KULA SHAKER – Pilgrim’s Progress Superbe

(Rykodisc 2010)

Depuis sa résurrection inespérée en 2007 et la sortie du magnifique Strangefolk l’année suivante, Kula Shaker a opéré une mue saisissante. Ce groupe que certains magazines aimaient railler en raison de son affiliation britpop, de ses murs de guitares hermétiques et de ses obsessions indiennes – ce qui ne les empêchait pas de coller les frères Gallagher en une de leurs canards – fait partie des groupes anglais les plus passionnants à suivre aujourd’hui.

Dans Strangefolk, Crispian Mills démontrait un talent insoupçonné pour écrire des ballades folk envoutantes (« Die For Love », « Shadowlands »), tout en envoyant quelques titres échevelés de rock psychédélique à la sauce 1967 (« Second Sight »). Avec Pilgrim’s Progress, Kula Shaker semble décidé à poursuivre le chemin d’une certaine sagesse, celui d’une pop psyché, souvent folk, parfois baroque, quelque part entre Traffic et Donovan.

La pochette représente la statue de Peter Pan dans les Kensington Gardens de Londres, ce qui indique que Kula Shaker semble se placer dans la veine des groupes psychédéliques anglais des années 60 qui puisaient leur inspiration dans la littérature enfantine de la période Victorienne (Beatles, Pink Floyd et consors ont abondamment cité Carroll, Barrie, Wells ou Lear). L’esthétique et les thématiques sont celles d’une certaine anglicité (« Ophélia » évoque à la fois une pièce de Shakespeare et un tableau de Millais et cite des extraits de Tennyson, le titre de l’album est celui d’un classique de la littérature anglaise écrit par John Bunyan, sans même parler de Peter Pan…), un thème central qui trouve sans doute sa source dans l’exil que s’est imposé le groupe pour enregistrer l’album.

Alors que Crispian Mills a toujours été perçu comme le leader du groupe – qu’il est sans aucun doute étant donné qu’il chante les morceaux –, Pilgrim’s Progress doit beaucoup à l’investissement du bassiste Alonza Bevan qui a transformé sa maison en Belgique (au milieu des forêts ardennaises) en un studio d’enregistrement et y a produit l’album. Cet environnement champêtre est sans doute à l’origine du côté bucolique de la plupart des morceaux (les ballades folk « Ophélia » et « Cavalry », la cavalcade country-rock de « All Dressed Up (And Ready To Fall In Love) »), le mal du pays ressenti par les musiciens a sans doute inspiré les thématiques anglocentriques.

Maîtrisé et doté d’un son riche mais délicat, Pilgrim’s Progress propose quelques pistes baroques superbement arrangées par Bevan telle que le single « Peter Pan R.I.P. » (qu’on croirait tiré de One Year de Colin Blunstone) et la superbe « Ruby ». Evidemment, comme c’est un album de Kula Shaker, on trouve forcément quelques morceaux planants sous influence indienne qui rebuteront certains (« Only Love » et ses tablas, « Figure It Out » seul morceau ici qui aurait pu figurer sur K, l’instrumental en forme de western bollywoodien « When A Brave Needs A Maid ») et une ou deux pistes dispensables (comme « Modern Blues », mélange inutile de « Sound Of Drums » et de « Virginia » des Jeevas).

Le dernier morceau de l’album intitulé « Winter’s Call » est sans doute celui qui polarisera le plus l’opinion : après un début introspectif, le morceau part dans un final apocalyptique et à la dimension épique. On y trouve un passage en français surprenant (chanté par une jeune femme : « Papa a la poisse, il essaie par tous les moyens mais ne peut pas »), un orgue d’église pas spécialement subtil et un gros riff de guitare évoquant « In The Flesh ? » de Pink Floyd. La chanson , qui en fait relate la disparition du père d’Alonza Bevan, s’arrête alors qu’un vrai délire prog commençait à se mettre en place. On a connu Kula Shaker plus aventureux, mais on l’a aussi connu plus erratique : Pilgrim’s Progress est un superbe album, une suite idéale au fabuleux Strangefolk.

 

 

Tracklisting :

1. Peter Pan RIP *
2. Ophelia *
3. Modern Blues
4. Only Love
5. All Dressed Up *
6. Cavalry *
7. Ruby
8. Figure It Out
9. Barbara Ella *
10. When A Brave Meets A Maid
11. To Wait Till I Come *
12. Winters Call *

L’album est aussi en écoute sur Deezer

 

Vidéo :

« Peter Pan RIP »

 

Vinyle :

Kula Shaker - Pilgrim's Progress

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

9 Comments

  1. ça fait une semaine maintenant que le disque est sur ma platine et je ne m’en lasse toujours pas… Envoûtant est approprié pour ce disque, qui risque d’en décevoir quelques uns et en confirmer
    d’autres dans leur rejet du groupe. Pour les autres c’est du pur bonheur.

    D’ailleurs ma chronique du disque est toujours au stade du brouillon, je peine à retranscrire les émotions qui se dégagent de l’écoute !

    Longue vie à Kula Shaker !

  2. Je comprends pas bien et ne savais pas que certains « rejettent » Kula Shaker…? Yavait bien eu une polémique à 2 balles à l’époque de K mais c’était il y a 15 ans… Et leur musique, ben je ne
    vois pas matière à rejet – pas de cross-over à la mord-moi-le-noeud ou truc du genre

  3. Il y a qu’à voir la façon dont Ungemuth parle du groupe dans R&F… je me souviens de commentaires très acerbes. De même le mélange musique indienne britpop, faisaient, à la sortie de Peasant
    Pigs & Astronauts, que le groupe était assez mal considéré de la part des médias anglais.

  4. modern blues dispensable ?

    pas d’accord !

    OK c’est loin d’être original et un peu « déjà entendu » mais

    1 : ils l’envoient avec un groove incroyable que peu de formation peuvent envoyer

    2 : le son et les arrangements sont superbes

    3 : c’est irrésistible, on balance son arrière train !!

  5. J’écoute en boucle Pilgrim’s Progress: j’aime tout particulièrement Only Love, Barbara Ella, Ophélia, All Dressed Up, Winter’s Call..que du bonheur!

  6. La chanson Modern Blues est la seule de Pilgrim’s Progress que je n’appréciais pas tellement jusqu’à ce que je fasse attention aux paroles..d’accord avec le compositeur à 100%.

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