YEAH YEAH YEAHS – Show Your Bones Surprenant

(Polydor 2006)

Initiateurs de la vague post-punk des années 2000 avec leur fiévreux premier album, les Yeah Yeah Yeahs reviennent après un hiatus d’à peu près trois mille ans. Depuis leur disparition du circuit, la scène rock a considérablement changé et les anglais ont repris la main. Yeah Yeah Yeahs s’en foutent. Leur regard est déjà tourné ailleurs. L’Angleterre se veut punk new wave en 2006? Soit. Karen O et ses comparses ont déjà tourné la page de ce genre devenu stérile par la multiplication des clones.

Avec Show Your Bones, le groupe refuse les modes et joue la carte de la simplicité. Le groupe affirme que ce titre a été choisi en fonction d’une image cartoonesque, quand le héros se prend les doigts dans la prise… On n’ira pas très loin dans la spéculation en affirmant que l’image sied parfaitement au dépouillement extrême de la plupart des chansons où la guitare distordue qui faisait la marque de fabrique du groupe se fait discrète.

Le tempo de l’album paraît au premier abord étrangement lent. On est loin de la furia de Fever To Tell. Yeah Yeah Yeahs la jouent mature et, sûrs de leur fait, mettent en avant leurs mélodies en prenant le temps de les développer. Le single « Gold Lion » est l’exemple type du nouveau son des new-yorkais. La batterie ouvre le morceau sur un tempo relâché, Karen O chante sans excès devant une guitare acoustique. La guitare électrique entre ensuite tranquillement dans le morceau en même temps qu’un tambourin léger. Le refrain arrive et à la façon des Pixies (adeptes du on/off entre couplet murmuré et refrain hurlé), Karen lève la voix et la guitare explose dans un solo à la concision chirurgicale… avant un retour au calme.

L’essentiel de l’album fonctionne sur ce mode, très efficace. Le chant de Karen O est sobre – qu’est devenue la chatte en rut qui miaulait tout au long du premier album? –, le groupe n’est plus punk. Cela n’empêche « Way Out », « Fancy », « Phenomena », « Dudley », « Warrior » tous construits autour de cette ossature folk de subjuguer l’auditeur par leurs idées brillantes (l’ambiance trippante à la Pink Floyd période More de « Fancy », les soli minimalistes du guitariste Nick Zinner dont le talent est éclatant sur ces morceaux).

Toujours plus loin de ses débuts bruitistes, le groupe se permet une gigue (!) avec le morceau « Honey Bear » qui possède, tenez-vous bien, un solo de cornemuse aussi jouissif que surprenant. Kitsch certes, mais diablement efficace pour quiconque aime se dandiner sur une piste de danse. C’est le choix de single le plus évident de l’album, un tube en puissance. 

Dans ce registre folk, les Yeah Yeah Yeahs proposent aussi une ballade plutôt réussie avec « Cheated Hearts » tandis que « Mysteries » pourrait être écrite par les Magic Numbers s’ils étaient new-yorkais. En fin d’album « Warrior » est une berceuse acoustique que seul un passage nerveux bouscule un peu et « Turn Into » achève l’album sur une note alt.country proche de Wilco ou de Sleepy Jackson. On est quand même très loin du art-punk explosif de chansons comme « Miles Away » ou « Black Tongue » qui avaient fait la réputation du groupe.

Post coïtum animal triste? Le premier album était chargé d’une atmosphère sexuelle au-delà du raisonnable. Le second ressemble drôlement à un album de rupture. La vie amoureuse de Karen O a été assez documentée dans la presse people pour qu’on sache que les trois ans de silence consécutifs à Fever To Tell ont vu la belle se séparer d’Angus Andrew (leader des Liars) puis du réalisateur Spike Jonze.

Après les White Stripes et les Strokes, la gueule de bois des groupes de la « new rock revolution » de 2001-2002 continue. A la différence de ses concitoyens porteurs de Converse, les Yeah Yeah Yeahs réussisent à convaincre avec leurs choix à contre-courant et, miracle!, réussissent leur deuxième album. Evénement rare ces jours-ci…

 

 

Tracklisting :

1. Gold Lion *
2. Way Out
3. Fancy *
4. Phenomena
5. Honeybear *
6. Cheated Hearts
7. Dudley
8. Mysteries *
9. Sweets
10. Warrior
11. Turn Into

L’album est disponible sur Deezer.

 

Vidéos :

« Gold Lion »

 
« Cheated Hearts »
 

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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