THE CORAL – Distance Inbetween That'll do

(Skeleton Key 2016)

En hiatus depuis quelques années, les liverpuldiens de The Coral semblaient lessivés la dernière fois qu’on avait entendu parler d’eux. Butterfly House les avait montrés désabusés, presque démissionnaires. Le départ de Bill Ryder-Jones avait forcé le groupe à se réinventer avec brio, mais le coeur n’y était plus. Pour se rafraîchir les idées, le groupe s’est alors mis en pause. Chacun a monté des projets solo : un livre de poésie pour Nick Power, un projet de duo pour Lee Southall, et des albums solo (peu mémorables) pour les frères Skelly.

Chacun semblant s’épanouir ainsi, rien ne présageait un retour en forme du groupe anglais le plus doué des années 2000. Distance Inbetween présente ainsi un drôle de paradoxe : on y entend un groupe qui semble avoir retrouvé un peu de nerf, quitte à laisser en chemin ce qui a toujours fait sa force : les mélodies immédiates.

Ainsi, Distance Inbetween est un album électrique, à la production psychédélique subtile – où guitares lysergiques, claviers intrigants et choeurs byrdsiens s’entremêlent – mais duquel aucun grand morceau n’émerge réellement. Attention, l’album n’est pas mauvais, mais la touche de magie qui a fait de The Coral un groupe culte est étrangement absente. C’est le drame des génies : faire un bon album ne suffit pas, on attend toujours d’eux une étincelle de folie, une mélodie qui va nous bouleverser, un couplet qui va nous mettre la tête à l’envers. Aucun classique instantané n’est discernable, mais pourtant, faute de concurrence, le disque figure parmi les meilleurs du genre sortis ces derniers mois.

La question de savoir si Distance Inbetween est un chef d’oeuvre absolu ayant été écartée, penchons nous de plus près sur ce disque qui, dans la discographie du groupe, s’apparente le plus à Nightfreak. Enregistré, comme ce dernier, en quelques jours avec l’objectif de saisir le groupe live en studio, Distance Inbetween présente une version du groupe amputée de plusieurs membres historiques. Si Bill Ryder-Jones trace son chemin solitaire depuis quelques années déjà, le deuxième guitariste Lee Southall fait lui aussi défection ici. Ils sont remplacés par Paul Molloy, comparse d’Ian Skelly sur Serpent Power, connu des fans des Zutons pour en avoir été le guitariste au style capillaire zappaien.

Ce dernier accomplit sa tâche avec talent et pose indéniablement sa patte sur ce disque avec son jeu bluesy qui s’appuie plus sur la distorsion que ne le faisaient ses prédécesseurs. Pour le reste, on est en terrain connu. James Skelly, dont la voix est souvent cachée derrière des effets déformants, propose des mélodies cousines d’anciennes de leur répertoire et poursuit ses métaphores marines. Drôle de constat : les meilleures chansons de cet album électrique sont les ballades (« Distance Inbetween », « Beyond The Sun », « It’s You »), qui demeurent les seuls moments de l’album où on a véritablement l’impression de retrouver The Coral majestueux d’antan. Mention spéciale à « She Runs The River », véritable moment de grâce du disque.

Les morceaux plus orientés rock, plus nombreux, sont moins passionnants, sans doute parce que la section rythmique de The Coral n’a rien d’un rouleau compresseur. « Fear Machine » ressemble à du Black Keys tardif, « Miss Fortune » à une chute de studio du dernier Horrors et les envolées psychédéliques de « Chasing The Tail Of A Dream » ne décollent jamais vraiment. Ce qu’il ressort de tout cela, c’est avant tout la satisfaction de voir le groupe à nouveau en vie. Distance Inbetween est un album digne, qui ne fait pas tâche dans la discographie exemplaire du groupe, mais sa principale qualité reste de servir d’excuse à The Coral pour remonter enfin sur scène.

 

 

Tracklisting

1. Connector
2. White Bird *
3. Chasing The Tail Of A Dream
4. Distance Inbetween *
5. Million Eyes
6. Miss Fortune
7. Beyond The Sun *
8. It’s You *
9. Holy Revelation
10. She Runs The River *
11. Fear Machine
12. End Credits

 

Vidéos

« Chasing The Tail Of A Dream »

« Miss Fortune »

 

Vinyle

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

3 Comments

  1. Je te trouve bien sévère avec cet album, que je trouve de plus en plus majestueux écoute après écoute (à l’instar de The Invisible Invasion, mon chouchou). Je lui trouve une énergie qui manquait sur The Curse of Love et Roots & Echoes (nonobstant le sublime enchaînement Put The Sun Back – Jacqueline) et une inspiration plutôt absente de Butterfly House (malgré sa production très aérienne qui en fait un très chouette album d’été, j’ai eu l’impression d’écouter Roots & Echoes, produit différemment justement).

    Du coup, il tourne en rotation lourde chez moi et je n’ai pas écouté Bill Ryder-Jones depuis une semaine.

  2. Je me rétracte par rapport à tout ce que j’ai pu dire de négatif sur Roots & Echoes et Butterfly House dans mon commentaire précédent. Le premier est une petite merveille de maîtrise et d’arrangements raffinés et le second un album aérien, estival, superbe. Le seul défaut de The Coral est peut-être d’ailleurs là: à avoir fait de l’excellence une habitude, on en vient à trouver ça normal de leur part et à être blasé… jusqu’à ce qu’on les réécoute.

    Et sinon, Distance Inbetween tourne toujours en boucle à la maison (mais Bill Ryder-Jones a fait son retour sur ma platine).

    • Oui c’est ça, même si parfois leurs albums sont un peu deçà de leurs standards très élevés, on y revient quand même. Maintenant, je suis impatient de les voir en France le mois prochain et voir comment tout ça se traduit sur scène.

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