KASABIAN – West Ryder Pauper Lunatic Asylum Convaincant

(Sony 2009)

Attention hype ! A l’image de ce qui se passe de façon systématique avec leurs grands-frères d’Oasis, chaque nouvel album de Kasabian est annoncé comme étant le meilleur du groupe. Les anglais savent admirablement vendre leur came et faire de chaque sortie d’album un événement médiatique. Outre une campagne de presse insistante, Kasabian récolte depuis un mois des lauriers dans toute la presse spécialisée, à juste titre car West Ryder Pauper Lunatic Asylum est un album excellent. Ne nous emballons pas trop néanmoins, car parler de chef d’œuvre ou d’album avant-gardiste comme on a pu le lire ici ou là paraît exagéré.

Après deux albums au son distinctif et à l’écriture assez formulaïque, on a appris à connaître les ficelles de Kasabian et y discerner les recettes employées par le groupe. Le truc avec eux, c’est qu’on a l’impression d’avoir déjà entendu leurs chansons avant de les avoir écoutées. Côté mélodies on est rarement surpris, mais bizarrement on ne trouve ça jamais mauvais, car Kasabian sait envoyer ses morceaux avec style.

Tout au long de l’album, le groupe fait une nouvelle fois preuve de son érudition : après l’ouverture « Underdog » typiquement Madchester, le début de l’album est plutôt tendance krautrock, avec « Where Did Al The Love Go ? » qui possède une solide rythmique qui évoque le Apache beat employé par Klaus Dinger de Neu!. Pas de quoi crier au génie cependant, car le groupe avait déjà fait le coup avec « Reason Is Treason » dans son premier album. L’album surprend une première fois avec « Swarfiga », un instrumental  qui évoque le Gong de Continental Circus, notamment par l’emploi de glissando guitar, avant « Fast Fuse » qui possède un riff entêtant à la « Stroll On » des Yardbirds. On est heureux de retrouver ce morceau ici après une discrète sortie vinyle en 2008. De façon assez étonnante, il s’agit de la seule incursion du groupe dans le registre franchement rock lors de l’album. Si Kasabian propose toujours un son riche, celui-ci semble en effet plus sage, moins menaçant. Où sont les riffs telluriques à la « Klub Foot » ou « Shoot The Runner »?

Kasabian a choisi pour cet album de varier les tempos, ce qui lui permet de gagner en épaisseur et de sortir du registre northern auquel on l’associe souvent. Le groupe ralentit le rythme à bon escient et sait bien gérer ses temps calmes, avec l’acoustique « Thick As Thieves » qui succède à « Take Aim ». Kasabian réussit sur ce dernier morceau le prodige de ne pas sonner pompier malgré une intro à base de violons et de trompettes. On retrouve ces mêmes violons dans « West Ryder Silver Bullet », un morceau dont l’ambiance de Western s’inspire des BO de Morricone, après une intro de batterie venue tout droit de « Mellow Yellow » de Donovan. Kasabian y est souverain, et n’hésite pas à prendre des risques dans l’instrumentation.

Kasabian succombe néanmoins une fois de plus à son péché mignon : l’album s’achève de façon peu convaincante. On a l’habitude de voir le groupe se prendre les pieds dans le tapis en face B (ou plutôt en face C et D, devrait-on dire, Kasabian ayant l’habitude de sortir ses albums en double album vinyle 10 pouces), sur West Ryder Pauper Lunatic Asylum, le groupe n’y échappe pas. Cette fois-ci Kasabian s’embourbe sur deux ballades pénibles, « Ladies & Gentlemen (Roll The Dice) » et « Happiness », qui rivalisent d’ennui (mention spéciale à la dernière qui s’achève sur un chœur de gospel pleurnichard et peu subtil). Par ailleurs, si le son de basse sur « Vlad The Impaler » soulève l’enthousiasme, le morceau n’est qu’une scie au refrain idiot (cet irritant « Get loose, get loose« ) et met en avant le principal défaut du groupe : une écriture pas toujours à la hauteur de ses ambitions (chez Kasabian, la forme est souvent meilleure que le fond).

Le seul morceau intéressant dans ce final erratique se nomme « Fire », et demeure peut-être le meilleur passage de l’album. Après une intro paisible à la guitare acoustique où un synthé intrigant vient tisser une toile sonore, le morceau explose, porté par un riff de guitare lourd. Ce qui suit défie les lois de la gravitation : le refrain enchaîne sur un solo de guitare simple mis en relief par une ligne de basse disco. Totalement impromptu mais irrésistible. S’il se montre capable de continuer à écrire des morceaux de ce calibre, Serge Pizzorno devrait mener son groupe au sommet et dépasser son modèle mancunien en termes de popularité (l’album a d’ailleurs cartonné en Angleterre). Dans une année 2009 pauvre en grands disques, Kasabian ont publié un album de qualité en se tenant à l’écart des modes et en allant puiser dans le meilleur du rock des années 60 et 70. Un exemple à suivre.

 

 

Tracklisting : 

1. Underdog  *
2. Where Did All the Love Go?  *
3. Swarfiga
4. Fast Fuse  *
5. Take Aim
6. Thick As Thieves
7. West Ryder/Silver Bullet  *
8. Vlad the Impaler
9. Ladies and Gentlemen (Roll the Dice)
10. Secret Alphabets
11. Fire  *
12. Happiness

Le MySpace du groupe : www.myspace.com/kasabian

 

Vidéos :

« Where Did All The Love Go ? »

 
« Fire »
 
 
« Underdog »
 

 

Vinyle :

Comme d’habitude, l’album de Kasabian est un double-vinyle 10 pouces assez classieux. Un bel objet.

Kasabian - West Ryder Pauper Asylum

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

4 Comments

  1. Me voilà rassurer… parceque j’aime bien Kasabian, surtout le premier album mais quand je suis allé chez mon disquaire pour écouter (et eventuellement acheter) le nouveau, j’ai été déçu. exactement pour cette raison que tu a si bien décrité :  » Le truc avec eux, c’est qu’on a l’impression d’avoir déjà entendu leurs chansons avant de les avoir écoutées. »  Déjà que je n’adore pas Shoot the Runner… C’est pour ça que j’aime bien Fire, c’est assez nouveau pour moi cez eux…

  2. Et pour ce qui est du nouvel album? Quelqu’un l’a écouté? Bientôt une chronique?

    Un peu en deça du dernier mais très bon quand même, ça reste dans la lignée. J’ai eu peur au début en entendant leur single ultra electro, mais c’est un cas isolé par rapport au reste des pistes.

  3. Bon album que je redécouvre en ce moment après une écoute discrète à sa sortie. Vraiment bien. Curieux je trouve à « Fast Fuse » un quelquechose qui me fait penser aux Black Keys ???

  4. Et pour ce qui est du nouvel album? Quelqu’un l’a écouté? Bientôt une chronique?

    Un peu en deça du dernier mais très bon quand même, ça reste dans la lignée. J’ai eu peur au début en entendant leur single ultra electro, mais c’est un cas isolé par rapport au reste des pistes.

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