EVERYBODY WAS IN THE FRENCH RESISTANCE… NOW! – Fixin’ The Charts Vol. 1 La leçon de vie de M.Argos

(2010 ; Cooking Vinyl)

« When the Nazis marched on Paris, the French were quite embarrassed… I think you know what I mean » … C’est par ces mots que commence le premier album du nouveau projet d’Eddie Argos[1], qui entreprend de corriger quelques-unes des plus graves  » erreurs » des charts, en donnant sa vision quant au thème d’une douzaine de chansons pop (pour peu que l’on considère Scarborough Fair comme une chanson pop). Accompagné par Dyan Valdes, il va donc se lancer dans une entreprise démesurée, qui est de montrer où les artistes se trompent, dans l’une ou l’autre de leurs chansons. Avec Fixin’ the Charts – Volume One, EWITFR…N ! répond aux affirmations énoncées par – entre autres[2]Bob Dylan, Gerry & the Pacemakers, Martha Reeves, The Archies…

Comme c’est le cas pour la totalité des projets auxquels a participé Eddie Argos, EWITFR… N ! va trouver son succès auprès d’un public particulier, sensible à l’aspect artificiel du statut d’artiste pop, et qui apprécie l’humour à froid du chanteur anglais. Argos poursuit à se comporter comme il en a envie, à des années-lumière de la pose habituelle des chanteurs de rock. Dans son style caractéristique, il continue à livrer ses textes en parlant ou en criant, mais rarement en chantant, et les paroles de ses morceaux sont une nouvelle fois drôles et pertinentes. Côté musical, le clavier est omniprésent ; ce qui était probable, puisque Dyan Valdes joue de cet instrument pour son autre groupe, The Blood Arm. Quelques chœurs amusants, une rythmique un peu synthétique et des trompettes (parfois excessives) complètent le tableau, pour encadrer ce qui est réellement important : les  paroles des morceaux. Quelques mélodies sont néanmoins entêtantes (« Creeque Allies », « G.I.R.L.F.R.E.N », et « He’s a ‘rebel’ » par exemple), et quelques trouvailles dans les arrangements font de Fixin’ the Charts – Volume One un disque dont l’écoute est franchement agréable.

Après la leçon d’histoire de « Creeque Allies » – et malgré l’approximatif dernier couplet (« The free Frenches were waiting in the trenches / Listening to their radios (…) The carrots are cooked / The dice have been throwned… »), l’album enchaîne les pistes sur lesquelles la logique d’Eddie Argos se met en place de façon implacable, ce qui lui permet de livrer quelques couplets mémorables. Le disque regorge en effet de moments prodigieux, et de phrases telles que seul Argos semble actuellement être en mesure d’écrire et de chanter. Le chanteur enchaîne les pistes les moins glamour et les plus inattendues qui soient, avec un enthousiasme communicatif : il célèbre donc la vie de couple ( !) sur G.I.R.L.F.R.E.N. (you know I’ve got a girlfriend), dans laquelle il endosse le rôle d’un garçon amoureux de sa copine, et qui explique à une autre fille qu’elle doit le laisser tranquille. L’introduction de « Think twice (I’m not alright) » est un monument d’impudeur et de fragilité (une sorte d’équivalent britannique à Ne me quitte pas) : « Everything was fine, as far as I could see / but then you said you had something to tell me. I think you wanted clean cut and goodbye, well I fucked that up when I started to cry… »

« Billie’s Genes » est une chanson géniale, où l’on voit le chanteur prendre la place d’un fils caché de Michael Jackson, qui règle ses comptes avec son père biologique, et reste aux côtés de sa mère « You left us in such a mess / No need for a paternity test ». Un peu plus loin, « He’s a ‘rebel’ » est un morceau qui démonte point par point la pose des ‘rebelles’ de lycée (ou de campus, ce sont les mêmes, quelques années plus tard). La chanson prend la forme d’un dialogue entre Dyan et Eddie, dans lequel chaque point positif énoncé par la prétendue amoureuse reçoit un jugement sans appel : ainsi, à la phrase « When he watched Casablanca, he didn’t cry at the sad bit », qui montre à quel point le ‘rebelle’ en question est un vrai dur, la réponse est « It’s not because he’s tough, it’s because he don’t understand it ».

Une nouvelle fois, Argos fait mouche, et joue les redresseurs de tort en s’amusant, sans oublier d’hurler lui-même des paroles idiotes avec un enthousiasme désarmant : « When I look at you, I wish I’d used Superglue » (sur – l’auriez-vous deviné ? –  » uperglue « ). Ce premier album d’EWITFR…N ! est la première bonne surprise de l’année 2010.

 

 

Liste des chansons :

  1. Creeque Allies*
  2. G.I.R.L.F.R.E.N (you know I’ve got a girlfriend)*
  3. (I’m so) Waldo P.S. Emerson Jones
  4. The Scarborough Affaire
  5. Billie’s Genes*
  6. Think Twice
  7. Hey! It’s Jimmy Mack
  8. He’s a ‘rebel’*
  9. Coal Digger
  10. My way (is not always the best way)
  11. Superglue*
  12. Walk Alone

Le groupe sur MySpace : www.myspace.com/fixingthecharts

 

Vidéo :

« G.I.R.L.F.R.E.N »


[1] Eddie Argos est le chanteur du groupe anglais Art Brut, qui a déjà sorti trois albums à ce jour : Bang Bang Rock & Roll (2005), It’s a bit complicated (2007) et Art Brut VS Satan (2009), et qui a annoncé l’enregistrement d’un quatrième album pour l’été 2010.
[2] Pour la liste complète des artistes et des chansons auxquels cet album fait référence, le plus simple est de se rendre sur le blog personnel d’Eddie Argos, plus précisément à cette adresse : http://the-eddie-argos-resource.blogspot.com/2009/11/some-more-facts.html. Le blog d’Eddie Argos propose aussi des liens vers quelques autres de ses projets (Art Goblins, Glam Chops, etc.)

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

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