ELVIS PRESLEY – The Sun Sessions Tout commence ici

(enregistrements: 1954-1955 ; sortie L.P. RCA : 1976 ; excellente réédition C.D. Sunrise: 1999)

C’est à Memphis, dans les studios Sun de Memphis dont la devise était « WE RECORD ANYTHING — ANYWHERE — ANYTIME », que l’histoire du Rock a commencé… Lors de sa première session d’enregistrement « professionnelle » (le 5 juillet 1954), un jeune homme de dix-neuf ans, accompagné du guitariste Scotty Moore et du bassiste Bill Black, va révolutionner l’histoire de la musique. Entre deux prises ratées, Elvis, s’accompagnant seul à la guitare acoustique, se met à jouer et à chanter un blues (« That’s All Right (mama) », d’Arthur Crudup). Le producteur (et homme à tout faire) du label Sun, Sam Phillips, comprend qu’il tient la perle rare : un chanteur blanc capable de chanter du Blues, du Rhythm’n’Blues, de la Country… et du Rock. Ensemble, ils vont créer le son Rockabilly, et faire découvrir le Rock’n’Roll au grand public.

Le disque regroupe tous les singles sortis par Elvis chez Sun de juillet 1954 à août 1955 (soit dix chansons – face A/face B), les chansons sorties sur le premier album chez RCA en 1956 (mais enregistrées dans les studio Sun), des versions alternatives de quelques chansons, ainsi que des morceaux inédits. Ces pistes ont été rééditées de nombreuses fois (en 1987 The Complete Sun Sessions, en 1992 The King of Rock and Roll: The Complete 50’s Masters box set et, la dernière étant celle sortie par RCA, Elvis at Sun –The 50th anniversary edition). La version de référence pour les Sun Sessions d’Elvis est celle sortie en 1999 par le label Sunrise, qui comporte pas moins de vingt-huit pistes regroupées sur deux CD.

Sur chacun des morceaux, l’auditeur se retrouve confronté au son caractéristique des studios Sun : un son chaleureux, qui mêle country, rock et blues (pour preuve, se reporter aux premiers enregistrements de Johnny Cash, d’Howlin’ Wolf ou de Charlie Rich). Les chansons reflètent parfaitement la diversité musicale de la ville de Memphis, qui produisait au milieu des années cinquante de nombreux types de musiques : musique « noire » (blues, rhythm & blues, gospel) et musique « blanche » (country & western, hillbilly). La variété des artistes qu’Elvis reprend ici est caractéristique d’un chanteur pour qui la couleur de la peau n’importe pas – ce qui était loin d’être évident aux Etats-Unis à l’époque. Durant les années 1954-1955, ses interprétations de nombreux blues (notamment ceux de Kokomo Arnold et d’Arthur Crudup) vaudront à Elvis l’accusation de « chanter comme un nègre »…

En plus de différents batteurs (selon les sessions d’enregistrements), Elvis est accompagné par Scotty Moore (guitare solo) et Bill Black (guitare basse), avec qui la complicité est évidente, et l’enthousiasme communicatif. Enregistrée dans l’urgence et de façon incroyablement irréfléchie, la première chanson « That’s All Right » va, dès sa sortie (le 19 juillet 1954), révolutionner le monde de la musique. Sur un rythme enlevé, et porté par des accords devenus légendaires, Elvis réinvente le chant pop : sa voix chaleureuse et profonde est d’une richesse impressionnante, et il chante comme personne ne l’avait fait avant lui (et comme tous vont tenter de le faire depuis). Le disque est une collection de hits Rock’n’Roll imparables : les morceaux « Blue Moon of Kentucky », « I Don’t Care If The Sun Don’t Shine » et « You’re A Heartbreaker », tous trois des tubes en puissance, étaient à l’origine en face B des singles… Le traitement nouveau donné à ce répertoire d’une richesse impressionnante produit des chansons d’une efficacité immédiate, et d’une qualité intemporelle. Même si l’approche et la production musicales sont caractéristiques des débuts du rock fifties, des pistes comme « Milkcow Blues Boogie », « Good Rockin’ Tonight » ou « Mystery Train » restent un modèle (ou en tout cas, une référence) pour n’importe quel groupe de Rock. On note aussi une excellente version de « I Forgot to Remember to Forget » (une chanson de Kesler et Feathers, qui sera le dernier single d’Elvis chez Sun) qui est assez proche de celle enregistrée par Johnny Cash à la même période (dans la même lignée country-rock minimaliste), et des ballades parfaitement maîtrisées (« I Love you because », « I’ll never let you go », et l’intouchable « Blue Moon »).

