LA FEMME – Mystère Presque parfait

(Born Bad 2016)

Ils avaient fait sensation en 2012 avec un premier EP aussi inattendu que flamboyant qui mêlait surf-music et new wave dans un formidable élan électronique. Visuels forts, nom malin, gimmicks marquants, chansons mémorables : La Femme était le grand groupe français de demain, celui qui allait créer un nouveau paradigme dans le milieu obtus de la pop française. 

Les années passant, l’aura mystique autour du groupe s’est peu à peu estompée. La faute à une communication mal maîtrisée (notamment sur Facebook où les posts écrits dans un français à la syntaxe approximative n’ont pas aidé), à un premier album qui a mis bien trop longtemps à sortir, et dont la durée trop longue rendait l’écoute pénible. Il y avait de belles choses dans Psycho Tropical Berlin, de belles idées, des élans gainsbourgiens inspirés (notamment la splendide « Hypsoline« ), mais le grand album français tant attendu n’était pas celui-là.

Trois ans après cette demi-réussite, La Femme revient avec un deuxième album que la presse musicale s’est empressée d’adouber avec un enthousiasme non feint. On la comprend, car « Mystère » est un album à la patine magnifique, empli de mélodies immédiates, mises en valeur par des instrumentations subtiles. On retrouve les surf-songs qui nous avaient fait craquer (« Où va le monde »), ces titres pop-électroniques mutants à l’efficacité diabolique (« Sphinx », la funky « SSD »). Mieux, sur cet album La Femme tente des choses nouvelles qui fonctionnent, comme ces ballades acoustiques aux mélodies douces (« Le vide est ton nouveau prénom »).

Tout cela serait formidable, si le groupe était capable d’écrire des textes à la hauteur de sa musique… Avant d’entrer dans les détails, saluons le choix du groupe de s’exprimer en français, une approche courageuse dans un pays où la plupart des groupes prétendent que « le français ne sonne pas avec du rock » (z’ont jamais écouté Dashiell Hedayat ceux-là…) et chantent en anglais des textes écrits en 3 minutes sur un bout de nappe pour cacher leur incompétence. Que ce soit clair, on ne demande pas à La Femme d’écrire comme Thiéfaine, mais simplement de ne pas tomber dans des facilités d’écriture navrantes. Par le passé, la sécheresse d’un texte comme celui de « Sur La Planche » ou « Télégraphe », avec des répétitions de motifs comme des leitmotivs, permettait à l’auditeur de se créer un imaginaire sur les quelques bribes d’information offertes par le groupe et donnait un côté mystérieux au groupe. D’une faiblesse, le groupe faisait une force.

Plus tard, sur des titres comme « Hypsoline » (justement), on avait pu observer que le groupe s’intéressait à faire sonner ses textes – souvent au mépris total du sens – mais il lui arrivait que ces glissements sonores de toucher quelque chose de brillant (« Infidèle amour tendre, regard noir, mémoire blanche« ) tout en flirtant parfois du côté obscur de Boby Lapointe (« Sur la digue ils se liguent, pour la guilde guide le guide« ). Mais sur Mystère, on trouve des textes parfois tellement ratés que l’ensemble en pâtit. On grince des dents à l’écoute de certains passages, comme celui où la chanteuse ne veut plus être « la bonne poaaaaaaare » ou lorsque le narrateur devise de la poitrine de sa petite-amie (« Je le prends dans mes mains pour être sûr que je ne rêve pas, ils sont pas gros mais tellement beaux, c’est les seins de Tatiana« ). Simples exemples parmi d’autres, tant l’album est empli de ces sorties de routes. Par ailleurs, le fait que le chant du groupe soit mal-assuré n’aide pas (les membres de La Femme ne sont pas des grands vocalistes).

Certains diront qu’il faut en faire abstraction, que ce n’est que secondaire (ah bon ?), et il est vrai que cet album est indéniablement catchy, mais on est en droit de se montrer exigeant quand on a affaire au groupe rock français le plus populaire et le plus apprécié des critiques. Quand on joue la carte de l’attitude poseuse et qu’on cherche à se voiler de mystère, il faut savoir se montrer irréprochable ou, à défaut, savoir masquer ses faiblesses.  

