THE LIMINANAS – The Liminanas Yé-yé ?

(Trouble In Mind ; 2010)

Sorti l’année dernière sur le label de Chicago Trouble in mind, ce disque est le premier LP des Liminanas, un duo français originaire de Perpignan. Musicalement, les influences du groupe sont évidentes : The Limininas se situent dans une frange de la vague de musique pop sixties qui envahit la France dans les années soixante et fut appelée « yé-yé » par ceux qui voulaient la dénigrer. Peu importaient les différences entre les productions de Ronnie Bird, d’Antoine ou de Claude François (désolé), ni entre celles de Stella, de Dani ou de Clothilde… Pour la douzaine de chansons présentes ici, l’ambiance se situe du côté d’une pop élégante, oscillant entre rythmique soutenue aux ambiances freakbeat garanties par un jeu de fuzz généreux (« Down Underground », « Tears »), ballades délicates (« Je suis une go-go girl »« Berçeuse pour Clive ») et pistes instrumentales réussies (« Tigre du Bengale »). Les morceaux fonctionnent très souvent autour d’une mélodie en boucle : un des exemples les plus marquants en est « Je ne suis pas très drogue », où la narration est conduite par Marie Liminana, qui parle sur la boucle mélodique du morceau.

Au niveau du chant, beaucoup de chansons sont en effet ici interprétées de façon assez minimale – le plus souvent par la chanteuse, qui déclame les paroles plus qu’elle ne les chante (« The Darkside », « Berçeuse pour Clive »). Le groupe s’essaye parfois au chant en anglais – il paraît que c’est sexy à l’oreille d’un anglophone natif… Le refrain minimal de la deuxième piste, qui se répète sur un fond de guitare grinçant. Nous sommes en revanche restés plus circonspects en entendant le dialogue anglais / français de « Chocolate in my milk » (« Aïe gatte nossink tou séy / tu me dis que tout est OK »). Heureusement, côté musique, rien à reprocher à ce disque parfaitement maîtrisé : les orchestrations sont variées (sitar, fuzz, claviers, guitares) et le son chaleureux et attachant – le jeu de basse est particulièrement énorme sur les premiers morceaux du disque… L’introduction de « Je suis une go-go girl » est également un des grands moments disques, quand chaque instrument se met en place avant l’arrivée du chant. Le duo joue avec humour sur les échanges homme-femme (« Je ne suis pas très drogue », précédemment publié en 45 tours, mais aussi « Mountain »).

Grâce à ces éléments, l’écoute du premier album de The Liminanas rappelle celles des désormais innombrables compilations dédiées aux chanteuses francophones des années 1960 – presque au hasard, on mentionnera au passage l’indéniable intérêt d’une série comme Ultra Chicks. The Liminanas contrôlent leur sujet avec brio : des textes parfois naïfs, descriptions très expressives et plus ou moins complètes de ce qui compose leur univers rêvé (« là, sur la plage, quand le vinyle crépite sur la platine, ça fait… ») et musique parfaitement accomplie aux parentés jubilatoires (comment ne pas penser à Vampyros Lesbos à l’écoute de « Tigre du Bengale » ?)… Pour Marie et Lionel Liminana, la réussite de cet album doit compenser un peu les mésaventures connues avec Les Bellas, autre groupe perpignanais dont ils faisaient partie, et dont le seul disque a été publié trois ans après la séparation du groupe (en 2010, par Les Disques Steak et SDZ Records ; on essaye d’en parler bientôt, écoutez-le dès maintenant).

 

 

Liste des chansons :

  1. The Darkside
  2. Down Underground *
  3. Je ne suis pas très drogue
  4. Funeral Baby
  5. Chocolate in my Milk
  6. Tigre du Bengale (inst.)
  7. Mountain
  8. Je suis une go-go girl*
  9. Berçeuse pour Clive
  10. Tears*
  11. Tigre du Bengale
  12. Got nothing to say

 

Vidéos :

« Je ne suis pas très drogue »

 
« Je suis une go-go girl »
 
 

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

1 Comment

  1. je trouve que l’influence la plus flagrante est le Gainsbourg d’initial BB, étonnant que tu n’en fasses pas allusion (c’est quand mm moins chanté que Ronnie Bird)

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