BECK – Modern Guilt Un bon album

(XL 2008)

Depuis Sea Change – un album décevant à sa sortie, mais qui vieillit très bien – chaque nouvel album de Beck est annoncé comme étant celui du retour en forme. Ce syndrome, nommé aussi « syndrome Oasis », est assez symptomatique d’un artiste à la recherche de sa splendeur passée. Guero, puis The Information, albums gémellaires, n’ont que finalement peu tourné sur les platines. Trop longs, trop inégaux, ils dévoilaient un Beck en perte de vitesse tentant à tout prix de ne pas être largué, fut-ce en ressortant d’anciens trucs (samples, rap, collaboration avec les Dust Brothers et Nigel Godrich). Un succès mitigé à chaque fois.

Le dernier atout que Beck joue aujourd’hui pour se maintenir à flots est le sempiternel changement de producteur. Madonna nous fait le coup depuis 20 ans et se maintient en tête des ventes. Opportuniste, Beck s’est ainsi adjoint les services de l’inévitable Danger Mouse (Gnarls Barkley, The Good The Bad & The Queen, The Black Keys…) pour tenter de sauver son image de génie avant-gardiste.

Les fans du Beck folk seront encore déçus : Modern Guilt est un album au son travaillé et vaporeux, qu’on pourrait situer à mi-chemin entre Sea Change et Guero dans la discographie du blondinet. Plus que par des mélodies, Modern Guilt semble guidé par des rythmes. Chaque morceau possède un rythmique très appuyée, plus ou moins complexe, du jazz chaloupé de « Replica », au binaire de « Soul Of A Man », de la rythmique surf de « Gamma Ray » aux roulements seventies de « Chemtrails ». Parmi les meilleurs moments de l’album, on note quelques mélodies marquantes, comme celle de « Orphans », où Cat Power vient ajouter ses harmonies délicates, ou encore l’excellente « Gamma Ray », où un riff de guitare guide le morceau avec une simplicité bienvenue, trop absente chez Beck ces dernières années. Bonne nouvelle, Beck semble avoir retrouvé une certaine énergie rock’n’roll, comme « Modern Guilt », « Soul Of A Man » et l’excellente « Profanity Prayers » semblent prouver.

S’il n’en faut pas beaucoup plus pour pouvoir affirmer que Modern Guilt est un bon disque, Beck n’en a pas pour autant retrouvé le génie éclatant de ses débuts. Modern Guilt est un album carré, où rien n’est dû au hasard, mais où la fantaisie je-m’en-foutiste qui fut pendant longtemps la griffe de son auteur est absente. Un album plaisant et bien ficelé, mais, à l’image de ses deux prédécesseurs, pas le chef d’œuvre qu’on espère à chaque fois (même s’il y a du mieux). La présence de Danger Mouse n’a pas révolutionné le son de Beck comme on pouvait se l’imaginer, le seul grand changement par rapport aux derniers albums demeurant la concision de l’ensemble (10 morceaux en 35 minutes, au lieu de la quinzaine habituelle). Pour le reste, les arrangements sont souvent dénués de surprise, seul le son agressif de la section rythmique nous rappelle que le cotonneux Nigel Godrich n’est plus là (et c’est tant mieux).

Après un quintet d’albums parfaits (Mellow Gold, One Foot In The Grave, Odelay, Mutations, Midnite Vultures, un enchaînement inégalé dans les années 90) et quatre autres plus ordinaires, il semble que Beck se cherche une direction musicale. Difficile de se retrouver en position de suiveur quand on a marqué son époque avec autant de talent. La tentation de truffer ses morceaux de tics sonores pour garder cette image d’homme aux millions d’idées a quelque peu égaré Beck par le passé. Comme l’indiquent les meilleurs passages de Modern Guilt, le salut vient sans doute d’un retour à plus de simplicité, à un son brut. Un de nos grands fantasmes aujourd’hui serait de voir Beck revenir à ses bases folk et blues. Dylan, Donovan, Adam Green et de nombreux autres sont passés par ce stade après divers faux-pas et ne s’en portent que mieux. Modern Guilt, dans ses morceaux les plus mordants est un premier pas dans cette direction, espérons que Beck s’en souviendra…

 

 

Tracklisting :

1. Orphans  *
2. Gamma Ray  *
3. Chemtrails
4. Modern Guilt  *
5. Youthless
6. Walls
7. Replica
8. Soul of A Man  *
9. Profanity Prayers  *
10. Volcano

  

Vidéo

« Modern Guilt »

 
« Gamma Ray »
 
 
« Nausea »
 

 

Vinyle : 

Beck - Modern Guilt

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

6 Comments

  1. C’est vrai que les deux derniers étaient plutôt longuets, et quand j’ai appris que celui-ci comportait 10 titres et 35 minutes, je me suis dit que ce n’était pas forcément une mauvaise chose… mais bon, pas encore écouté, à part « Chemtrails » qui tourne sur le net…

    Ca ne saurait tarder!

    SysT

    PS : Vous l’avez « catché » où? J’arrive pas à mettre la main dessus par des moyens… moyennement légaux?

  2. Tiens… tu considères vraiment que « Midnite Vulture » appartient au quintet d’albums parfaits ? A mon sens c’est plutôt le début du déclin, le disque qui a eu une presse considérable à sa sortie pour finalement quoi ? Quatre titres imparables (« Sexxx laws », « Milk & Honey », « Mixed business » et « Pressure zone ») et plein de bruitages chiants. Non ? Ah mais nooooon… : en fait, tu as confondu avec « Stereopathetic Soulmanure », qui a lui aussi une pochette disco et qui lui appartient bel et bien au quintet 😉

    A part ça, « Modern Guilt » ? Un bon album, en effet. Le meilleur de Beck depuis un bail (c’est à dire que contrairement aux deux d’avant, non seulement on le trouvera sympa au moment d’écrire la critique, mais en plus on l’écoutera encore dans un an… mea culpa 🙂

  3. Après l’assez peu inspiré The Information, ça fait plaisir de retouver Beck en bonne forme. L’album, sans être crucial, vaut largement le détour. Danger Mouse a su tirer Beck de la mouise : dans l’emploi de producteur chargé de remettre en selle un artiste un peu exténué il se révèle plus convainquant que Jacknife Lee, qui a  été impuissant à ressusciter R.E.M. Bon, sinon, merci de jeter un coup de projecteur sur Sea Change, que je vais réécouter. Bravo à vous, votre webzine est excellent.     

  4. Moi qui ne suis pas un fan de Beck j’aime beaucoup Sea Change…
    J’adore l’ambiance qui se dégage de l’album très indie-folk finalement bien loin des collages sonores avec lesquels j’ai beaucoup de mal…

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