BLACK SABBATH – Master of Reality Lourd et efficace

Sortie UK 1971 (Vertigo)

 Black Sabbath est un groupe anglais, formé à Birmingham en 1969 par Ozzy Osbourne (chant), Tony Iommi (guitare), Terry ‘Geezer’ Butler (basse) et Bill Ward (batterie), qui est resté plus célèbre à cause du folklore et des légendes qui ont entouré la groupe que grâce à la musique. Le groupe, dont le chanteur est encore l’un des plus déjantés de l’histoire du rock, fut accusé de satanisme et même poursuivi en justice (après les suicides de quelques adolescents pendant les années ’70 aux Etats-Unis)… Le folklore sataniste, qui a apporté au groupe une immense publicité, a aussi causé du tort au groupe : ne considérer Black Sabbath que par l’imagerie utilisée (qui a depuis servi de base à la plupart des groupes metal) serait une grave erreur : les premiers disques de Black Sabbath sont de bons albums, à l’efficacité toujours intacte.

L’enregistrement de Master of Reality s’est déroulé un an à peine après la sortie de leur premier album (Black Sabbath, 1970), et pendant la tournée de promotion du second (Paranoid, 1971). L’urgence qui a dicté la réalisation de l’album est peut-être responsable de l’unité qui semble régir l’ensemble du disque : une ambiance sombre (qui devient parfois oppressante), accompagnée d’un son lourd et ample qui reste la marque de fabrique du Sabbath.

Tony Iommy, le guitariste, compose seul trois morceaux : les deux instrumentaux « Orchid » et « Embryo », à l’atmosphère sombre et médiévale, ainsi que la chanson « After Forever », restée célèbre pour la phrase : « Would you like to see the Pope on the end of a rope ? » (« Voudrais-tu voir le pape au bout d’une corde ? »). « After Forever », par ses textes, son extraordinaire riff de guitare et sa base rythmique monolithique, a été utilisée pour présenter Black Sabbath comme un groupe sataniste ; les textes de la chanson sont pourtant clairs, et les vers « They should realize before they criticize / That God is the only way to love » font s’effondrer le mythe sataniste, et font d’« After Forever » la premier morceau de (aaargh !) Christian-Rock.

Le disque se caractérise par une ambiance sombre et lente : le jeu de guitare de Iommi est en ce début de décennie ’70 à son meilleur niveau ; les riffs sont tranchants et d’une efficacité incroyable, et le guitariste ne se laisse pas encore entraîner dans des solos interminables (qui vont finalement nuire au groupe lors des albums suivants). Soutenue par la basse de Geezer Butler, la batterie de Bill Ward est impressionnante : une frappe lente et lourde (« Sweet Leaf »), quasiment monolithique (« After Forever »), mais qui sonne toujours juste (« Children of the Grave »). La voix d’Ozzy Osbourne, unique en son genre, fonctionne à merveille dans un tel contexte : à mi-chemin entre le hurlement et le chant, sa voix inquiétante s’impose avec autorité au-dessus de la musique, et apporte un élément spécifique aux morceaux de Black Sabbath. Qu’il chante des morceaux sur une drogue (« Sweet Leaf »), sur le danger d’une guerre atomique (« Children of the Grave ») ou sur la survie de l’âme, la voix d’Ozzy reste incroyablement percutante : « Have you ever thought about your soul? Can it be saved ? / Or perhaps you think that when you are dead / You just stay in your grave » (« After Forever »).

 Au début de la décennie ’70, Black Sabbath apporte des éléments nouveaux à la scène musicale internationale ; Master of Reality est un disque d’une noirceur inédite pour l’époque, et cet album, qui reste un modèle de rock lourd et efficace, est l’un des meilleurs du groupe.

 

 

Tracklisting :

 Face A :
  Sweet leaf *
  After forever *
  Embryo
  Children of the grave *

Face B :
  Orchid
  Lord of this world *
  Solitude
  Into the void

  

Vidéos :

« Sweet Leaf »

 
« Lord Of This World »
 

 

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

4 Comments

  1. Y’a quelques mois, j’écoutais cet album en boucle avec leur tout premier album et Paranoïd.

    Je trouve Children of the Grave particulièrement réussie, la guitare est bien appuyée par la batterie. Tu oublies que Tony Iommi est seul à la guitare. C’est impressionnant.

  2. Moi non plus, j’avais pas vu. J’approuve sans réserve ce qui est dit sur Bill Ward, qui s’avère être un de mes batteurs préférés. J’aime la simplicité martiale, comme le dit si bien OSS
    117.

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