre lettres seulement pour condenser le mot « management », le nom de l’ancien groupe de Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden. Difficile en juin 2008 d’être passé à côté du groupe – on entend des extraits de ses morceaux dans divers génériques d’émissions, la presse spécialisée se répand en termes élogieux sur le duo, les couvertures de mags pullulent –, le duo new-yorkais est à 2008 ce que les Klaxons étaient à 2007.

L’histoire de ce groupe est assez semblable à celle d’Arcade Fire ou d’autres inconnus qui ont explosé subitement suite à un buzz Internet. En effet, le premier album du groupe est déjà sorti il y a plus de 6 mois mais n’a pas décollé immédiatement. L’effet de bouche à oreille a commencé à se déclencher avec le single « Time To Pretend » (sorti en janvier) qui a permis au groupe d’atteindre la dimension mainstream qu’il a aujourd’hui (et d’être enfin distribué en France).

S’il paraît important à certains d’expliquer aujourd’hui qu’ils connaissaient le groupe depuis le premier EP sorti en 2005 et qu’ils avaient repéré avant tout le monde le génie de Goldwasser et VanWyngarden, nous admettons sans complexe que ce n’était pas notre cas. Pire même, les premières écoutes d’Oracular Spectacular nous furent assez difficiles. Il faut dire qu’on avait découvert MGMT par le mauvais bout via « Electric Feel », single braillard chanté en falsetto qui réveille quelques fantômes malvenus des années 80 pop. La dizaine d’écoutes nécessaire à l’appréciation de tout album nous permet désormais d’affirmer ce que tout le monde sait déjà : MGMT est un excellent groupe, Oracular Spectacular un des albums qui marqueront l’année.

A quoi bon en parler si tout le monde l’a déjà fait avant (et sans doute mieux) ? Venons en aux faits qui nous ont poussé à écrire cette chronique : cet album est loin d’être parfait, il convient donc de mettre un bémol à l’ébahissement collectif que génère le groupe actuellement. Certes l’album commence par un trio de morceaux gagnants et demeure quasi intouchable jusqu’au huitième morceau. Les mélodies sont faciles à mémoriser, les arrangements ingénieux (dès les premiers sons de synthé de « Time To Pretend » on sait que c’est gagné) et la voix étranglée de l’homme au bandeau Andrew VanWyngarden est étrangement attachante. Malheureusement, cet album qui se veut psychédélique et expérimental (« MGMT is celebrating the grand re-opening of the third eye of the world » prétend le groupe sur sa bio officielle) est souvent rendu amorphe par sa production étouffante.

Dave Fridmann, qui avait déjà tendance à avoir la main lourde sur les albums des Flaming Lips et de son propre groupe Mercury Rev, connaît bien son catalogue d’effets spéciaux et en dissémine dans tous les morceaux tels des œufs de Pâques. Afin de bien coller à son époque (et aux passages obligés post-Klaxoniens), il a par ailleurs gratifié l’album d’un son touffu : basse proéminente, batterie qui emplit l’espace, écho dans tous les sens et synthétiseurs omniprésents. La cuisine tourne souvent à la bouillie, comme sur « Kids » qui, malgré sa mélodie plaisante, boit la tasse sous les vagues de synthés 80s et coule définitivement lors d’un pont qui nous gratifie d’un tagadatsointsoin indigne (à 3’13 »). La même remarque peut être appliquée à « Time To Pretend » qui malgré toutes ses qualités (mélodie excellente, texte à l’ironie grinçante : « Let’s make some music, make some money, find some models for wives. I’ll move to Paris, shoot some heroin and fuck with the stars ») avance au ralenti et aurait gagné à être un peu plus sobre.
 

Le salut de MGMT vient finalement des morceaux mixés les plus simplement, à l’image de la superbe « Weekend Wars ». Une descente d’arpèges, une batterie discrète, quelques blips deci delà, puis une progression intelligente amènent le morceau à des hauteurs stratosphériques. Lorsqu’à 2’04 », le tempo ralentit pour mettre en avant une phrase de basse et un petit motif de clavier space, le temps semble comme suspendu. Dans ces moments de grâce, MGMT sont superbes. On retrouve cette même impression de légèreté surréelle lors des refrains de « Youth » et « 4th Dimensional Transition ». Sans surprise, ces morceaux sont ceux qui sont les plus aérés dans la production, la preuve qu’on peut utiliser des synthétiseurs vintage sans faire de démonstrations digne d’un représentant Bontempi dans un supermarché. L’exemple de « Pieces Of What », qui commence comme une ballade folk psychédélique et se termine dans un brouhaha maladroit est l’illustration la plus frappante de ce que le verbe surproduire signifie. A cet égard, la question qui nous taraude aujourd’hui est celle de la durée de vie de l’album. On n’est vraiment pas sûr qu’il vieillisse bien, avec tous ses gimmicks estampillés années 2000. L’emphase supporte mal le test du temps.

Quoiqu’il en soit, avec un morceau tel que « Weekend Wars » (une variation subtile d’ « Angie » des Stones), à la mélodie et aux paroles superbes (« Once I was too lazy to bathe/Or paint or write or try to make a change /Now I can shoot a gun to kill my lunch/And I don’t have to love or think too much »), on sait qu’on aura toujours un morceau de MGMT bien placé dans nos playlists, à défaut de réécouter l’album en entier. Pour cette pépite, ainsi que pour les autres bons moments de l’album, on ne peut déconseiller MGMT.

 

Tracklisting :

  1. Time to pretend  *
  2. Weekend wars  *
  3. The youth  *
  4. Electric feel
  5. Kids
  6. 4th dimensional transition  *
  7. Pieces of what 
  8. Of moon,s birds & monsters
  9. The handshake
  10. Future reflections

Le MySpace du groupe : www.myspace.com/mgmt

 

Vidéos :

« Time To Pretend »

 
« Electric Feel »
 
 
« Kids »
 

  

Vinyle 

MGMT - Oracular Spectacular

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

4 Comments

  1. Très bon album et je pense que cet album continuera à passer sur les playlists grâce à quelques hymnes intemporels. C’est quand même mieux quand la hype rime avec qualité

  2. Deux ans après, à l’aube de la sortie du second album, quel regard portez vous sur Oracular Spectacular ? Il a bien supporté le passage à 2010 ou pas ?

  3. J’ai également été submergé par cette vague de hype, mais je laisse un peu décanter! Je vois que vous n’êtes pas convaincus à 100%… ça me rassure, en un sens!

    SysT

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