Après avoir rejoint RCA, Elvis continuera d’enregistrer des morceaux prodigieux (« Hound Dog », « Blue Suede Shoes », « Tutti Frutti », etc. – pour ne citer que son premier album), il deviendra ensuite la définitive icône du Rock, mais il ne retrouvera plus la spontanéité, la joie et l’extraordinaire pertinence de ces quelques pistes, enregistrées en à peine plus d’une année, dans un studio minuscule de Memphis.

 

 

Liste des morceaux :

  1. That’s All Right
  2. Blue Moon Of Kentucky
  3. I Don’t Care If The Sun Don’t Shine
  4. Good Rockin’ Tonight
  5. Milkcow Blues Boogie
  6. You’re A Heartbreaker
  7. I’m Left You’re Right She’s Gone
  8. Baby Let’s Play House
  9. Mystery Train
  10. I Forgot To Remember To Forget
  11. I’ll Never Let You Go (Little Darlin’)
  12. I Love You Because
  13. Tryin’ To Get To You
  14. Blue Moon
  15. Just Because
  16. I Love You Because (2nd version)

 

Vinyle : 

PRESLEY, Elvis - Sun Sessions (f)

PRESLEY, Elvis - Sun Sessions (i)

PRESLEY, Elvis - Sun Sessions (v)

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

5 Comments

  1. Très bonne chronique mais j’aimerais ajouté quelques précisions. L’édition dont tu parles n’est probablement pas celle du label Sunrise (qui au passage est un label spécialisé dans l’électro) mais plutôt celle du label RCA, sortie effectivement en 1999 en double-CD sous le titre de Sunrise (ce qui peut expliquer ton erreur).
    La pochette que tu a utilisé en illustration ne correspond également pas à cette édition (un portrait d’Elvis sur fond rouge).
    Voilà, bonne continuation.

  2. "Mea culpa, mea maxima culpa" (citation latine qui correspond approximativement en français moderne à " désolé, je me suis effectivement craqué telle une grosse buse.")

    Merci d’avoir corrigé mon erreur (qui prouve, et c’est là son seul point positif, qu’une personne au moins a lu cet article).

    Nous sommes d’accord sur le point suivant: l’édition définitive est celle intitulée Sunrise, sortie par RCA en 1999.

     

  3. Les Sun Sessions sont incontournables dans la discographie d’Elvis.
    La visite des studios Sun s’avère vraiment intéressante. Au delà du lieu (là où tout  a commencé…), la visite permet d’écouter des enregistrements d’époque non gravés sur vinyle ou CD. Avec ce son si particulier qui nous transporte 50 ans en arrière. On s’y croirait presque… à condition de bien choisir son moment pour la visite, à savoir éviter de faire le tour des studios en même temps que 4 cars de touristes agités et bruyants !

  4. Merci pour les précisions concernant les différentes édtions des Sun Sessions.

    Les enregistrements et rééditions de la musique des pîonniers des fifties constitue en général une telle jungle où se cotoient le meilleur et le pire, qu’il est extrêmement difficile de s’y retrouver. Et, personnellemment ça freine souvent mes pulsions d’achat.

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