THE BEEP SEALS – Things That Roar

Irréductibles

(Heron Recordings 2008)

Manchester, ville rock. Alors que des dizaines de groupes s’escriment dans le reste du royaume avec pour seul objectif de sonner rigoureusement identiques[i], quelques irréductibles ont des envies de pop indé au son intemporel. Mal leur en prend, manifestement, parce qu’à l’inverse de feu Oasis et autres Courteneers, The Beep Seals n’ont eu aucun succès. Au moment où on écrit ces lignes, le groupe vient d’annoncer sa séparation alors qu’il a sorti avec Things That Roar un des albums les plus enthousiasmants de l’année 2008.

Split ou pas, The Beep Seals est un groupe qui mérite l’intérêt pour la simple raison qu’ils savait écrire des bonnes chansons, avec des mélodies mémorables et des instrumentations délicates. L’équivalent mancunien des Shins en quelque sorte. Pour être complet avec leur CV, on notera que le groupe a accompagné Jim Noir sur scène lors de la tournée de son premier album, ce qui peut donner une indication sur la teneur de leur son. On trouve dans Things That Roar un esprit feelgood aux fortes intonations sixties et un son chaleureux qui évite soigneusement toute association avec ce qui s’est produit dans le Royaume-Uni depuis 1977. Les Beep Seals interprètent leurs morceaux sans pose ni chant affecté, le groupe chante ses compositions avec un naturel qui fait mouche et qui coupe avec l’esprit northern. Une aberration à Manchester.

Quelques mélodies sont d’une évidence rare, comme « Tell Your Friends », digne des Beach Boys ou « She Sells Sea Shells » qui rappelle beaucoup « Sticks & Stones » des Bee Gees et fleure bon les sixties. Toujours sous influence américaine, « Chariot Song » semble sortie d’un album d’Eliott Smith tandis que « Biting Glass », avec son refrain choral et son final en ad-lib, demeure un des meilleurs morceaux d’ouverture entendus ces dernières années. Pour ne rien gâcher, les arrangements sont d’une finesse bienvenue en ces temps de pop 80s flashy, notamment les synthés discrets qui enrichissent les morceaux et leur donnent une envoutante patine psychédélique.

Un aspect inattendu du groupe rend ce Things That Roar particulièrement intéressant. A quelques reprises dans l’album, The Beep Seals se lancent dans des plages planantes où une guitare fuzz entraîne un groove souverain. « I Dreamt A Metal Hat » en est l’exemple type, avec ses tics prog façon Pink Floyd ou King Crimson, tout comme la superbe « I Used To Work At The Zoo » qui navigue allègrement dans les années 70.

On regrette aujourd’hui de ne pas avoir plus évoqué le cas des Beep Seals de leur vivant et de n’avoir que Things That Roar comme relique de ce groupe éphémère. Comme le démontre l’album, The Beep Seals ne se prenaient pas pour ce qu’ils n’étaient pas. Leur approche de la musique, sincère et sans arrière-pensée mercantile, leur recherche d’authenticité, les a confiné dans un anonymat qui a fini par avoir raison de l’existence même du groupe. Dans une Angleterre pauvre en jeunes groupes pop de tradition, on ne peut que s’attrister de leur disparition.

 

 

Tracklisting :

  1. Biting Glass  *
  2. Tell Your Friends
  3. Use Your Other Head
  4. She Sells She Sells  *
  5. A Dreamt A Metal Hat  *
  6. Join Me On My Cloud
  7. Stars  *
  8. Chariot Song
  9. On Opening The Curtains  *
  10. Things That Roar
  11. I Used To Work At The Zoo
  12. Such A Bloody Pain

Le groupe sur MySpace : www.myspace.com/beepseals

 

Vidéos :

« Biting Glass »

 
« Chariot Song » (acoustique)
 
 
« Tell Your Friends » (acoustique)
 
 
« I Used To Work At The Zoo » (live)
 

 


[i] Ce qui est par ailleurs assez drôle quand on considère les interviews dans lesquels ces mêmes groupes affirment tous avoir « un son unique » ou « sonner comme aucun autre groupe » sans avoir peur du ridicule.


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1 Commentaire le THE BEEP SEALS – Things That Roar

  1. Ben merde, ils ont splittés alors ?!
    Excellent disque en effet

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