THE KILLERS – Sam’s Town Second degré?

(Mercury 2006)

Le nouvel album des Killers est arrivé! Pubs géantes, matraquage radio et télé… difficile d’y échapper en ce moment. On doit avouer qu’on est surpris de l’engouement médiatique et des moyens mis en oeuvre par leur maison de disques pour promouvoir ce Sam’s Town boursouflé et fatigant.

Il est vrai que Hot Fuss avait très bien marché en 2004 avec ses singles qui passaient dans les publicités (« Mr. Brightside », « Somebody Told Me ») et a donné une stature internationale à ce groupe dont le manque d’originalité n’a d’égal que sa grandiloquence. Après l’éclosion d’une certaine scène, on croyait l’affaire oubliée… et voila qu’on se fait à nouveau agresser dès qu’on sort de chez soi par cet abominable son de synthé et ces chansons criardes. Merde. Sommes-nous les seuls à trouver le single « When You Were Young » insupportable? Apparemment oui… ce truc est numéro un dans plein de pays.

Pour tenter de percer le mystère des Killers, nous avons décidé de faire un acte relevant du masochisme : écouter Sam’s Town dans son intégralité. Pour ce faire, on a pris toutes nos précautions en préparant un kit de survie constitué à base de Dirtbombs en cas de trouble neurologique. Dans l’éventualité d’une perte de conscience, un exemplaire de Flying Teapot de Gong a été mis de côté. Un accident est vite arrivé et on connait la nocivité de la musique des années 80 sur le systême nerveux humain.

Une fois notre bazar prêt, on s’est lancé sans filet. On savait pourtant à quoi on s’attendait. On avait été déjà horrifié par la new wave à la U2 de leur premier album. Il y a peu, des déclarations du chanteur Brendon Flowers faisaient état d’influences nouvelles dans le son du groupe, notamment Bruce Springsteen (le culturiste des années 80, pas le folkeux dylanien barbu des débuts). L’équation fait peur : U2 + Bruce / 2 = de quoi horrifier les mélomanes.

Après une heure pénible de torture auditive, on ne cache pas que ce disque ne reviendra pas souvent sur notre platine (ou alors calé entre un Patrick Sebastien et un Michel Sardou un soir de réveillon à 4h du matin). L’évolution par rapport à Hot Fuss est minime et concerne surtout la production sonore. Le groupe a du pognon, il s’est payé un gros mur de son encore plus opaque que les comptes de la Ville de Paris. Ainsi gonflée à l’hélium, la baudruche Killers peut s’envoler sans avoir peur de dévoiler ses mélodies faméliques, bien cachées  derrière les couches de synthé et de guitare. Les chansons sont lourdingues, possèdent le plus mauvais son de synthétiseur entendu depuis longtemps (on pense notamment au Bontempi de supermarché de « Bones », le genre de truc qu’on  pensait n’entendre que dans les productions musicales estampillées TF1 ou AB Productions)  et sont interprétées avec un lyrisme pathétique. On ne parlera pas des paroles par bonté d’âme tant elles accumulent les clichés.

L’homme du disque est sans aucun doute le charismatique Brandon Flowers, chanteur au lyrisme forcé qui réussit à se rendre encore plus insupportable que son modèle irlandais à mullet. Plus thêatral que jamais et arborant une moustache magnifique depuis qu’il a abandonné sa veste à paillettes rose (en fait tout le groupe semble sorti tout droit du vidéo-clip de « We Are The World »), il singe Bono de son mieux tout en nous régalant de sa maestria au clavier, du pas entendu depuis Véronique Sanson.  On a beau y faire, on a écouté le truc plusieurs fois, au point même qu’on en a usé notre copie d’Ultraglide In Black de survie, Sam’s Town est inaudible. Rien que la chanson-titre qu’on se farcit en ouverture fait saigner du nez dès qu’on la passe. On passe pas loin de la rupture d’anévrisme à chaque écoute. Il faut dire que l’intro au synthé et la rythmique europop de ce morceau taillé pour les dancefloors déclenchent une crise d’angoisse carabinée (ou l’hilarité, c’est selon). Le cabotinage de Flowers qui se déchaîne dans les couplets rajoute une couche avant un des refrains les plus braillards depuis le dernier U2. Ces mecs y croient à mort, ils sont en roue libre. 

Le single « When You Were Young » peu après propose un autre abîme. essayez de la chanter sous la douche, vous vous rendrez à quel point ce morceau est ridicule : « when you…were YOUUUUUUUUUNG!!! ». Les choeurs à trente secondes de la fin finissent d’achever l’auditeur et soulèvent une question : est-ce du second degré? Cette théorie ne paraît pas si ridicule qu’elle en a l’air… Comment expliquer autrement cette partie de synthé pouet-pouet inspirée d’Orchestral Manoeuvres In The Dark sur « Bling (Confessions Of A King) » ou cette paire de morceaux qu’on croirait tout droit sortie d’un album de Queen des années 80, « Bones » et « Bones »? Quand un groupe atteint de tels sommets de mauvais goût, on arrive dans un zone qui flirte entre le génie total et la daube ultime. Reste à savoir quel était l’objectif des très sérieux Killers en premier lieu (on a notre idée sur la question). 

Après tel feu d’artifice, on passera vite sur le groove laborieux de « Uncle Jonny », les déraillements de la ballade sentimentale ratée « My List » et la variétoche de « Why Do I Keep Counting » qui ne sont pas assez mauvais pour être drôles. Heureusement, aucun bon morceau n’est à déplorer et rien ne vient nous faire regretter quoi que ce soit. L’honneur est sauf.  Sam’s Town est un album d’une homogénéité remarquable, dont le niveau est constant du début à la fin, et qui remporte un succès public considérable. Tant mieux pour les Killers, tant pis pour leurs fans. Si vous voulez rigoler 5 minutes, allez écouter ce truc sur une borne audio en magasin, si vous avez envie d’écouter de la vraie musique, passez votre tour. N’allez pas plomber votre budget disques d’un achat que vous regretteriez.

 

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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