BASTON – Gesture Bon coup

(Howlin’ Banana 2015)

Depuis sa sortie à la mi-septembre, Gesture connaît un étonnant succès : Ouï FM, les Inrocks et même France Culture en parlent ! Baston, le groupe auteur de ce mini-album (7 titres), profite ainsi de plusieurs facteurs concomitants : l’intérêt que suscite la scène rennaise actuelle, la qualité constante des productions Howlin’ Banana (désormais unanimement reconnu comme l’un des tout meilleurs labels hexagonaux, l’un de ceux dont on se souviendra dans 10 ou 20 ans quand il faudra rédiger l’histoire du rock ‘n’ roll français à la période charnière où celui-ci supplanta le vin anglais) et le fait qu’il officie dans un registre encore peu exploré par les autres groupes du pays : du shoegaze mâtiné de garage et de pop, inspiré des Crocodiles de Sleep Forever ou des derniers Cosmonauts. Avec ses rythmes hypnotiques et sa batterie primaire, usant de l’écho plus que de raison, Baston s’inscrit dans la mouvance des petits-enfants des Jesus & Mary Chain ou des Spacemen 3, et s’en sort plutôt bien.

« Plutôt bien », parce que les retours qu’on a eus de leurs concerts furent pour le moins mitigés ; à cet égard, Gesture est une excellente surprise. Le groupe qu’on y entend est carré, joue juste (une comparaison entre leurs deux versions du « Little Honda » des Beach Boys – la première datant de 2012 – permet de mesurer leurs progrès en la matière), s’est forgé un son original et écrit de très bonnes chansons. Les mélodies se sifflotent aisément et le chanteur témoigne d’un certain charisme (en dépit des trois tonnes d’écho derrière lesquelles il se cache) : tout va bien.

Le triptyque qui ouvre le disque, notamment, suscite d’emblée l’adhésion : l’énergique « Maybe I’m Dead » lance les hostilités sous les meilleurs auspices, avec son motif orientalisant à la guitare, sa ligne de basse chaloupée et sa mélodie très accrocheuse. Le chant effronté devient enjôleur pour la chanson suivante, la lysergique « Decay » dont la rythmique sent bon la choucroute. Avec « Jacques Vaché (It’s Complicated With…) » (une chanson sur un mystérieux artiste breton du début du 20ème siècle), le groupe dévoile une face plus indie-pop tout aussi convaincante.

En outre, réduire le groupe aux quelques comparaisons opérées plus haut serait malavisé, car, à y regarder d’un peu plus près, Baston produit somme toute une musique sans véritable équivalent à notre connaissance (eux l’appellent du « Deerhunter raté », mais on n’a jamais écouté Deerhunter alors on ne sait pas très bien quoi en penser) : leur son est plus poli et pop que celui des groupes suscités. Leur reprise de « Little Honda » (ici abrégé en « Honda »), qui fait plus ou moins office de profession de foi, est à nouveau là pour en témoigner. Là où les Cosmonauts avaient choisi, en 2011, de faire subir à la même chanson un traitement punk et abrasif, Baston en livre une version enjouée et plus vaporeuse qui conserve un peu de la dynamique surf-rock de l’originale.

Tout cela est bien sûr digne de nos éloges (qu’on distribue pourtant avec une parcimonie légendaire), mais le disque n’est pas exempt de tout reproche. On regrettera notamment sa linéarité, largement liée à ce son particulier qu’ils sont parvenus à reproduire et dont ils semblent un peu tributaires. Si toutes les chansons, prises individuellement, impressionnent par le lot d’idées malignes qu’on y trouve invariablement, l’ensemble de l’EP est difficile à écouter d’une traite. Lorsque sonnent les premières notes de « Gefhar », la dernière chanson du disque, à nouveau bourrée de reverb et jouée sur le même rythme hypnotique que les pistes précédentes, on a en effet un peu de mal à refréner un bâillement coupable.

Si ce Gesture est imparfait, il laisse toutefois une très belle impression. Avec cet EP, Baston fait figure d’exception dans le paysage musical français (à l’instar de leurs comparses de Sudden Death Of Stars) et pourrait bien faire des émules. On attend désormais de voir si le groupe est plus convaincant en concert qu’auparavant, et s’il parviendra à s’émanciper un peu de sa formule lors de ses prochaines sorties.

 

 

Tracklisting :

  1. Maybe I’m Dead
  2. Decay
  3. Jacques Vaché (It’s Complicated With…)
  4. Holotape
  5. Sword
  6. Honda
  7. Gefhar

L’EP est en écoute intégrale sur bandcamp : 

 

Vidéos :

« Maybe I’m Dead »

« Decay »

« Sword »

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

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