THE CORAL – The Curse Of Love Album fantôme

(Skeleton Key 2014)

En 2006, The Coral se sont retrouvés devant une contradiction : leur récent album The Invisible Invasion, superbe collection de chansons pop psychédéliques désabusées, avait affirmé leur statut de groupe incontournable en Angleterre, mais sa tonalité sombre avait dérouté le grand public friand de tubes lumineux façon « Dreaming Of You » et de ballades ensoleillées telles que « Pass It On ». Au grand dam de son label Deltasonic, le groupe décida pourtant de poursuivre dans cette même direction introspective et retourna en studio avec Geoff Barrow (ex-Portishead et producteur de The Invisible Invasion) enregistrer un album dans la même veine mélancolique.

C’est ainsi que The Curse Of Love, l’album issu de ces sessions, fut placardé par la maison de disques. Trop sombre. Pas assez radio friendly. Il fut demandé au groupe de retravailler sa copie, et sans doute de revenir avec un album empli de tubes pop. Le groupe s’éxécuta, et livra avec son successeur Roots & Echoes le disque (magnifique) attendu par la maison de disque – sans toutefois perdre son âme, il faut le noter, mais la blessure était toujours ouverte…

En 2014, désormais libéré de son contrat avec Deltasonic, The Coral a décidé de publier cet album dont peu de gens – même les Coralophiles les plus acharnés – soupçonnaient l’existence. Une aubaine au moment même où le groupe nourrissait un hiatus à durée indéterminée (qui n’a eu pour seul intérêt que de permettre aux frères Skelly de sortir de leur système tout leur stock de chansons indignes de The Coral et de les publier dans des albums solo oubliables). L’occasion aussi de découvrir la face la plus contemplative du groupe.

Côté son, The Curse Of Love est un album qui fait le pont entre The Invisible Invasion et Butterfly House. On y trouve déjà certains éléments de cet album fait sans Bill Ryder-Jones (le principal guitariste du groupe, ici uniquement présent sur la moitié du disque) : les atmosphères sont acoustiques, enrobées de couleurs pastel, de rythmiques jazzy et d’arpèges folk. L’électricité n’est plus au coeur des préoccupations du groupe. Les mélodies sont tristes, mélancoliques, étirées sur la longueur et dépourvues de gimmicks pop. James Skelly semble désabusé, d’humeur dépressive. Les textes des chansons vont dans cette direction sombre. Il évoque son aliénation du monde qui se double d’un coté pervers (« I’m a watcher in the distance, closer to you than you’ll ever know »), son amour perdu (« You’ve closed the door. Just like once before, I will keep on knocking at your door »).

Une fois encore, on est à mille lieues de « Dreaming Of You » (la vraie malédiction du groupe, pour le coup). Si on comprend les motivations mercantiles qui ont poussé Deltasonic à refuser l’album, on ne peut que les déplorer. Le label aurait très bien pu faire un tirage limité façon Nightfreak plutôt que d’entrer dans une logique de censure affligeante. Car quiconque ayant une paire d’oreilles en état de marche ne peut le nier : The Curse Of Love est un disque magnifique, qui dévoile la face la plus onirique du groupe liverpuldien et regorge de grandes chansons (« Wrapped In Blue », « The Watcher in the Distance », « The Game »). Au moment où le groupe s’apprête à revenir avec un album électrique à la couleur live, The Curse Of Love vient nous rappeler (une fois de plus) à quel point ces mélodistes de la péninsule du Wirral nous ont manqué durant toutes leurs années de pause.

 

 

Tracklisting :

1 – Curse of Love (Part One)
2 – Wrapped in Blue *
3 – You Closed the Door
4 – The Second Self
5 – View from the Mirror
6 – The Watcher in the Distance *
7 – Gently
8 – Willow Song
9 – The Golden Bough
10 – The Game *
11 – Nine Times the Colour Red
12 – Curse of Love (Part Two)

 

Vidéo :

« The Curse Of Love »

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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