JIM NOIR – Finnish Line Peter Pan's blues

(2014)

Les lecteurs assidus de PlanetGong sont peut-être déjà familiers de l’œuvre de Jim Noir : en 2006, émerveillés par l’assemblage singulier de pop sixties et de blips blips désuets qu’on entendait sur Tower of Love, on lui attribuait le titre de « chef de file » de la pop anglaise classieuse. On le retrouvait presque inchangé en 2008 avec un album également célébré en ces pages pour ses qualités mélodiques et son originalité salvatrices.

Amateur de claviers préhistoriques et de mélodies sucrées ou lunaires, Jim Noir apparaît aujourd’hui, soit 7 ans et deux albums plus tard, comme le précurseur (toujours non-reconnu, aux dernières nouvelles) d’artistes tels que Forever Pavot en France ou Jacco Gardner en Hollande. Mais alors que, à l’écoute des premiers extraits de son prochain album, on peut légitimement craindre que ce dernier ait déjà épuisé sa magnifique (mais éphémère ?) formule, Jim Noir semble pour sa part avoir trouvé les ressources pour renouveler partiellement sa musique et continuer à susciter l’intérêt de ses 10 admirateurs et demi.

En effet, Jimmy’s Show (publié en 2011) laissait déjà deviner un abandon progressif du pan geek de ses premiers albums, et suscitait une vague inquiétude chez l’auditeur : de ces bidouillages régressifs naissait un sentiment de nostalgie doucereuse et naïve qui assurait en partie sa filiation avec Brian Wilson et constituait, nous semblait-il, l’essence de l’art de Jim Noir (écouter par exemple la magnifique « On A Different Shelf » et sa descente de clavier lancinante sur Jim Noir). En les abandonnant, notre multi-instrumentiste solitaire ne risquait-il pas de perdre sa signature sonore, et une caractéristique de sa musique qui en faisait la particularité ?

Soyons honnêtes, on n’a jamais réellement douté de la capacité de Jim Noir à se renouveler sans perte de qualité : au contraire de la musique très monomaniaque de Gardner qui laisse difficilement envisager une évolution sans révolution, celle de Jim Noir était à l’époque de ses premiers albums plus ouverte. De fait, la transition est réussie : avec ce Finnish Line, le mancunien, passé semble-t-il par une période de dépression, s’affranchit des blips-blips (sans disparaître, ils sont relégués au second plan, voire absents, sur une majorité des morceaux de l’album) et saute à pieds joints dans la britpop beatlesienne – laissant libre cours à ses délires fétichistes sur son soundcloud, pour faire rire les copains.

Il en résulte un album où la mélancolie est toujours de mise, mais est désormais plus désabusée, moins innocente… plus adulte, en somme. La légèreté et le caractère enjoué de morceaux tels que « What U Gonna Do » ou « My Patch » ne sont plus vraiment au goût du jour : l’album (écrit en deux mois durant lesquels son auteur « a arrêté de boire et retrouvé un peu de clairvoyance ») est essentiellement composé de ballades, à l’exception de quelques morceaux du début d’album, parmi lesquels l’étonnant « Strange Range » (pas le titre le plus réussi du disque mais dont le riff de guitare quasi heavy surprend et amuse). On retrouve en revanche la science mélodique infaillible de Jim Noir, qui parvient malgré le rythme plutôt lent de l’album à ne pas ennuyer l’auditeur un seul instant, au moyen de chansons délicates et courtes (seulement deux d’entre elles dépassent les 3 minutes) et de trouvailles surprenantes qui émaillent discrètement la demie-heure du disque. De même, les obsessions musicales du personnage n’ont pas bougé d’un iota : outre l’influence des Beach Boys (criante sur la première partie de « Honour & Moogswigs », aux harmonies et à la mélodie superbes) et de la britpop des 90s (« The Ancoats Dream », qui voisine étonnamment avec « Don’t Look Back In Anger » en intro), c’est celle des Beatles qui frappe le plus : sur « Make Me Do It Again », d’abord, dont les inflexions mccartneyiennes et les guitares à la Harrison font flirter le morceau avec le pastiche, mais qui parvient à convaincre grâce à la jubilation évidente qui émane du morceau. Sur la bouleversante ballade au piano « Stone Cold Room », aussi, qui clôt gracieusement l’album et rappelle le Lennon dépressif d’Imagine – on conseille ce morceau à tous ceux qui ressentent l’envie soudaine de danser un slow avec leur chérie cachés dans leur salon, ça marche bien.

Finnish Line est un album plus exigeant et moins immédiat que Tower of Love ou Jim Noir, du fait de sa forme plus classique et de la mélancolie qui l’imprègne. Il se révèle néanmoins tout aussi réconfortant après quelques écoutes : si de prime abord son écrin paraît plus ordinaire qu’à l’accoutumée, ces sons que l’on craignait un peu de voir disparaître se dévoilent progressivement, désormais plus sages et discrets et laissant plus que jamais la part belle aux mélodies et aux paroles. Jim Noir veut nous faire croire qu’il est presque devenu mature mais on sait bien qu’au fond, c’est un peu de la blague – et son indécrottable caractère de cancre génial de reprendre le dessus le temps d’une excursion spatiale incongrue (« Honour & Moogswigs », part. 2). On a beau avoir le blues, quand sa crise existentielle se traduit par une chanson sur les extraterrestres qui se moquent des humains (« Come And See »), on reste un doux bizarre.

Malgré sa qualité, le disque est, une fois de plus, passé complètement inaperçu dans la presse spécialisée, ainsi que sur le web. Pire, Jim Noir publie désormais seul ses albums, sur son propre label. Il semble maintenant condamné à demeurer du mauvais côté de la barrière, celui des talentueux losers de la pop, en compagnie de The Bees ou autres El Goodo, tous arrivés trop tôt pour être cool, désormais trop vieux pour être reconnus, et qui, par-dessus le marché, n’auront peut-être même pas droit au statut convoité d’artistes cultes (appelé aussi « statut du dernier recours »). A l’écoute de cet album, on espère que la tristesse anxieuse qui s’en dégage n’est pas la conséquence de cette absence de succès ni un mauvais présage et que son titre n’est qu’un jeu de mots potache (et surtout pas le fruit d’une faute de frappe), car il est évident que Jim Noir est en mesure de continuer à pondre des chansons chérissables aussi longtemps qu’il le voudra. A l’heure où la scène psych/garage/pop contemporaine semble à la recherche d’un souffle nouveau, un tel artiste constitue une valeur sûre que chacun devrait s’empresser de (re)découvrir et de soutenir.

 

 

Tracklisting :

  1. The Ancoats Dream
  2. Strange Range
  3. The Broadway Jets
  4. Make Me Do It Again
  5. Out From Within
  6. Honour & Moogswings *
  7. Newquay
  8. Piece of Mind *
  9. The Boy
  10. Come and See *
  11. Please Remember
  12. Stone Cold Room *

Le lien pour acheter l’album : http://jimnoir.tmstor.es/

 

Vidéo :

« The Broadway Jets »

 

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

2 Comments

  1. Je n’arrive pas à me lasser de Jim Noir. Je suis content de vous voir écrire un article sur son dernier album (car vous avez oublié les deux précédents). Je pensais être l’un des dernier à suivre cet artiste qui a pourtant connu le succès il y a 10 ans déjà. Il prépare déjà la sortie d’un nouveau single « In Hell » pour le 13 Avril (qui est très prometteur),peut-être pour un nouvel album dans les prochains mois ?
    Enfin… Je crois bien que je suis un groupie de Jim Noir… mais quel bonheur j’ai l’impression d’être le seul !

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