STEPPENWOLF – At Your Birthday Party Idéal

(ABC Dunhill 1969)

Le grand public retient surtout de Steppenwolf « Born To Be Wild », son hymne à la liberté qui figure parmi les morceaux plus cultes des années soixante par son association à Easy Rider et à la mythologie des bikers rebelles et vagabonds. Ceux qui ont creusé un peu la discographie du groupe retiennent surtout son autre grand succès « Magic Carpet Ride » et un album live réputé excellent (et certainement surestimé), Steppenwolf Live, qui a pour qualité de regrouper les morceaux les plus catchy du groupe. En dehors de cela, l’œuvre de Steppenwolf est plutôt mal connue, la faute sans doute à un catalogue qui n’a jamais été correctement réédité (la dernière édition CD date de 1990, soit la préhistoire, et le son du groupe y est terrifiant de platitude).

Car des bons albums, Steppenwolf en a fait. Si jamais le groupe ne retrouve sur la longueur d’un album l’intensité et la sauvagerie de son tube ultime, son œuvre est tout à fait honorable. Naviguant entre rock et blues, les disques de la bande menée par John Kay sont extrêmement variés et parfois déconcertants pour qui s’attendrait à entendre un groupe de hard-rockers énervés. De toute sa discographie, aucun album n’illustre mieux les visages multiples du loup des steppes que son troisième album, At Your Birthday Party, sorti en 1969.

Dès le premier morceau « Don’t Cry » porté par un riff répétitif, l’auditeur non initié est pourtant en droit de s’attendre à ce que l’album soit rock’n’roll. Ce morceau, raide, direct, où les roulements de batterie de Jerry Edmonton sont légion, annonce le disque de bikers et de rockers dépenaillés qu’on attendait. Cette impression n’est d’ailleurs pas écartée par « Chicken Wolf », blues groovy assez proche de « Magic Carpet Ride » dans l’esprit, qui maintient une certaine tension.

La première rupture de l’album, celle qui fout en l’air d’un souffle toute l’imagerie badass de Steppenwolf, se nomme « Lovely Meter ». Que dire de ce morceau sinon que c’est une ballade superbe, d’une délicatesse rare ? On croirait un titre tiré de Sunshine Superman de Donovan, ou de Between The Buttons des Rolling Stones. Un morceau à la douce patine psychédélique écrit par Gabriel Mekler, le producteur des premiers albums du groupe, qui s’octroie sur le disque un part non négligeable des crédits. Un personnage intriguant que ce Mekler, pianiste, compositeur et producteur israélien qui fut à l’origine du nom Steppenwolf pour le groupe (alors que celui-ci se nommait The Sparrows), et qui travailla aussi avec Janis Joplin et Etta James avant de mourir en 1977 à l’age de 35 ans. Un héros oublié, dont l’histoire mérite d’être creusée.

Quoi qu’il en soit, dès les premières notes acoustiques de « Lovely Meter », on réalise son erreur et on envoie valdinguer moult clichés au sujet du groupe canadien : il y a une vraie profondeur chez Steppenwolf, une finesse insoupçonnée. Et dès lors, tout parait possible au sein de ce surprenant album. La country dansante de « Round And Down » séduit, tout comme les titres lancinants et hymniques que sont « It’s Never Too Late » et le gospel « Happy Birthday ». On a affaire à un groupe de rock qui, à son troisième album, maîtrise totalement on sujet. Pour preuve : on a droit à une ballade lacrymale au piano d’excellente tenue (« She’ll Be Better »), un titre de saloon envoyé avec désinvolture (« Cat Killer ») et de nombreux morceaux rock’n’roll viennent remettre un peu de rythme à l’album dès que l’attention diminue (« Jupiter’s Child », « Rock Me »).

Il résulte de tout cela que At Your Birthday Party est album qui possède toutes les qualités des meilleurs albums produits au Etats-Unis entre 68 et 69 – à mi-chemin entre ce qu’on appelait alors pop et hard rock naissant. Un disque ancré dans le terroir nord-américain mais dans lequel le groupe rejette tout le purisme blues de l’époque ou toute envie d’entrer dans un de ces fatigants trips musicaux qui polluent la période Woodstock. Un idéal de classic rock en somme.

  

 

Tracklisting :

  1. Don’t Cry *
  2. Chicken Wolf  
  3. Lovely Meter *
  4. Round And Down
  5. It’s Never Too Late *
  6. Sleeping Dreaming
  7. Jupiter’s Child *
  8. She’ll Be Better
  9. Cat Killer
  10. Rock Me *
  11. God Fearing Man

 

Vidéos :

« Rock Me »

 
« Lovely Meter »
 

 

Vinyle :

Steppenwolf - At Your Birthday Party

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

5 Comments

  1. Dommage qu’ils soient éclipsés par leur énorme single… Y’a l’album suivant (Monster) qui est excellent également, peut-être plus ambitieux

  2. J’ai faillit l’acheter ce disque je ne sais pas combien de fois, mais toujours je le sentais pas avec un a priori negatif meme si j’aime ce groupe et parce-que dans ces annees la
    certains groupes faisaient un album super plus le suivant etait decevant.

    Cet album etant relativement facile a trouver, je vais peut etre me laisser convaincre et le tenter. Dernierement, j’ai trouver le 2eme lp de free qui est vraiment super de 69 et un live de 70 du
    Paul Butterfield blues band qui est aussi a tomber.

    Continuez sur cet ligne de nous faire decouvrir des albums pas tres comliques a trouver ,qui valent le coups et qui sont restes dans l’anonymat.

    Thanks!!!

  3. Mais en effet, quel bon disque, merci pour cette critique ! Ce n’est pas ma première belle découverte sur votre site mais j’aime beaucoup l’éclectisme des genres sur cet album dont je ne
    manquerai pas de faire l’acquisition moi aussi un de ces jours.

  4. hé, ça fait plaize de voir que je ne suis pas seul dans mon affection pour ce disque – à force, je me demandais s’il tenait des « même pas honte », sans vraiment comprendre en quoi il pouvait tenir
    du mauvais goût…

  5. Merci pour cette chronique, merci de ressortir les oubliés de cette période.

    Et dans le même style (même époque, même succès éphémère) que pensez-vous de Ten Years After? J’suis en train de me refaire leurs premiers albums, et ça envoi du lourd tout de même.

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