(EMI 2006)

Un nouvel album des Beatles sort… que dire? Cette affaire de remix en son 5.1. ressemble grandement à une sale opération commerciale de fin d’année. Quel intérêt y a-t-il à nous refourguer encore une fois des chansons qu’on connaît par coeur? L’excuse d’un spectacle interprété par le Circle Du Soleil valait-elle la peine qu’on trafiquât les chansons des Fab Four? Grand beatlemaniaque devant l’éternel, on ne pouvait néanmoins laisser passer ce disque.

Si on s’attendait au pire avant l’écoute, toutes nos préconceptions ont rapidement volé en éclats. Les Beatles sont plus que jamais d’actualité en 2006, c’est clair, et pas seulement parce que Paul McCartney fait la une de la presse people avec son divorce : cet album réveille en vous le fan des Beatles qui s’était endormi.

Le début de l’album est tout simplement extraordinaire. Après une version a cappella de « Because » (qu’on avait déjà pu entendre dans le volume 3 de The Beatles Anthology), arrive l’accord de début de « Hard Day’s Night », préambule à un mélange ébouriffant : le solo de Ringo de la fin d’Abbey Road est plaqué sur la rythmique de « Get Back ». Très vite, le solo de guitare de « The End » explose avant que l’accord terminal de « A Day In The Life » ne mette tout le monde d’accord. Cet extraordinaire moment sert en fait d’intro à « Get Back », qui se mue rapidement en un « Glass Onion » auquel on a collé en arrière-plan les trompettes de « Hello Goodbye ».

Inutile de vous dire qu’à ce moment là on a pris une grosse claque dans la gueule. On reprend son souffle et on enchaîne avec excitation; on ne s’était pas préparé à aimer ce disque, encore moins à pleurer en l’écoutant. On sent qu’on va adorer ce Love qui semble plus réservé aux aficionados qui vont s’amuser à reconnaître les sons cachés à droite et à gauche, qu’au pékin moyen. En même temps, les chansons sont tellement bonnes qu’on ne voit pas qui pourrait ne pas l’aimer…

« Eleanor Rigby » arrive, sobre avec quelques bruits en fond mais sans plus. L’intro est allongée par rapport à sa version originale. Quarante ans après, cette chanson est toujours aussi bouleversante. « Julia » ensuite, sans paroles, possède des extraits du collage sonore « Revolution 9 », notamment une sirène de pompiers servant de transition idéale à « I Am The Walrus », une des plus grandes chansons de l’histoire de l’humanité si vous me demandez mon avis. La sélection des pistes est jusqu’à présent parfaite. Goo Goo Goo D’Joob.

Remastérisé en 5.1., « I Want To Hold Your Hand » sonne comme un vrai morceau de rock’n’roll rageur. La guitare de George Harrison y claque comme jamais. On rentre en fait dans la partie rock de l’album qui continue sur une version revue de « Drive My Car » (avec cuivres) qui se mue naturellement en « What You’re Doing » puis en « The Word ». Facile.

Le morceau qui suit apporte un répit :  » Gnik Nus » n’est rien d’autre que « Sun King » passé en bandes inversées, c’est plutôt dispensable. « Something » ensuite bénéficie d’un dépoussiérage discret qui met en valeur la basse mélodique de Paul McCartney. A la fin de la chanson, on reconnaît l’intro de « Blue Jay Way » sur laquelle les paroles de « Nowhere Man » ont été collées pour servir d’introduction à « For The Benefit Of Mr. Kite ». Celle-ci a perdu un peu de son ambiance cirque dans les couplets et met, elle aussi, en avant une ligne de basse plutôt bloquante. En fin de morceau, la chanson se transforme en un « I Want You » apocalyptique durant lequel on entend les cris de Paul McCartney dans « Helter Skelter ». Génial.

On n’a pas encore atteint la moitié de l’album et « Help » arrive pour ramasser les morceaux des auditeurs retournés. Avec ce nouveau travail sur le son, on remarque avec amusement la similitude entre cette chanson et « Dreaming Of You » de The Coral (écoutez bien la basse pour vous en convaincre). Immédiatement après, l’intro de « Blackbird » est collée à « Yesterday » pour une sorte de « best of Paul McCartney acoustique » de premier choix.

Rien d’étonnant alors à ce que l’album enchaîne sur une version dépouillée à l’extrême de « Strawberry Fields Forever » qui devient plus électrique au fur et à mesure qu’elle avance. Tout et n’importe quoi est collé dans le coda de la chanson; des flonflons de « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » au solo de piano accéléré de « In My Life », en passant par celui de trompette dans « Penny Lane », de celui de clavecin dans « Piggies » au final de « Hello Goodbye ». Rigolo mais sans grand intérêt à vrai dire.

