THE BISHOPS – The Bishops Glimmer twins

(1234 Records 2007)

Des frères jumeaux habillés à l’identique, façon mods en 1964 – costard-cravate gris,  Beatle boots, coupe de cheveux qui va avec – qui jouent un rock’n’roll simple et direct dans l’esprit British invasion… c’est louche. On flaire le coup marketing, le gimmick gagnant. Ca a l’air toc, trop travaillé pour être vrai. Un premier concert, puis un autre, les premiers singles et enfin ce disque pétillant terrassent tous nos préjugés : The Bishops sont la meilleure chose qui soit arrivée à l’Angleterre du rock depuis longtemps. Un retour à l’enthousiasme juvénile du rock’n’roll, à des chansons directes, fraîches, pleines d’envie et de fun, qui viennent redonner le moral au plus blasé des poseurs à lunettes noires. Le groupe le plus authentique depuis… les Arctic Monkeys ou les Libertines, peut-être ? Les amateurs de musique sophistiquée et cérébrale peuvent passer leur chemin. Avec leur premier album éponyme (produit par Liam Watson, un gage de qualité), les Bishops viennent de pondre une merveille d’album garage, un disque ultra-référencé certes, mais joué avec les tripes, avec une érudition et un talent rares.

Le premier morceau parle de lui-même. D’entrée on se croirait chez les Yardbirds période Jeff Beck. La ligne de basse de « Menace About Town » fait écho à celle de « Lost Woman ». Une mélodie accrocheuse et des handclaps bêtement efficaces provoquent un dodelinement d’approbation. Un morceau seulement et on sait déjà que c’est gagné. La suite ne déçoit pas. Les chansons sont concises, le rythme s’accélère et « Breakaway » annonce le début d’une orgie freakbeat plus que réjouissante. Sur ce morceau hors du commun, la fuzz mordante de Pete Bishop se place en contrepoint idéal des staccatos de guitare de son frère Mike. Derrière eux, le batteur écossais Chris McConville se prend pour Viv Prince. Les frangins se lancent alors dans des chœurs dignes des Everly Brothers (on a d’ailleurs l’impression étrange d’entendre une seule personne en voix doublée). Magique. On retrouve cette formule sur « Will You Ever Come Back Again », « Say Hello » digne de The Creation et des compilations A Perfumed Garden, et surtout « Lies And Indictments / Sun’s Going Down », une claque monumentale. Dans un lit de fuzz, cette pièce en deux parties évoque les meilleures heures du garage-rock US, quelque part entre « 7 & 7 Is » et « I Had Too Much Too Dream ». A 2’40 », la chanson semble s’arrêter quand soudain une note répétitive surgit et relance la machine. La suite est démente. Des roulements de batterie renvoient au « My Generation » du Live At Leeds des Who et le fantôme de Keith Moon vient propulser le morceau dans une dimension supérieure. 

La fuzz prend le contrôle des affaires tandis que Mike Bishop chante une mélodie magnifique. On est à genoux. Les Bishops ne sont pas manchots dès qu’il s’agit de ciseler des chansons pop. « The Only Place Where I Can Look Is Down » aurait pu figurer sur n’importe lequel album des Beatles entre 1963 et 1965. On retrouve chez les frangins le même enthousiasme et la même innocence que sur les premiers travaux des Fab Four. « I Can’t Stand It Anymore » en est l’illustration parfaite avec son rythme faussement débonnaire et sa mélodie de cowboy. Lorsque les guitares marquent une rupture et que le solo de guitare est lancé, les Bishops touchent un truc rare, des couleurs qu’on n’avait plus l’habitude de retrouver dans la musique moderne. Pour peu, on en pleurerait.  

Plusieurs morceaux ici sont des tueries incroyables. « Life In A Hole » concourt dans la catégorie « meilleure descente de basse de tous les temps », « Back And Forth » et « Higher Now » envoient un beat sixties digne des Shadows Of Night – les Bishops ne manquent pas de références. Leur garage-rock n’est jamais maladroit ou niais. Ils se montrent aussi créatifs et inspirés que leurs illustres ainés et surtout, ils ont une foi inébranlable en leur musique. Chaque chanson est interprétée avec une sincérité non feinte, avec classe. The Bishops ont retrouvé la quintessence du son sixties – appelez ça british beat, freakbeat, nuggets, peu importe –, ils en ont tiré quelque chose de magnifique, un grand album garage-rock.

Leurs équivalents français, comme les Naast pour ne pas les citer, prennent une sacrée leçon. The Bishops met en relief Antichambre et montre le chemin qu’il reste à parcourir pour le jeune groupe de Joinville. Le jour où Gustave et sa clique pondront un morceau aussi essentiel que ce « Carousel » que les Bishops lâchent en guise d’au revoir après une succession de pépites, on révisera notre jugement. The Bishops sont déjà un grand groupe. On doute que le grand public s’intéresse un jour à eux – ou alors uniquement par curiosité, car il est toujours surprenant de voir deux personnes identiques chanter dans le même micro – car ils manquent singulièrement de glamour. Le sulfureux n’est pas pour eux, The Bishops se contentent de jouer une musique hors du commun et la défendent sur scène avec panache et fougue. Un exemple à suivre en ces temps où la forme prime sur le fond.

 

 

Tracklisting :

1. Menace About Town *
2. Breakaway *
3. Only Place I Can Look Is Down
4. I Can’t Stand It Anymore *
5. Life In A Hole
6. Say Hello
7. So High
8. Lies And Indictments / Sun’s Going Down  *
9. Will You Ever Come Back Again
10. Higher Now  *
11. Back And Forth
12. Travelling Our Way Home
13. In The Night
14. Carousel  *

 

Vidéos :

« Breakaway »

 
« I Can’t Stand It Anymore »
 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

3 Comments

  1. Hello!

    Mais c’est que ça m’a l’air foutrement intéressant tout ça!

    En lisant ton magnifique article et en voyant le nom du groupe, il me vient une association d’idées : The Bishops pourrait s’écrire the Bea-shops (Beatles shop), et dans le magasin, en plus de la panoplie vestimentaire, ces petits gars aurait pris aussi une partie de la musique des Fab Four? Si c’est le cas, j’aurais simplement envie de dire : alléluïa, il est né le divin enfant!
    D’autre part, certains titres de morceaux me font penser à ceux des quatre de Liverpool : Only place I Can Look Is Down (mix de There’s A PLace et I’m Down), Life In A Hole (In My Life et Fixing A Hole), Say Hello (Hello Goodbye). Bon, en l’écrivant je me rends compte que c’est peut-être un peu tiré par les cheveux, mais ça m’a bel et bien pété à la figure.

  2. Je suis allé écouter leurs titres sur myspace… et c’est vraiment très bon !

    Certains feront peut-être la fine bouche, disant : "Mouais… on a pas déjà entendu tout ça il y a plus de 40 ans ?". Ils auront en partie raison. Mais l’essentiel est que c’est assez irrésisitible, et vraiment efficace. Enfin, je ne connais que les 4 titres de myspace, j’attends avec impatience de pouvoir écouter les autres…

  3. Coucou!

    Toujours ma petite année de retard…
    J’en ai fini avec ce premier Bishops. http://zicdelanmil.over-blog.com/article-16223159.html

    Sur la version française de l’album, les chansons ne sont pas dans le même ordre. Le livret du CD et le lecteur windows media player ne le savent pas et c’est un peu irritant.
    …il faudra quand même que l’on m’explique un jour quel intérêt véritable il peut y avoir pour une maison de disque à sortir le même album avec des playlists différentes dans les différents pays…

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