(Because 2008)

Depuis deux ans et la première couverture des Naast sur Rock&Folk, les nouveaux groupes de la scène parisienne font l’objet d’une intense polémique. Surexposition, piston, origines bourgeoises… tout a été reproché – à tort ou à raison – à ces jeunes gens à qui une certaine presse a affublé le sobriquet dédaigneux de “baby rockers”. De l’avis général, aucun de ces groupes n’a sorti d’album inoubliable malgré quelques singles excellents (les premiers 45t des Shades, “Sophie” des Parisians, “Mauvais Garçon” des Naast), et seuls les pénibles BB Brunes ont réussi à toucher un grand public. De tous ce beau monde, les Second Sex sont sans doute les vrais “bourgeois” de l’histoire (issus des beaux quartiers parisiens, le groupe risque de voir son bassiste quitter le groupe pour partir en prépa HEC), cela ne les empêche pourtant pas d’avoir fait le meilleur album du lot, celui qui tient le mieux la distance, le seul à défier les anglo-saxons sur le terrain du rock’n’roll garage.

Second Sex s’expriment à la fois en anglais[1] et en français, ce qui peut faire grincer des dents dès que le groupe associe son rock’n’roll à notre langue notoirement difficile à faire sonner sur des rythmes endiablés. Se sentant sans doute obligé de faire honneur à son patronyme, le groupe envoie ainsi quelques textes salaces un peu patauds (“Je vais te pénétrer / renaître pour l’éternité” qui gâche la fin de l’excellente “Mon autre côté”, “tes souvenirs de moi ne serons que des pleurs / je te baise / oh oui je t’effleure” sur “J’ai couché avec le diable”). Pas franchement terrible, mais toujours meilleurs que les chansons sur les Tortues Ninja des débuts.

Malgré cet écueil, le groupe parvient à convaincre grâce à la puissance de ses morceaux et la qualité de son interprétation, bien aidé en cela par la production impeccable de Pelle Gunnerfeldt (responsable aussi du son des Hives). Comme les premiers singles le laissaient entendre, Second Sex sont un vrai groupe de rock’n’roll, comme la France n’en produit que trop peu, capable de créer une dynamique explosive en s’appuyant sur des riffs de guitare cinglants. Le début de l’album en atteste : après le single “We Lost Control”, efficace scie garage-rock, le groupe se lance à corps perdu dans un rock’n’roll enflammé : “Mon autre côté” d’abord, avec sa ligne de basse irrésistible, son harmonica, son break de guitares et son refrain contagieux allume les premières braises. Le groupe souffle l’espace de 3 minutes avec “J’ai couché avec le diable” avant de repartir dans un registre punk sur l’excellente “I’m Ready” puis l’urgente “21 grammes”.

La suite se tasse un peu, avec “Heart Attack” et “Dis-moi qui je suis” qui évoquent le punk sous-Libertines des Paddingtons puis “She’s Alright”, appréciable mais prévisible, et “Baby Doo” qui rappelle “Two-Timing-Touch And Broken Bones” des Hives. Si tous ces morceaux ne sont pas mauvais ils s’oublient assez rapidement. On s’emballe à nouveau quand survient le “tube” du groupe sur scène : “Je ne suis pas une fille facile”. On n’a pas fini d’entendre parler des paroles de ce morceau provocateur (“Je ne suis pas une fille facile / Pas de celles qui se laissent embarquer / Dans un coin tranquille / Prêtes à se faire enculer“), qui versent allègrement dans la vulgarité et la pose facile. Ce morceau qu’on n’est pas prêt d’entendre à la radio est pourtant excellent, avec un riff de guitare renversant, une maestria et une énergie rock’n’roll qui nous donnent envie de pardonner toutes leurs erreurs de jeunesse aux bouillants Second Sex.

La fin d’album retrouve les sommets des débuts. Mieux, on y entend le groupe déployer ses ailes et enchainer un triplet de merveilles garage-rock: “I’m Waiting”, “Lick My Boots” (le morceau emblématique du groupe dont on a déjà longuement parlé sur PlanetGong) et le single “Le Monde est silencieux”. Un final spectaculaire qui place les Second Sex largement au dessus de leurs pairs. Petite Mort est sans doute trop long – 16 morceaux, dont 3 qu’on aurait plutôt vus en face B de singles -, Petite Mort fait parfois sourire par son côté poseur et naïf, mais il propose la collection de chansons la plus enthousiasmante qu’on ait entendu depuis longtemps dans notre tiers-monde du rock’n’roll. Second Sex sont LE groupe à sauver de cette scène parisienne survendue.

 

 

Tracklisting :

1 Petite Mort
2 We lost control
3 Mon autre côté   *
4 J’ai couché avec le diable  *
5 I’m ready  *
6 21 grammes
7 Heart attack
8 Is she allright
9 Dis-moi qui je suis
10 Baby Doo
11 Fille facile   *
12 I’m waiting
13 Lick my boots  *
14 Le monde est silencieux   *
15 Stay
16 Petite mort

L’album est en écoute sur Deezer : http://www.deezer.com/#music/album/248799 


[1] A ceux qui trouveront l’accent du chanteur Tim Bernelle trop franchouillard pour leurs esgourdes, nous vous invitons à réécouter les Hives, Deus et autres
Can, groupes excellents mais à l’accent tout aussi prononcé.