KRIS KRISTOFFERSON – Kristofferson Oubliez vos préjugés sur la Country-Music

(1970 –  Monument)

Aujourd’hui plus connu pour sa carrière d’acteur hollywoodien que pour celle de chanteur/compositeur, Kris Kristofferson a pourtant été important dans l’évolution de la scène nord-américaine du début des années 1970. Beaucoup de ses morceaux ont été interprétés par de nombreux artistes (depuis Dave Dudley qui chante « Viet-Nam Blues » en 1966, mais aussi Jerry Lee Lewis, Waylon Jennings, Johnny Cash, et surtout Janis Joplin, dont la version de « Me & Bobby McGee »  aujourd’hui plus célèbre que celle de Kristofferson). Ce premier album, sorti en 1970, passe relativement inaperçu ; il obtient un succès d’estime, mais ne rencontre pas un public énorme. Le disque est réédité l’année suivante – par Columbia (la maison de disques de Johnny Cash, qui signe les notes sur le dos du LP) sous le nom Me & Bobby McGee : cette fois, le succès populaire est phénoménal, et lance véritablement la carrière de Kristofferson.

Le parcours de Kristofferson est atypique : fils d’un général de l’armée de l’air – et ancien militaire lui-même, il a étudié la littérature à Oxford, et devait partir enseigner à West Point lorsqu’il a brusquement démissionné, afin de se lancer dans une carrière artistique. Il enchaîne différents boulots avant la sortie de ce disque (notamment celui de pilote d’hélicoptère). Son premier album est un coup de maître : ses textes sont d’une qualité remarquable, sa voix basse et touchante est accompagnée par un groupe country-rock efficace. Dès les premières secondes, on est frappé par l’efficacité et la précision de l’écriture : « Mister Marvin Middle Class is really in a stew / Wond’rin’ what the younger generation’s coming to / And the taste of his martini doesn’t please his bitter tongue / Blame it on the Rolling Stones. » La voix est basse et profonde, le groupe lance le refrain en se prenant pour l’Armée du Salut : « Blame it on the Stones » est un excellent morceau, qui ouvre un très bon album. Quel que soit les thèmes sur lesquels Kristofferson chante (des chansons d’amour, des satires sociales, ou encore les mésaventures diverses de personnages inadaptés à la société), il semble conserver une certaine distance vis-à-vis de ses chansons… Le chanteur, déjà âgé de 34 ans à la sortie du disque, apparaît par moments désabusé et mélancolique, et se permet des enchaînements extraordinaires d’une phrase à une autre : « I don’t care who’s right or wrong / I don’t try to understand (…) Yesterday is dead and gone / And tomorrow’s out of sight / And it’s sad to be alone / Help me make it through the night. » (« Help me make it through the night »).

« Sunday Morning coming down » est encore un excellent morceau, avec un orgue qui vient s’ajouter à l’orchestration habituelle sur ce disque ; le chant est tranquille et élégant, à l’image de cet album qui, sous un aspect relativement classique, recèle des morceaux prodigieux… Par exemple, « The Law is for protection of the people », au rythme syncopé et aux textes cyniques percutants : « ’Cos the law is for protection of the people /  rules’re rules and any fool can see / We don’t need no hairy headed hippies /  scaring decent folks like you and me no siree ». Autre morceau marquant, « Best of all possible worlds », ou comment faire référence à Voltaire en racontant une cuite qui se termine par un séjour à l’ombre, avec des textes (une nouvelle fois) prodigieux. Malgré les ennuis divers et le traitement reçu, le personnage conserve sa ligne de conduite avec un entêtement magnifique : « I said I knew there was somethin’ I liked about this town / But it takes more than that to bring me down down down / Cause there’s still a lot of wine and lonely girls in this best of all possible worlds ». Impossible de parler de cet album sans évoquer la chanson « Me and Bobby McGee », magnifique ballade, à l’orchestration délicate : la basse, la batterie, la guitare acoustique et un harmonica plaintif offrent à cet extraordinaire chanson un accompagnement parfait.

La réédition de ce disque en CD – dans l’excellente collection « American Milestones » de Columbia, n’offre pas moins de quatre chansons, dont une porte l’un des meilleurs titres de l’histoire : « The Junkie and the juicehead, minus me ». Les trois autres morceaux sont plus que des pistes de remplissage, et confirme tout le bien que l’on pouvait penser de Kristofferson après l’écoute de son premier album.

 

 

Liste des chansons :

LP original :
1.    Blame it on the Stones *
2.    To Beat the Devil *
3.    Me and Bobby McGee *
4.    Best of all possible worlds *
5.    Help me make it through the night
6.    The Law is for protection of the people *
7.    Casey’s last ride
8.    Just the other side of nowhere
9.    Darby’s castle
10.    For the good times
11.    Duvalier’s dream
12.    Sunday Morning coming down

Version CD Columbia “American Milestones”
13.    The junkie and the juicehead, minus me *
14.    Shadows of her mind
15.    The lady’s not for sale
16.    Come sundown

 

Vidéos :

« Me & Bobby McGee »

 
« Sunday Morning Coming Down » en duo avec Johnny Cash
 
 
« Help Me Make It Throught The Night »
 
 

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

7 Comments

  1. Aucun commentaire et pas l’aprobation du gang des canards pour un des plus grands disques de l’histoire de la country ? Me voilà à la rescousse pour corriger cette iniquité (enfin la premiere). Je n’ai rien à dire, mais je le dis !

  2. C’est difficile de commenter si on ne connais pas le disque, il n’y a aucun lien sur l’artcle. C’est marrant je viens d’acheter un disque country a tout hasard il y a quelque jours…

  3. C’est marrant, j’avais jamais écouté cet album malgré pluseurs lectures de cet article…puis j’ai regardé « J’ai toujours rêvé d’être un gangster » dans lequel on peut entendre « Casey’s last ride » et j’ai cherché à en savoir plus sur cette chanson…ce qui m’a ramené ici. Trop fort Planetgong !

    L’album est très plaisant évidemment!

  4. Et bien pour être honnete disons qu’il y a aussi bien parmi les autres outlaws… Mais mieux, non, certainement pas ! Le vieux Kris est pour le moins le meilleur auteur/compositeur de la bande.

  5. « Casey’s last ride » magnifique chanson qui semble avoir inspirer une partie de « one more cup of coffee » de Mister BOB DYLAN en 1975.
    C’est plaisant d’écouter ces deux chansons à la suite.

  6. Kristofferson est un peu le « parrain » oublier de tout ce qui est americana. Même ses ainés l’ont repris et pillé jusqu’à plus soif. Je ne vois pas d’autre songwriter aussi important dans le
    domaine.

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