RUBBLE Vol. 13 – Freak Beat Fantoms Only Rock’n’Roll But…

Ceci est l'article 14 sur 21 de la série RUBBLE

 

Fini de rire.

Soyons clairs : Freak Beat Fantoms est le plus brut des Rubble.

Soit, nous finissions par rougir, à nous vautrer dans le bon goût, le charme et la distinction – british beat, mod, popsike. En toute honnêteté, malgré de gracieux éclats de férocité (en particulier dans les épisodes 1, 8 ou 9), nous évoluions en territoire victorien, entre contes de fées rythmiques, ritournelles extraterrestres et pistes de danses bariolées. Salutaire excursion, certes, en notre époque de vulgocratie insolente, mais enfin ! Les plus respectables dégénérés d’entre nos chers condisciples garageux réclamaient leur tranche de bidoche’n’roll, et bien saignante avec ça. Ils vont être servis. Lors de notre première écoute de la série, ce Freak Beat Fantoms fut l’un de ceux qui nous avait sauté aux oreilles, par son urgence et sa virulence (seules deux mélopées psych évanescentes, à la fin, ménagent un decrescendo opportun). Attention, pas de malentendu. Pour le truc de goujat définitif ou d’immonde saligaud, on repassera. Chez Rubble, l’on hoquète et l’on sue dans les formes et en bonne compagnie. Par exemple, celle de plusieurs mods assez ultimes : au premier chef, les merveilleux Fleurs de Lys nécessiteraient des pages d’éloges. 

Pour de sordides raisons de lâcheté intellectuelle, on ne débrouillera pas ici l’histoire incompréhensible des protéiformes Fleur de Lys, capables dans leurs meilleurs jours de surpasser les Who (on assume). Au carrefour du Swinging London, ils ont fait œuvrer aussi bien de futurs Sam Gopal, Copperhead (le guitariste Pete Sears) ou King Crimson (le bassiste-chanteur Gordon Haskell). Leur existence mouvementée les a vu côtoyer Steve Cropper, Rupert’s People ou Vanilla Fudge. Cette pépinière de bretteurs explosifs a, entre autres faits d’armes, accompagné la très sublime Sharon Tandy sur « Hold On » et « Sister Of The Moon » (cf. All The Colours Of Darkness) ; qui dit mieux ? Les Fleurs de Lys ne jouent pas du freakbeat, les Fleurs de Lys sont le freakbeat. Leurs cordes clinquantes et tendues de mousquetaires dandy, cousines de celles de Jeff Beck et de Stax, allument des brandons furieux et emblématisent ce son dans toute sa distinction bravache, son outrance sanglée. Le réjouissant « Gong With A Luminous Nose » illustre bien leur art puissant, mais toute l’anthologie Reflections, quoiqu’inégale et fort décousue, est importante.

Du freakbeat nerveux, on en moissonnera donc avec abondance. Celui de The Act concurrence les Fleurs ; celui de chez The Attraction affiche une parfaite maigreur, alors que « Just The Same As you » de Southern Sound ou The Answer (où officiait Tony Hill, futur fondateur des singuliers High Tide) sont plus empreints de soul. Mais c’est l’attaque hystéroïde du « You’re Holding Me Down » de The Buzz qui restera dans les annales : ce n’est pas un riff, mais une comète chromatique qui déboule – déchirant les cadres de la perception. Joe Meek, le sorcier sonique, tire les ficelles en coulisse. Très vite, une voix excessive entame un couplet de soul vorace, rabelaisienne et libidinale, sous des éclats bombardés de fuzz. Cette tornade de freakbeat échevelé, hérissé, explosif, laisse pantois. Un des plus hauts faits de Joe Meek, au niveau de l’inconcevable « Crawdaddy Simone ».

Une poignée de petits groupes interprètent d’autres titres entraînants. Au cours de notre périple, on a rencontré plusieurs fois les costauds The Game, que l’on adore (ils font ramper un riff marécageux évoquant « Boris The Spider »); mais l’on a aussi la joie de découvrir Force Five, auteurs de quelques ritournelles mignonnes aussi bien que de vraies boucheries. Ne pas s’en tenir au sautillant « Yeah I’m Waiting » et faire un tour du côté de « Don’t Make My Baby Blue » serait une initiative judicieuse. 

Bien joli, tout cela, mais le programme annonçait une dose de bruit bien odieux et bien dégoûtant. Elle arrive : on sera servi en reprises poisseuses de rock’n’roll au son approximatif. Les falots Nashville Teens avancent bien masqués sous le nom arrogant d’Arizona Swamp Company et mijotent un « Train Keeps Rollin’ » honorablement caverneux. Le cas le plus curieux est celui des Boys Blues, longtemps confondus avec les Sorrows, pour avoir sorti quelques mois avant ces derniers un simple « Take A Heart/ You Got What I Want », et s’être fait voler en beauté la vedette. Si, à côté du son tout en nerfs du groupe bien connu des amateurs d’english beat, cette première version du méga-classique « Take A Heart » paraît un peu assourdie, en revanche on apprécie beaucoup les roulements caverneux et les décharges épileptiques de guitares sur le deuxième titre.

Maintenant, le gros choc : une juteuse saloperie qui foutrait la honte aux Primitives un peu trop tôt portés au pinacle en ces pages (cf. Pictures In The Sky). Faisons amende honorable devant les Deejays. Il est impossible d’écouter assis leur « Blackeyed Woman ». Un riff noueux et saccadé démarre sur un rythme frénétique, accélère encore pour le refrain, tandis que le chanteur expectore des imprécations de salopard madré et baveux. Ces gens-là, donc, comme nombre de leurs congénères, ont commencé par de gentilles minauderies, pour virer entre 1964 et 66 vers des trucs tout aussi répugnants que ce « Blackeyed Woman » : ne pas manquer leur interprétation de « Midnight Hour ». Après quoi, ayant eu vent des mérites esthétiques des Suédoises, de mettre sitôt le cap vers le grand Nord et y récolter quelques succès (leur version de « Farmer John » est restée là-bas la plus célèbre). On entend sur l’excellente compile nordique Who Will Buy (These Wonderful Evils) un morceau pop psychédélique de leur dernière manière, proche de la grâce d’un « Picture Of Matchstick Men ». Révérence à la trajectoire exemplaire des Deejays !

 

 

Tracklisting : 

1. The Buzz – You’re Holding Me Down *
2. Les Fleurs De Lys – Gong With A Luminous Nose *
3. The Boys Blue – Take A Heart
4. The Deejays – Blackeyed Woman *
5. Southern Sound – Just The Same As You
6. The Act – Just A Little Bit *
7. Force Five – Yea, I’m Waiting
8. The Answers – Just A Fear
9. The French Revolution – 9 ‘Till 5
10. Arizona Swamp Company – Train Keeps Rollin’
11. Southern Sound – I Don’t Wanna Go
12. The Attraction – She’s A Girl *
13. The Game – Help Me Mummy’s Gone
14. The Boys Blue  – You Got What I Want *
15. The Peep Show – Mazy
16. Goerge Gallagher & The Pathfinders – Dawn

 

Vidéos :

The Act – « Just A Little Bit »

 
Les Fleurs De Lys – « Gong With A Luminous Nose »
 
 
Southern Sound – « Just The Same As You »
 
 
The Deejays – « Blackeyed Woman »
 

 

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Béroalde de Fuzz

Béroalde de Fuzz : plume flamboyante, garagiste nanardais, exhumeur de syntagmes.

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