 

Tracklisting

  1. Sphynx *
  2. Le vide est ton nouveau prénom
  3. Où va le monde *
  4. Septembre
  5. Tatiana
  6. Conversations nocturnes
  7. S.S.D
  8. Exorciseur
  9. Elle ne t’aime pas
  10. Mycose *
  11. Tueur de fleurs
  12. Al warda *
  13. Psyzook
  14. Le chemin
  15. Vagues

 

Vidéos

« Où va le monde ? »

 

« Sphynx »

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

4 Comments

  1. J’avais eu peur sur cette album, et ils ne se sont pas vautrés comme tant de groupe prometteurs l’ont fait. Je préfère un poil le premier, mais je commence à découvrir des chansons qui ne m’avaient pas frappé (« Le Chemin », « Al Warda »..), signe d’un album de qualité, quand les écoutes s’étalent et les surprises perdurent.

    Moi elle me font marrer les parole sur les seins de Tatiana, c’est brut, c’est con, c’est basique, j’ai envie de dire un truc hyper cliché « c’est rock’n roll » (pour le coté simple, con, et bon).

    Et chanter en français, chapeau. Surtout que chanter dans une langue qui n’est pas maternelle, ça limite le champs poétique, et les groupes font généralement de l’ultra-basique « I used to love her but she left meee! ».

  2. En même temps si la presse musicale se masturbe intellectuellement pour sortir des trucs comme « La Femme est l’avenir du rock français » ou « la relève pop », ou que sais-je … Ce n’est pas leur faute. Ils étaient attendus comme des poulains aux hormones qui trusteraient un jour le TOP 50. Je ne pense pas que ça soit la volonté du groupe de « se montrer irréprochable ou, à défaut, savoir masquer ses faiblesses ».

    Leur univers est foutraque et sensible. Les paroles de leurs chansons sont bancales, comme leur communication et leur live. Leurs visuels sont imagés et singuliers. Je trouve ce groupe jeune, créatif, fun et non formaté. Ils font ce qui leur plait, en y mettant du leur, et ça se sent.

    Et je pense que chanter en français est un très bon choix. C’est une belle langue, complexe, nuancée, mélancolique …

    • Ah oui je suis d’accord, chanter en français est un choix louable : il n’y a rien qui m’insupporte plus qu’un groupe français qui baragouine laborieusement en anglais.

      Le problème de La Femme ne tient à nos attentes, ou celles de la presse, mais de l’attitude de ce groupe qui n’hésite pas à fanfaronner ses ambitions en interview et possède une attitude poseuse, voire hautaine sur scène. Bref, ils roulent des mécaniques, ce qui ne me dérangerait pas outre mesure si le groupe assumait derrière.

      Il y a mille groupes qui ont des univers mal branlés, qui font des numéros d’équilibristes pour ne pas tomber dans la niaiserie et qui parviennent à emporter le morceau. Le nouvel album de Wesley Gonzales de Let’s Wrestle en est un exemple parfait. Il chante des textes magnifiques sur des belles mélodies, et il bricole autour. Formellement c’est merdique, mais il y a une magie qui naît de ses ratés.

      La différence avec La Femme, c’est qu’il ont des hautes ambitions esthétiques – il n’y a qu’à voir le soin apporté à leur son, le côté clinquant de leurs clips. C’est super bien fait, c’est souvent impressionnant. En fait, c’est l’opposé de Let’s Wrestle : formellement c’est splendide, mais les textes ne racontent rien.

      Alors certes, on peut faire abstraction des textes (à titre personnel je n’y arrive pas). C’est vrai que La Femme sont des faiseurs de sons surdoués (je le dis dans l’article) mais à titre personnel je préférais quand il se montraient plus minimalistes dans leur écriture (cf « Télégraphe » ou « Sur la planche »). C’était mille fois plus efficace.

Laisser un commentaire