NEU ! Une expérience...

(1972 ; Brain Records)

Groupe indispensable de la scène Krautrock, NEU ! a été formé au début des années 1970 par Klaus Dinger (batterie, chant, claviers, guitares) et Michael Rother (guitares, chant, claviers), qui faisaient eux-mêmes partie de la première mouture de Kraftwerk, mais qui avaient quitté ce groupe après l’échec commercial du premier album. Ce premier disque a été enregistré à la fin de l’année 1971, et il est logiquement sorti l’année suivante.

Un des aspects les plus caractéristiques du son du goupe est sa rythmique hypnotique, emmenée par la batterie de Dinger : ce style, que lui-même appelait « Apache beat », a été plus souvent nommé « Motorik » (néologisme formé à partir des deux mots « Motor » et « Musik »). Cet rythme répétitif, que l’on retrouve ici sur les pistes « Hallogallo » et « Negativland », pose des bases parfaites pour les envolées expérimentales tentées par le groupe. A l’image de la section rythmique de CAN (assurée à la grande époque par Jaki Liebezeit et Hoger Czukay), celle de NEU ! est solide et hypnotique, et permet toutes les fantaisies possibles au producteur Konrad Plank, ingénieur du son et producteur, qui était indéniablement le troisième membre du groupe. La parenté avec CAN est aussi évidente sur l’introduction de « Im Glück », qui préfigure celle de « Future Days ». Le dernier morceau, « Lieber Honig », qui commence comme une ballade minimaliste et désincarnée, termine le disque de façon prodigieuse, et conserve un pouvoir étrangement fascinant : un chant improbable, éraillé au possible, sur des accords incertains, entourés d’un halo de sons déroutants. NEU !  était un groupe inventif, surprenant, et une identité unique.

En six pistes seulement, NEU ! se positionne dans la catégorie des groupes importants : le nom du groupe (« nouveau » en allemand) n’était pas qu’une promesse : le trio a ainsi ouvert de nombreuses possibilités à ses contemporains et à ses successeurs. Les morceaux (on n’ose ici parler de « chansons », tant la construction habituelle est ici laissée de côté) sont éclatants de liberté et d’enthousiasme. L’écoute de ce premier album ne peut laisser insensible, et l’épreuve « écoute au casque » est réussie avec brio – elle peut même s’avérer traumatisante, comme sur l’intégralité de « Sonderangebot » ou de « Weissensee », dont les effets de stéréo soignés peuvent paraître angoissants.

Ce premier album connut un succès d’estime: 30 000 exemplaires en furent vendus. Cependant, NEU ! a rapidement atteint le statut de groupe culte : dès les années 1970, Bowie, Eno et Lemmy ont affirmé leur admiration pour les enregistrements du trio allemand. L’influence de NEU ! est énorme, que ce soit sur la scène punk de la fin des années 1970, puis sur l’ensemble de la scène électronique existante : ce groupe allemand est tout simplement indispensable.

 

  

Liste des chansons :

  1. Hallogallo *
  2. Sonderangebot *
  3. Weissensee *
  4. Im Glück
  5. Negativland *
  6. Lieber Honig *

L’album est en intégralité sur Deezer.

Dinger et Rother, après des décennies de disputes, se sont finalement entendus pour superviser la réédition CD des albums de NEU ! en 2001 (les disques ont été sortis par les labels Astralwerks et Grönland Records). Malheureusement, Klaus Dinger est décédé le 20 mars 2008, ce qui a mis fin aux espoirs de voir un jour le groupe enregistrer de nouveaux morceaux.

 

Vidéos :

« Hallogallo » tourne sur une platine vinyle

 
Un montage photo sur le bad trip de « Negativland »
 

 

Vinyle :

Le disque a été réédité récemment, du travail bien fait.

Neu!

Neu!

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

10 Comments

  1. Ouaip merci.
    Est-ce sur cet album qu’il y a le morceau ressemblant énormément au « sea within a sea » du dernier The Horrors ? J’ai essayé de retrouver ça sans succès…

  2. alors, du coup, j’ai commandé les deux.  Si tout est aussi bon que les trois morceaux que vous avez posté, RHAAAA, j’adore !!! Merci pour la découverte !

  3. Aaaaargh ! Neu !!! Avec Can et Faust, le troisième élément de la Sainte Trinité monosyllabique du « rock choucroute » ^^
    Leur musique a irrigué dans tous les sens : combien de musiciens indus ont-ils bavé devant « Negativland » ? (sans parler de Thuston Moore et Lee Ranaldo) Dois-je évoquer la fameuse trilogie
    berlinoise de Bowie ? Le punk et le post-punk ? L’ambient ? L’electro ? Le psychédélisme japonais ? Le post-rock ? (toutes choses qui sont modérément votre tasse de thé à
    tous les deux, il me semble :o))

    Sinon, j’ai souvent vu Neu! présenté comme un groupe sombre, violent, ce qui est vrai sur certains morceaux, alors qu’ils ont su aussi tirer leur « motorik » vers quelque chose de
    très planant (ouh le gros mot), à la dynamique irrésistible, je pense bien sûr à « Hallogallo », ou « Für immer »… Mais bref, j’attends ta chronique du Neu! 2 

    (et mille fois d’accord pour dire que Conny Plank est le 3ème membre)  

  4.  » toutes choses qui sont modérément votre tasse de thé à tous les deux, il me semble :o) »

    Suis-je un de ses « tous les deux »?  Tout à fait cher Watson ! 😉  😀 Du premier album de Kasabian en passant par Archive et sans doute beaucoup d’autres choses que j’aime, mais je
    n’ai pas encore les disques.  On m’aurais dit que Neu ! viens de sortir je l’aurais cru…

  5. C’est vrai que cela m’a assez surpris de voir Neu! sur PlanetGong. Bon, pas plus que Muse vous me direz 🙂

    Plus sérieusement… album absolument incroyable, d’autant que si l’on parle souvent de chefs-d’oeuvre intemporels, c’est rarement vrai… alors qu’avec Neu!, c’est indéniablement le cas. Cet album
    (comme les suivants) était tellement en avance sur son temps qu’il demeure encore aujourd’hui largement au-dessus de ce qui peut se produire dans le genre. Etrange qu’avec un tel génie et une telle
    progéniture il n’ait jamais vraiment connu de le revival qu’il aurait mérité…

  6. Ah ah, je comprends tout à fait ce côté tordu, par exemple je suis très porté sur le proto punk et le post punk, mais le punk « pur et dur », moins (je suis d’accord au mot près avec ta chronique de
    Nevermind the bollocks) 😉

    J’en profite pour laisser le lien vers une chronique de KMS, où l’on peut entendre Dinger et Rother au sein de Kraftwerk, peu de temps avant qu’ils ne fondent Neu : ce Heavy metal kids est
    incroyable, avec ce riff qu’on dirait sorti de chez Black Sabbath… C’est là :  
     http://kmskma.free.fr/2009/10/570-metal-indus-kraftwerk-heavy-metal.html 

  7. Ah ? C’est marrant que ça te surprenne

    Non, c’est normal, puisque j’étais passé à côté des articles sur Can et Kraftwerk (j’avoue tout : je ne connais pas le site par coeur… où sont les orties fraîches ? ).

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