KULA SHAKER – K 2.0 Le retour du retour du retour

(Strangefolk 2016)

C’est une phrase qu’on sort tous les 5 ans mais dont on ne se lasse pas : Kula Shaker est de retour ! Avec un nouvel album ! Et une tournée ! Et l’album s’appelle K2.0 ! Et… hein ? K2.0 ? Comme un reboot du premier album ? Arrêtez tout !

Qu’on se rassure, contrairement a ce que son titre implique, K2.0 n’est pas une version revue et augmentée de K, le premier album du groupe. Car croyez-nous, si la clique PlanetGong compte quelques-uns des défenseurs les plus acharnés du groupe de Crispian Mills (du genre à se friter régulièrement en 2000 avec des fans de Radiohead qui avançaient que Kid A était le seul disque potable des 3 dernières années ou à défendre le groupe contre vents et marées alors qu’il figurait régulièrement dans des listes de « worst bands » ou « worst albums »), le premier album du groupe reste difficile à écouter sans grincer des dents. Trop de patchouli, trop de chansons qui ne vont nulle part, le tout enrobé dans une production 90s qui a mal vieilli. Evidemment, l’album contient quelques-uns des tubes absolus du groupe (« l’inévitable « Tattva », « Grateful When Your Dead », la mystique « Govinda »), mais on n’arrive plus aujourd’hui à l’écouter d’une traite.

Kula Shaker est donc de retour. Pour la troisième fois. Et le pire dans tout ça, c’est qu’on est encore tombé dans le panneau. Il faut dire aussi que les deux retours précédents avaient de la gueule : Strangefolk et Pilgrim’s Progress sont deux albums magnifiques, ou le groupe trouve l’équilibre parfait entre mélodies subtiles, jams psychédéliques et moments d’héroïsme (citons pêle-mêle des chansons telles que « Peter Pan RIP », « Shadowlands » ou encore « Second Sight »).

A la différence des résurrections précédentes, il semble cette fois-ci que le groupe soit là pour durer. Il s’est entouré d’une solide équipe promo, d’un tour manager qui le fait enfin sortir de Grande-Bretagne. Bref, il s’est professionnalisé. On a ainsi eu le bonheur de pouvoir enfin voir le groupe sur scène en France, plus de vingt ans après son dernier passage. On y a retrouvé un groupe en grande forme, qui n’a pas hésité à envoyer ses classiques tels que « Great Hosannah » (sur Peasant, Pigs & Astronauts) et « Tattva » mais qui a totalement occulté les titres de Strangefolk, pourtant l’album préféré des fans de toujours.

On pourra arguer que les chansons douces qui peuplent cet album ne sont pas les mieux adaptées du répertoire du groupe aux grands concerts, mais cette absence révèle surtout le fait que Kuka Shaker sont revenus à un son plus emphatique, plus proche de celui de leur premier album K. D’où le titre K2.0 de ce nouvel album, dont le visuel de pochette est a l’image du contenu : coloré, empli de références indiennes, fouillis, surchargé.

Sur K2.0, Kula Shaker sont repassés en full baba cool mode. Le premier morceau « Infinite Sun » annonce la couleur avec son mantra aux paroles cosmico-nanardes : « We are one infinite sun, fly like an eagle ». Vole comme un aigle donc, nous dit cet album en guise d’introduction avant de partir dans une mélodie certes accrocheuse, mais desservie par un groupe qui manque de punch.

C’est tout le problème de ce K2.0 : quand il tente de partir dans des morceaux psychédéliques, le groupe tire souvent à blanc. Son manque de nerf tire la musique vers le prog, et le groupe s’égare dans des envolées qui ne décollent pas vraiment (il vole plus comme un dindon que comme un aigle à vrai dire). Comme toujours, le groupe trouve son salut dans ses mélodies, en particulier les plus délicates, qu’il sait toujours magnifiquement mettre en valeur. A ce titre « Holy Flame », « High Noon », et « Oh Mary » sont superbes. 

Malheureusement, quand tout va musicalement, ce sont souvent les textes de Crispian Mills qui déraillent. Outre « Infinite Sun », l’album contient quelques moments gênants. Les paroles de « My Demons », chanson sur l’addiction, la santé mentale et la dépression, sont d’une naïveté déconcertante et amenuisent l’impact d’un morceau à la construction magnifique. Surtout, le groupe propose un paire de morceaux vaguement funky (assez proches de K dans l’esprit) qui s’avèrent assez poussifs, comme « Get Back Get Ready ».

Bref, le dernier retour en date de Kula Shaker a accouché d’un album agréable mais étrangement oubliable. Petit sondage : un peu plus de six mois après sa sortie, qui écoute régulièrement ce disque ? Pas nous.

 

 

Tracklisting

1. Infinite Sun
2. Holy Flame *
3. Death of Democracy *
4. Let Love B (with U)
5. Here come my Demons
6. 33 Crows
7. Oh Mary
8. High Noon *
9. Hari Bol (the sweetest sweet)
10. Get Right Get Ready
11. Mountain Lifter

 

Vidéos

« Infinite Sun »

« Let Love Be (With U) »

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

Soyez le premier à commenter

Laisser un commentaire