THE VON BONDIES – Pawn Shoppe Heart Pourquoi tant de haine?

(Sire 2004)

On a rarement autant parlé des Von Bondies que ces temps-ci. Coincidence étrange, la sortie de leur album s’est retrouvée mise en lumière par une altercation fameuse entre Jack White, gourou de la scène de Detroit, et Jason Stollsteimer, leader des Von Bondies et supposé renégat. Ce dernier finira couvert de bleus sur le visage (la photo a fait le tour du monde) tandis que le leader des White Stripes a écopé d’une peine d’intérêt général devant le tribunal. Pourquoi tant d’agitation?

Il semble que le sieur White n’ait pas apprécié que ses protégés quittent le nid. Découverts par lui, emmenés en tournée en Europe pour assurer la première partie des White Stripes, hébergés, enregistrés et produits gratuitement par lui, chez lui, les Von bondies doivent tout à Jack White… et semblent avoir du mal à l’accepter.

Après le succès critique de Lack Of Communication, le quatuor s’est vu offrir un gros contrat par Sire, devenant de fait le premier groupe de la scène de Detroit à vendre son âme chez une major (même les White Stripes sont encore chez le label indé XL). De quoi alimenter une polémique entre White et Stollsteimer? De quoi en semer les graines en tous cas, car à l’écoute de ce deuxième opus des Von Bondies on comprend pourquoi la moutarde est montée au nez de plusieurs personnes.

L’album commence par un « No Regrets » qui sonne très T-Rex, dans lequel le chanteur met les choses au point concernant son choix. Il enchaîne sur un « Broken Man » où il parle de Detroit comme d’un « broken land », pays en ruines… Quelques morceaux plus tard, Stollsteimer oublie toute finesse avec « Been Swank », excellent morceau porté par une ligne de basse envoûtante mais aux paroles bêtement agressives à l’encontre de Ben Swank, batteur des Soledad Brothers et très bon ami de Jack White. Ensuite, dans « Tell Me What You See », il exprime son ras le bol devant la mauvaise réputation qu’il a dans la Motor City (« I hear rumors of lies of my name being dropped by the friends that I once loved« ), des fausses rumeurs lui ayant coûté plusieurs amis. Tensions… Ajoutez à cela des conférences où le groupe (et notamment la guitariste Marcie Bolen, ex de Jack White) s’est fait un plaisir de briser le mystère entourant la vraie nature des relations entre Jack et Meg White – élément aussi important dans leur mythologie que la couleur de leurs pantalons – , on peut légitimement penser que les Von Bondies ont voulu polémiquer pour mieux se faire connaître… et c’est bien dommage car ils risquent de traîner cette image de petit cons jusqu’à la fin de leur carrière.

De plus, Pawn Shoppe Heart, s’il contient de très bons morceaux – le tubesque « C’mon C’mon », les assauts punk de « Not That Social » ou « Crawl Through The Darkness » sortent du lot -, est nettement moins bon que le premier album. La production de Jerry Harrison, ex-guitariste des Talking Heads, leur a certes conféré un son moins sale, moins brut de décoffrage, mais elle les complètement dépossédé de leur image blues marécageux et vaudou pour une image plus commerciale, plus glamour (la photo de dos de pochette où on les voit tous dans le même lit et le graphisme rouge à lèvres rose du nom du groupe au recto sont d’un goût discutable).

Pas sûr que les Von Bondies y aient gagné grand chose. Si les guitares sont toujours aussi présentes, elles semblent jouer dans du coton et les morceaux les plus lents sont à la limite du soporifique. Le son de Detroit se dilue mal dans une production trop lisse, sans personnalité et trop consensuelle. Les Von Bondies ont perdu un peu de leur âme avec ces polémiques inutiles et ce disque décevant. Ils ont aussi perdu une réputation flatteuse et même leur bassiste, Carrie Smith qui, fatiguée de l’image brouillée du groupe a quitté le navire. Quel gâchis.

www.vonbondies.com

 

 

Tracklisting : 

1 No Regrets     
2 Broken Man  *  
3 C’mon C’mon  *
4 Tell Me What You See
5 Been Swank
6 Mairead

7 Not That Social
8 Crawl Through The Darkness  *
9 The Fever          
10 Right Of Way          
11 Poison Ivy          
12 Pawn Shoppe Heart

 

Vidéos :

« C’mon C’mon » live chez Letterman

 

Vinyle :

En rappel de l’écriture façon lipstick de la couverture, le disque possède une éclatante pâte rose.

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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