WHITE FENCE – Cyclops Reap Same old story

(Castle Face 2013)

Les temps changent à San Francisco. Après des années de gestation, les groupes de la scène garage que l’on chérit tant en ces pages sont en train de percer lentement mais sûrement dans le mainstream rock international. Les tournées sont sold-out, les compilations pleuvent, les manifestations se multiplient (comme le City Sounds Festival à Paris) : le focus est aujourd’hui plus que jamais sur les groupes de la ville. White Fence, comme d’autres groupes de cette scène se trouve à la croisée des chemins et doit répondre à la question fatidique : « que faire alors qu’on se trouve en pleine lumière ? »

Chacun a sa manière d’affronter cet œil médiatique : Ty Segall a décidé de jouer le contrepied total (en publiant un album solo acoustique et en se planquant à la batterie dans le groupe FUZZ), l’homme de l’ombre Mikal Cronin joue l’ouverture indie, Thee Oh Sees creusent leur sillon krautrock et multiplient les concerts, et White Fence… eh bien White Fence fait du White Fence.

Suivant son implacable schéma, Tim Presley poursuit sa publication ininterrompue de disques vite réalisés. Cyclops Reap est un album à l’image de tous ses prédécesseurs : produit à l’arrache, composé de mélodies chantées avec une voix ensuquée, empli d’effets psychédéliques étranges. Bref, la bonne vieille recette White Fence qu’on entend sur tous ses autres albums.

Le grand problème qu’on a avec cette attitude, c’est qu’on n’arrive plus à suivre le rythme de publication infernal de Presley. Après une année à trois albums, le génial chanteur / guitariste enchaîne avec un nouveau set de dix chansons alors qu’on a à peine digéré les réjouissances de l’an dernier. Notez que Ty Segall ou Thee Oh Sees suivent le même rythme et que cela nous gêne moins. Et pour cause : White Fence évolue peu d’un disque à l’autre. Autrement dit, il n’y a rien qui ressemble plus à White Fence qu’un autre disque de White Fence. Quand Segall enchaîne space-rock, glam et folk dans la même année, Presley reste toujours sur le même crédo folk psychédélique lo-fi et ne s’éloigne jamais de sa formule.

Du coup, on ne peut s’empêcher de ressentir une certaine lassitude à l’écoute de Cyclops Reap, album qui sonne exactement comme tout le reste de la discographie de White Fence, et où, après de multiples (et professionnelles) écoutes, peu de morceaux marquent durablement (notons toutefois la belle ballade « To The Boy I Jumped In The Hemlock Alley »). Same old story en somme, mais en moins bien. Bref, un album pour rien. On aurait tant aimé voir White Fence tenter autre chose car on sait que Presley en est capable. Ses concerts plein d’énergie rock’n’roll sont là pour le prouver. White Fence sait et peut faire autre chose que sa formule folk psyché déviant. Cyclops Reap, avec ses allures de chutes de studio de Family Perfume, n’est pas un disque raté, mais il est dispensable et interroge sur la capacité de Tim Presley à se renouveler.

Sans doute cet album plaira-t-il à ceux que la formule White Fence ne lasse pas encore – fans hardcore et néophytes. A ces derniers qui découvrent le groupe ces jours-ci, on leur conseille plutôt de se pencher sur la réédition récente du premier album du groupe, qui reste son meilleur.

 

 

Tracklisting :

1. Chairs In The Dark *
2. Beat
3. Pink Gorilla
4. Trouble Is Trouble Never Seen
5. Live On Genevieve
6. To The Boy I Jumped In The Hemlock Alley *
7. New Edinburgh *
8. Make Them Dinner At Our Shoes
9. White Cat
10. Only Man Alive
11. Run By The Same

 

Vidéo :