La suite est bien meilleure : on a droit à un clash extraordinaire entre deux des chansons les plus trippantes des Beatles. George Harrison chante son « Within You Without You » sur la rythmique géniale – et mille fois copiée – de « Tomorrow Never Knows ». La fin s’enchaîne naturellement avec une version ralentie de l’intro au clavier de « Lucy In The Sky With Diamonds ». Quand ladite chanson arrive, on est au septième ciel. Et pour la millième fois dans ce disque, on hallucine carrément en entendant ces lignes de basse qu’on croyait connaître par cœur.

La chanson suivante est une « spéciale Ringo ». On entend le sympathique batteur chanter un « Octopus’s Garden » ralenti sur les violons de « Goodnight », avant que la chansonnette ne s’emballe dans toute son allégresse et ne s’enchaîne sur un « Lady Madonna » à l’intro dépouillée (voix, piano, saxo). Quand la véritable chanson (sous la forme qu’on connaît) arrive, on est frappé par le son de guitare chaud et puissant de George Harrison. Celui-ci sert d’ailleurs a établir un pont avec « Hey Bulldog », chanson au son proche de « Lady Madonna », pendant quelques courtes secondes.

Quand commence « Here Comes The Sun » sur les tablas de « Love You To », on écoute de la musique depuis un petit bout de temps. C’est le principal reproche qu’on pourrait faire à Love : ce truc dure 78  minutes! On a le cerveau tellement sollicité avec ces morceaux remixés qu’on a déjà l’impression d’en avoir écouté le double. On s’accroche quand même.

Après un court extrait de « The Inner Light », on tombe sur une version de « Come Together » qui se mue en « Dear Prudence » puis en « Cry Baby Cry ». Pas mal mais on est loin des sommets du début d’album. Heureusement, « Revolution » vient nous botter le cul avec ses gorgées de fuzz et sa rythmique boogie qui se transforme en « Back In The USSR », pour un nouveau numéro rock’n’roll de haute tenue. Ce qui arrive ensuite est extraordinaire.

Pour « While My Guitar Gently Weeps », George Martin a eu l’idée géniale de prendre la version acoustique de la chanson (déjà entendue sur The Beatles Anthology 3) et de l’enrober de violons pour une relecture magistrale. On met un genou à terre.

Le disque poursuit avec « A Day In The Life », on gît sur le sol. On se demande ce qui peut se passer de mieux que cela dans la suite de l’album. La réponse arrive rapidement avec « Hey Jude », qui semble ne pas avoir changé jusqu’à l’arrivée du mantra final. Dans ce moment familier où tout le monde chante « nah-nah-nah-nah » à tue-tête, surgit une partie de basse jamais entendue auparavant (car coupée de la fin de la chanson en 1968) qui donne des frissons de dos. Le K-O n’est pas loin… et surgit rapidement avec la version électrique de « Sgt. Pepper’s Lonely Hearts Club Band » qui sert de préambule au « All You Need Is Love » final ». On est terrassé. Trop beau, trop fort.

On retiendra de Love qu’il s’agit d’un exercice de style masturbatoire très réussi où les idées les plus ingénieuses sont appliquées aux meilleures chansons. Les fans obsessionnels des Beatles adoreront. On ne trouve que peu de fautes de goût ici, et encore…

Par ailleurs, les Beatles en son 5.1., ça le fait. La rythmique est monstrueuse et rend enfin hommage à Ringo Starr, batteur un peu trop raillé, au beat solide et au jeu empreint d’une finesse exquise sur certains des morceaux les plus emblématiques du groupe (« Something », « Strawberry Fields Forever », « Tomorrow Never Knows », « Come Together », « A Day In The Life »…). On préfère ne pas parler de la basse de Paul McCartney qui claque dans tous les sens. Une vraie révélation.

Ce disque nous rappelle – au cas où l’aurait oublié – que les Beatles sont le plus grand groupe rock de tous les temps. Rien que ça. Bien que réservé aux fans du groupe en priorité, Love apporte plus d’émotions qu’aucun album sorti en 2006, avec des chansons vieilles de 40 ans… Un tour de force impressionnant. On va attendre quelques jours avant d’écouter le nouveau best of d’Oasis

  

 

Tracklisting

1. Because
2. Get Back *
3. Glass onion
4. Eleanor Rigby/Julia (transition) *
5. I’m the Walrus *
6. I want to hold your hand
7. Drive my car/The word/What you’re doing
8. Gnik Nus
9. Something/Blue Jay way (Transition)
10. Being for the Benefit of Mr.Kite/I want you (She’s so heavy)/Helter Skelter *
11. Help! *
12. Blackbird/Yesterday
13. Strawberry Fields Forever *
14. Within you Without you/Tomorrow never Konows *
15. Lucy in the sky with diamonds *
16. Octopus’s Garden
17. Lady Madonna
18. Here comes the sun/The inner Light ( Transition)
19. Come together/Dear Prudence /Cry baby Cry (Transition)
20. Revolution
21. Back in the USSR
22. While my guitar gently weeps *
23. A Day in the Life *
24. Hey Jude *
25. Sgt Pepper’s lonely Hearts club Band (Reprise) *
26. All you need is love

 

Vidéo :

« While my Guitar Gently Weeps »