THE C.A. QUINTET – Trip Thru Hell Bad trip psychédélique

(Candy Floss 1969)

Avez-vous déjà essayé d’aller sur Ebay et de filtrer les disques par prix en affichant les plus chers ? Parmi les premiers résultats on trouve régulièrement, souvent aux alentours de $2000, un album à la pochette psychédélique post-apocalyptique frappante. Trip Thru Hell, l’unique album de The C.A. Quintet n’a été publié qu’à un millier d’exemplaires lors de sa sortie en 1969, sur Candy Floss, label de Minneapolis dont provenait le groupe. Aujourd’hui, c’est un disque recherché par les collectionneurs de par sa rareté, mais aussi parce qu’il demeure un de ces chefs d’œuvres perdus des années soixante dont la qualité est à la hauteur de la réputation.

The C.A. Quintet, groupe au nom étrange – les spéculations vont bon train concernant la signification de cet énigmatique « C.A. » –, était mené par un chanteur-compositeur-trompettiste nommé Ken Erwin. Originaire du Minnesota, le groupe n’a jamais percé beaucoup plus loin que son état d’origine, bien qu’un premier single sorti en 1967 (« Mickey »s Monkey », une reprise des Miracles) ait connu un certain succès. Sur ce 45 tours, on découvre un groupe de pop enjoué, versé dans le R&B. Difficile à croire que c’est bien le même groupe qui, deux ans plus tard, sera à l’origine de Trip Thru Hell, album psychédélique sombre, bad trip au royaume d’Hades.

L’album commence par « Trip Thru Hell Pt. 1 », un morceau de 9 minutes aux allures de marche funèbre, voyage cinématographique lancé par une ligne de basse insistante. Lentement, une guitare bluesy vient poser ses arpèges devant un parterre de claviers éthérés mêlé à des chœurs féminins hantés. Ça sonne comme du Love crépusculaire, du rock californien spectral et ouvert aux grands espaces désertiques le long du Styx. La lente procession s’interrompt brutalement lorsqu’une batterie militaire intervient. Des percussions violentes (qui évoquent le passage rythmique de « A Saucerful Of Secrets » de Pink Floyd) explosent d’un côté à l’autre de la stéréo. Après cette intermède dérangeant, le morceau s’enferme dans des sonorités malsaines (à base de guitares distordues au son de tronçonneuses) avant de reprendre son cours paisiblement. Plus tard dans l’album se trouve la deuxième partie de ce morceau (« Trip Thru Hell Pt.2 ») qui fait la part belle à une mélodie aérienne avant de reprendre le rythme lancinant de cette ouverture.

Outre ce morceau fleuve assez fascinant, l’album regorge de titres courts ne dépassant pas la barre des 4 minutes. Quelques uns d’entre eux sont de véritables bijoux de pop psychédélique west coast. « Colorado Mourning », lancé par sa trompette vrombissante et son clavier sinueux en fait partie. Un morceau tex-mex dans la forme, mais qui touche à quelque chose d’intrigant dans sa grille d’accords en mode mineur. La voix du chanteur, en arrière-plan, a quelque chose de dérangeant. Celle-ci est plus exposée sur la superbe « Cold Spider », et on découvre alors un timbre étrange, entre celui de Lemmy période Sam Gopal et celui d’Arthur Brown dans ses intonations (on ne serait pas surpris que le god of hellfire ait inspiré le C.A. Quintet). Ce morceau à l’ambiance inquiétante, avec sa ligne de basse dynamique, sa batterie en escalier et sa tension permanente, part dans un fabuleux trip à mi-chemin. Deux guitares se livrent à un duel de solos de chaque côté de la stéréo dans un style déstructuré évoquant Syd Barrett.

Le tube de l’album, étrangement, se nomme « Underground Music ». Centré autour d’une flamboyante phrase de trompette, le morceau est un hymne à la musique expérimentale (« it’s the music for the mind / underground music so fine« ) où le groupe met ses préceptes en application en partant dans un envolée lysergique après un break renversant. C’est le morceau le plus connu du groupe, mais certainement pas son meilleur. On pourrait peut-être citer « Smooth As Milk » comme prétendant à ce titre avec son côté Pretty Things meets The Jefferson Airplane ou « Blow To My Soul » avec son énergie RnB et ses arrangements classieux à base de violons et de cuivres. A moins que le chef d’œuvre du groupe ne se situe dans une de ces multiples bonus que compte la réédition Sundazed : « Ain’t No Doubt About It » et sa mélodie parfaite, l’immense « I Shot The King » ou la ballade folk qui pourrait prétendre au meilleur titre du monde « Bury Me In A Marijuana Field ». Bref, vous l’aurez compris, cet album regorge de grands morceaux. Trip Thru Hell est une source de joie incommensurable, un album à découvrir absolument pour les amateurs de rock psychédélique weird et de cuivres démoniaques.

 

 

Tracklisting

1. Trip Thru Hell (Part 1) *
2. Colorado Mourning *
3. Cold Spider  * 
4. Underground Music  * 
5. Sleepy Hollow Lane
6. Smooth As Silk
7. Trip Thru Hell (Part 2)

Bonus

8. Dr. Of Philosophy
9. Blow To My Soul *
10. Ain’t No Doubt About It  * 
11. Mickey’s Monkey
12. I Put A Spell On You 
13. I Shot The King  * 
14. Fortune Teller’s Lie
15. Sadie Lavone 
16. Bury Me In A Marijuana Field  * 
17. Colorado Mourning (alt. version)
18. Underground Music (alt. version)
19. Smooth As Silk (alt. version)

  

Vidéos

« Colorado Mourning »

 
« Underground Music »
 
 
« Cold Spider »
 
 
« I Shot The King »
 

 

Vinyle :

La réédition Sundazed contient deux disques : l’album original sur le premier, les bonus sur le second.

The C.A. Quintet - Trop Thru Hell

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

5 Comments

  1. C’est pour ça que je suis sur planetgong. On nous fait découvrir des albums énorme dont on ne soupçonnait meme pas l’existence… 

Laisser un commentaire