« Beat »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

4 Comments

  1. Mouais, je ne suis pas d’accord (pour changer)

    Je trouve que cet album est le plus aboutit, la recette dont on parle est toujours la même mais elle est plus mûre, plus rodée.
    La production est plus léchée que celle du premier disque. Il y a toujours quelques pistes trop bizarres et quelques interludes hardcore un peu pénibles, mais c’est globalement plus
    accessible et moins pénible que sur les albums précédents. Family Perfume était génial mais pouvait fatiguer par sa longueur, ce double disque contenait, fatalement, quelques titres de
    remplissage.
    Cyclops Reap malgré son nombre parfois faramineux d’effets psychédéliques qui peuvent agacer, est un peu plus pop que les trois premiers albums.
    Ce qui n’empêche pas le fait que plusieurs écoutes sont nécessaires pour apprivoiser ce disque, ainsi, les premières fois j’accrochais d’abord surtout à la ballade To the
    boy…
     citée dans l’article, les fois suivantes j’ai pu m’éprendre de Make them dinner… qui est aussi une superbe chanson folk acidulée, puis The Only man
    alive, 
    puis le premier titre Chairs in the dark, où le bassiste a du feu dans les doigts, voilà une manière honorable d’introduire un album, puis Beat, qui tasse
    d’abord les choses en débutant tout en retenue et qui gagne, palier par palier, en intensité jusqu’à la fin du morceau. Pink Gorilla et sa fuzz monstrueuse intermittente, c’est pas du
    petit lait non plus.
    Voilà un nombre raisonnable de chansons qui se démarquent, je mettrais toutefois To the boy, Make the dinner et The only man alive au-dessus du reste (peut-être
    par goût des ballades folk rock) à mon avis elles peuvent rivaliser avec les King of the decade, Sticky fruitman has faith ou It will never be des galettes
    précédentes.
    Franchement j’ai vu une encyclopédie du rock des années 60 (folk-rock, psychédélique, garage, etc.) s’enticher de ce disque, deux férus de garage authentique apprécier Pink
    Gorilla
    et Chairs in the dark, des néophytes de White Fence, certes, mais d’habitude assez fermés aux nouveautés, mais pas des néophytes de la musique, ou de ce genre de
    musique.
    Et pourtant on ne peut pas dire que ce que fait White Fence soit du copier/coller.
    Quant à moi, je ne pense pas être un fan hardcore, j’ai même mis du temps à plainement apprécier.

    Peut-être qu’il existe aussi, hérésie, de meilleures circonstances que la classique écoute sur platine avec chaîne, pour écouter ce disque… mes meilleures expériences avec cet album, quand ce
    n’était pas l’esprit disons un peu embrumé avec le vinyle sur le tourne disque, avaient souvent lieu lors de pérégrinations nocturnes, avec un baladeur numérique et un casque.

  2. Bon, j’ai pondu ça à la hâte, daignez m’excuser pour les petites fautes qui traînent (difficile de détailler mon point de vue rapidement sans avoir le loisir de peaufiner et de corriger, ça
    m’embête, croyez le bien).

  3. Mouais, je ne suis pas d’accord (pour changer)

    Je trouve que cet album est le plus aboutit, la recette dont on parle est toujours la même mais elle est plus mûre, plus rodée.
    La production est plus léchée que celle du premier disque. Il y a toujours quelques pistes trop bizarres et quelques interludes hardcore un peu pénibles, mais c’est globalement plus
    accessible et moins pénible que sur les albums précédents. Family Perfume était génial mais pouvait fatiguer par sa longueur, ce double disque contenait, fatalement, quelques titres de
    remplissage.
    Cyclops Reap malgré son nombre parfois faramineux d’effets psychédéliques qui peuvent agacer, est un peu plus pop que les trois premiers albums.
    Ce qui n’empêche pas le fait que plusieurs écoutes sont nécessaires pour apprivoiser ce disque, ainsi, les premières fois j’accrochais d’abord surtout à la ballade To the
    boy…
     citée dans l’article, les fois suivantes j’ai pu m’éprendre de Make them dinner… qui est aussi une superbe chanson folk acidulée, puis The Only man
    alive, 
    puis le premier titre Chairs in the dark, où le bassiste a du feu dans les doigts, voilà une manière honorable d’introduire un album, puis Beat, qui tasse
    d’abord les choses en débutant tout en retenue et qui gagne, palier par palier, en intensité jusqu’à la fin du morceau. Pink Gorilla et sa fuzz monstrueuse intermittente, c’est pas du
    petit lait non plus.
    Voilà un nombre raisonnable de chansons qui se démarquent, je mettrais toutefois To the boy, Make the dinner et The only man alive au-dessus du reste (peut-être
    par goût des ballades folk rock) à mon avis elles peuvent rivaliser avec les King of the decade, Sticky fruitman has faith ou It will never be des galettes
    précédentes.
    Franchement j’ai vu une encyclopédie du rock des années 60 (folk-rock, psychédélique, garage, etc.) s’enticher de ce disque, deux férus de garage authentique apprécier Pink
    Gorilla
    et Chairs in the dark, des néophytes de White Fence, certes, mais d’habitude assez fermés aux nouveautés, mais pas des néophytes de la musique, ou de ce genre de
    musique.
    Et pourtant on ne peut pas dire que ce que fait White Fence soit du copier/coller.
    Quant à moi, je ne pense pas être un fan hardcore, j’ai même mis du temps à plainement apprécier.

    Peut-être qu’il existe aussi, hérésie, de meilleures circonstances que la classique écoute sur platine avec chaîne, pour écouter ce disque… mes meilleures expériences avec cet album, quand ce
    n’était pas l’esprit disons un peu embrumé avec le vinyle sur le tourne disque, avaient souvent lieu lors de pérégrinations nocturnes, avec un baladeur numérique et un casque.

  4. Bon, j’ai pondu ça à la hâte, daignez m’excuser pour les petites fautes qui traînent (difficile de détailler mon point de vue rapidement sans avoir le loisir de peaufiner et de corriger, ça
    m’embête, croyez le bien).

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