THE END – Introspection Oubliés de l'Histoire

(Decca 1969)

Véritable bijou de la période psychédélique anglaise, Introspection a été produit par Bill Wyman, le bassiste des Rolling Stones, à l’époque qui suit celle où son groupe avaient tenté un virage psychédélique (une période qui s’étend, grosso modo, de Between the Buttons à Their Satanic Majesties’s Request).

Ce disque de The End est caractéristique du rock psychédélique britannique : la musique qu’on y entend est une pop soignée, à l’orchestration riche et inventive, et aux chœurs généreux. Le deuxième morceau de l’album, « Under the Rainbow » voit également Wyman s’amuser des possibilités offertes par les techniques d’enregistrement, et utiliser les potentialités de la stéréo sans limites. Les pistes « Bromley Common », « Linen draper » et « Jacob’s blader » sont d’improbables intermèdes parlés, qui apparaissent de temps à autre, et qui sont autant de témoignages sur l’esprit qui animait le groupe à l’époque.

La troisième piste d’Introspection, « Shades of Orange », est une chanson comme seuls les Anglais sauront jamais en composer : un côté vaudeville assumé, qui charme l’auditeur sur un rythme désinvolte, sans perdre une once de qualité musicale. La version de « She Said Yeah », proposée en face B, est un autre exemple de ces morceaux simples et immédiats. L’album se poursuit comme il a commencé : les tempos varient, les instruments se multiplient (orgue, clavecin, cuivre, etc.), mais jamais au détriment des compositions, qui restent efficaces.

Sur cet album, les parties d’orgue sont aussi remarquables que le jeu de guitare, et devraient réjouir les amateurs de son pop-rock britannique des années 1967-1969 (les premiers enregistrements de The Nice, du Pink Floyd, de The Move, etc.). La basse, tenue par Dave Brown, a certainement été l’objet d’une attention particulière de la part de Bill Wyman : elle possède un son ample et chaleureux, et s’impose, absolument omniprésente dans cet album (sur « What does it feel like ? » et « Cardboard Watch » notamment, mais aussi sur l’extraordinaire « Introspection (part one) » et sur la délicate « Don’t take me »). Le chant, assuré par Colin Giffin, et appuyé par Dave Brown et Nicky Graham (ce dernier jouant aussi les parties de clavier), est prodigieux : leurs voix s’harmonisent à merveille (par exemple sur « What does it feel like ?» ; « Cardboard watch » et « Don’t take me »). Ici encore, les parentés avec d’autres groupes sont nombreuses : on pense aux Pretty Things de S.F. Sorrow, en particulier sur la première partie de « Introspection », mais aussi aux Who de Sell Out ! sur l’extraordinaire « Loving, sacred loving ». Le niveau de qualité atteint par le groupe tout au long de l’album, déjà impressionnant, s’améliore encore sur la face B originale, pour rejoindre les sommets, et cela dans tous les registres : depuis la pop céleste de « Don’t take me » et de « Loving, sacred loving » (avec une introduction au clavecin géniale, qui prépare l’auditeur aux chœurs éthérés, qui précèdent l’arrivée du groupe), jusqu’aux dernières mesures de saxophone de « She Said Yeah » (jouées par John Horton), et le moment de bravoure de « Introspection (part two) », sur lequel le groupe livre son potentiel rock à plein régime, laissant la part belle à des solos de guitare précis, sur un ensemble parfaitement maîtrisé, à la construction implacable.

Introspection a eu la malchance de sortir après le passage de la vague psychédélique, et il est donc passé quasiment inaperçu à son époque ; il apparaît aujourd’hui un véritable chef d’œuvre oublié : comme le résumé et l’aboutissement de la scène anglaise psychédélique qui existait entre 1966 et 1969. Loin des disques qui sont devenus des classiques, cet album reste un témoignage indéniable du talent prodigieux de The End, qui figure en bonne place dans la liste des groupes méconnus, mais néanmoins absolument indispensables.

 

 

Liste des chansons :

1. Dreamworld *
2. Under the rainbow *
3. Shades of orange
4. Bromley Common
5. Cardboard watch
6. Introspection (part one) *
7. What does it feel like
8. Linen draper
9. Don’t take me
10. Loving, sacred loving *
11. She said yeah *
12. Jacob’s bladder
13. Introspection (part two)

Des extraits de cet album sont disponibles sur un MySpace crée en hommage au groupe.

 

Quelques vidéos pour la route :

« Cardboard Watch », issue d’un film espagnol des années 60 (nommé Al Escondite Ingles)

 
« Introspection Pt. 2 »
 
 

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

3 Comments

  1. Mais qu’est ce que c’est que ce musicblog?

    Depuis ma première visite, mes oreilles me demandent toujours quand est-ce qu’on repassera pour reprendre un apéro musical. Leur liberté naissante m’inquiète. j’éspère juste qu’elles resteront assez longtemps dépendante de mon corps afin d’apprécier ce blog plus que respectable.

    Merci pour elles!

  2. oui ce disque est vraiment pas mal, bon après c’est qd même un ton en dessous des the move, tomorrow ou zombies, mais ça tient bien la route 🙂

    pour l’info, si le groupe apparait dans un film espagnol, c’est qu’ils étaient comme bcp de formations anglaises de l’époque, installée dans le pays!

    et je crois même que leur producteur les as découvert là bas

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