KING TUFF – King Tuff Glam magique

(Sub Pop 2012)

Voila un album surprenant, un de ces contrepieds dont on raffole. Kyle Thomas alias King Tuff, chanteur fantasque au look de gitan, s’est fait connaître en 2008 par le biais d’un album sorti sur Colonel Records (sold-out évidemment, même sous son format cassette sur Burger) à la couleur lo-fi et garage. Un disque qui tombait pile dans les codes du moment, mais trop anonyme au milieu de la foule de groupes dans la même veine pour sortir véritablement du lot à l’époque de sa sortie (et qu’aujourd’hui on redécouvre avec un certain plaisir). Was Dead permit néanmoins à King Tuff de se faire repérer par Sub Pop, et ainsi d’être signé sur ce label d’envergure internationale. Une excellent nouvelle, d’autant que King Tuff s’est entouré des meilleurs afin de concocter son nouvel album en allant enregistrer chez Bobby Harlow, leader de The GO et producteur de talent.

On ne sait qui est allé chercher l’autre (on se doute que la connexion s’est faite via Burger) mais la rencontre entre ces deux personnages a accouché d’un album à la forte personnalité, un disque glam à l’efficacité pop incroyable, où le bad boy n’hésite jamais à baisser la garde afin de servir au mieux une mélodie douce. Où le rock’n’roll macho et crétin sait parfois faire place à de la sensibilité et de la grâce. En embauchant Harlow, King Tuff a fait plus qu’enregistrer avec un producteur lorsqu’il a conçu cet excellent album, il s’est carrément adjoint les services des membres de The GO. Outre John Krautner, présent aux chœurs, on trouve dans l’assemblage monté par King Tuff le batteur Kenny Tudrick (guitariste de The GO sur l’album homonyme de 2003) et Magic Jake à la basse (membre de la nouvelle version de The GO, et par ailleurs auteur d’un excellent album l’an dernier avec les Power Crystals).

Entouré de cette belle brochette de talents, King Tuff accomplit sa mission avec talent : écrire des hymnes pop et les chanter avec passion. On ne sait comment l’album a été conçu mais il apparait clairement que chacun des douze morceaux du disque pourrait être un single. Sans surprise, le groupe est disposé à envoyer du rock’n’roll débraillé avec entrain et style. C’est le cas sur la frénétique « Stranger », la tubesque « Hit & Run » (un vrai classique glam-rock) et « Bad Thing », dont l’enchainement avec « Loser’s Wall » est proprement fabuleux et évoque le meilleur de l’Alice Cooper Group.

L’un des aspects les plus intéressants de cet album reste son tempo plutôt reposé. On n’est pas dans un album garage pur et dur, mais plutôt dans un disque glam-pop où les mélodies se développent tranquillement. Les guitares acoustiques sont ainsi omniprésentes, et l’accent est porté sur les mélodies. « Keep On Moving » aux clappements de main bubblegum, la contemplative « Unusual World », le folk déglingué de « Baby Just Break », la ballade susurrée « Evergreen » et l’hymne glam « Swamp Of Love » (entre « Tumbling Down » de Cockney Rebel et « Rock’n’roll Suicide » de David Bowie) sont autant de moments de calme qui viennent apporter de la quiétude à l’album, et lui confèrent une dimension supérieure.

Car cet album de King Tuff n’est pas seulement un bon album, c’est un grand disque. Un de ceux avec lesquels il faudra compter au moment des bilans de fin d’année. Les morceaux y sont tous superbement écrits et interprétés, et la production de Bobby Harlow est – sans surprise – fantastique. L’écoute attentive de « Alone & Stoned » (sans doute le tube de l’album) est frappante : avec ses guitares flangées, sa basse massive, sa batterie au premier plan, ce morceau bénéficie grandement du travail d’orfèvre du producteur barbu. En allant enregistrer à Detroit avec cette légende locale, King Tuff s’est donné les moyens de réussir. Le public ne s’y est pas trompé, vu que l’album marche très bien aux USA, porté par des critiques dithyrambiques, auxquelles la notre vient s’ajouter.

 

 

Tracklisting

  1. Anthem  *
  2. Alone & Stoned *
  3. Keep On Movin’
  4. Unusual World
  5. Bad Thing *
  6. Loser’s Wall *
  7. Stranger *
  8. Baby Just Break
  9. Stupid Superstar
  10. Evergreen
  11. Swamp of Love *
  12. Hit & Run *

 

Vidéo :

« Bad Thing »

 

Vinyle :

image

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

11 Comments

  1. Ah ah, je me faisais la même réflexion

     

    @alex : faudra que je la réécoute à une heure plus décente que quatre heures du mat’ et à un volume un peu plus élevé que trois sur trente, mais celle-ci m’avait justement parue légèrement…
    « indigeste », pour reprendre un terme d’Eric. Par contre, j’ai trouvé Cracked terrible, par exemple.

  2. Quelle chronique! Superbe!

     

    J’ai découvert hier que Kyle Thomas fait également partie de Happy Birthday, un groupe signé lui aussi sur SubPop. Du coup j’ai écouté les premiers morceaux de leur album, ça a l’air pas mal,
    sans plus. De très bons morceaux pop-presque punk et d’autres plus mous, pollués par des synthés. Faudra que je le réécoute attentivement, il a quand même l’air d’un disque intéressant.

     

    A part ça, je ne savais pas que Magic Jake faisait partie de The GO, super nouvelle!

     

    (j’en profite pour saluer un copain timide qui m’a fait découvrir KT, peut-être qu’il lira ce commentaire – salut mec)

    (j’ai l’impression d’être chez Lepers)

  3. Ah ah, je me faisais la même réflexion

     

    @alex : faudra que je la réécoute à une heure plus décente que quatre heures du mat’ et à un volume un peu plus élevé que trois sur trente, mais celle-ci m’avait justement parue légèrement…
    « indigeste », pour reprendre un terme d’Eric. Par contre, j’ai trouvé Cracked terrible, par exemple.

  4. Quelle chronique! Superbe!

    J’ai découvert hier que Kyle Thomas fait également partie de Happy Birthday, un groupe signé lui aussi sur SubPop. Du coup j’ai écouté les premiers morceaux de leur album, ça a l’air pas mal,
    sans plus. De très bons morceaux pop-presque punk et d’autres plus mous, pollués par des synthés. Faudra que je le réécoute attentivement, il a quand même l’air d’un disque intéressant.

     

    A part ça, je ne savais pas que Magic Jake faisait partie de The GO, super nouvelle!

    (j’en profite pour saluer un copain timide qui m’a fait découvrir KT, peut-être qu’il lira ce commentaire – salut mec)

    (j’ai l’impression d’être chez Lepers)

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