BOOKER T. & THE M.G.s – Green Onions Boogie Woogie

(Sortie 1962; réédition C.D. chez Atlantic)  

Cet album, sorti par le fameux label Stax en novembre 1962, est un disque entièrement instrumental enregistré par un quatuor de musiciens Soul et Rhythm’n’Blues. Booker T. Jones, qui joue de l’orgue, est (brillamment) accompagné par Steve Cropper à la guitare électrique, Lewis Steinberg à la basse et Al Jackson Jr. à la batterie. Booker T. et Cropper font également partie d’un autre groupe de Memphis, The Mar-Keys, et les quatre sont musiciens de studio et accompagnent de nombreux artistes de Stax – notamment le plus célèbre d’entre eux, Otis Redding. 

Le groupe avait d’abord écrit et enregistré deux morceaux pour la sortie d’un single, quelques mois plus tôt : « Behave Yourself » en face A, et « Green Onions » en face B. Le succès de la face B, qui devint presque instantanément un hymne Mod, poussa Booker T. à l’enregistrement d’un 33 tours. Le disque comprend donc les deux chansons pré-citées, un autre morceau composé pour l’occasion, « Mo’ Onions », le reste se composant entièrement de reprises (de Soul et de R’n’B).
 
Auréolé de son succès, le morceau « Green Onions » ouvre le disque et introduit le style du groupe: sur une base rythmique fluide et précise s’affrontent l’orgue de Booker T. et la guitare de Steve Cropper. Tour à tour, chacun laisse à l’autre le devant de la scène, et s’occupe d’offrir un contrepoint à la mélodie (sur l’ensemble de l’album, Booker T. est tout de même celui qui assure le plus de solos). Le son proposé par les quatre musiciens est limpide, la guitare délivre des accords tranchants, et l’orgue est un modèle du genre. Le début du disque est proprement ahurissant: après « Green Onions », le morceau « Rinky-Dink » offre une autre démonstration de facilité; la formation recrutée par Booker T. Jones est parfaitement rodée, chacun des musiciens sait ce qu’il doit faire, et le résultat est sans appel: orgue lancinant, solo de guitare efficace et sobre, break de batterie… Booker T. & The M.G.s jouent juste; leur maîtrise technique est impressionnante (ce qui, convenons-en, est plutôt agréable, surtout en ce qui concerne un album instrumental). Le morceau suivant est la chanson « I Got A Woman » (de Ray Charles), revisitée ici de façon extraordinaire: le jeu de batterie d’Al Jackson Jr. est merveilleux, la basse de Steinberg suit le tempo sans faillir. Cropper et Booker T. sont à nouveau sidérants de virtuosité et de complicité, et font s’envoler le morceau par des suites d’accords surprenantes. Le morceau suivant, une reprise de « Twist And Shout », est également réjouissant. Un peu plus loin dans le disque, « Lonely Avenue », une chanson de Doc Pomus popularisée par Ray Charles, est aussi ré-interprétée de manière impeccable. Sur « You Can’t Sit Down », Booker T. laisse à son groupe le soin de porter la chanson (solo de guitare, breaks de batterie et de basse) avant d’en reprendre le contrôle avec son instrument, de façon naturelle et sans aucun impair. Le disque s’achève sur « Comin’ Home Baby », où le couple basse-batterie offre un modèle de stabilité et d’assurance. La partie de guitare de Cropper est magnifique de précision, et l’orgue se fait plus discret, mais offre néanmoins une profondeur indispensable à la texture du morceau.
 
 
 
 
Liste des chansons :
  1. Green Onions
  2. Rinky Dink 
  3. I Got A Woman 
  4. Mo’Onions 
  5. Twist And Shout 
  6. Behave Yourself 
  7. Stanger On The Shore 
  8. Lonely Afenue 
  9. Who Really Loves You 
  10. You Can Sit Down 
  11. A Woman, A Lover, A Friend 
  12. Comin’Home Baby  

 

Vidéo :

« Green Onions »

 

Remarque : pour celles et ceux qui apprécient le son d’orgue avec accompagnement Rhythm ‘n’ Blues, PlanetGong recommande l’écoute de la compilation Organ Boogie Woogie, datant de 1961, qui regroupe des morceaux joués par des artistes tels que (Sir Charles Thompson), (Bill Doggett), (Wild Bill Davis), et (Dick Hyman).

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

1 Comment

  1. Un des premiers groupes « multiracial » de l’histoire du rock…. Enfin ça reste à vérifier…

    Wikipedia dira de manière plus politiquement correcte : « one of the first racially-integrated bands »…

    En tous cas, je découvre la pochette « kitchisssime » de l’album qui aurait très bien pu être découpée dans les brochures de « Jardiland » !

    En ce qui concerne les groupes dits « instrumentaux », j’aime bien aussi certains tubes des Shadows même si par moments, ça ressemble à de la musique d’ascenseur.

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