THE LOOKERS – Never Had Control John Peel's latest fav

(Bloody Mary Records 2014)

Pas facile de se faire un nom dans le petit milieu du rock’n’roll français quand on vient du Sud… Loin de Paris et de son réseau influent, loin de Rennes et de son émulation, certains groupes talentueux tracent leur route sans nécessairement recueillir les éloges qu’ils méritent de la part de leurs compatriotes. Conséquence directe de cette tendance : les orchestres en question se font d’abord connaître à l’étranger, à l’instar des Limiñanas (Trouble In Mind) ou des Grys-Grys (Dirty Water).

C’est aussi le cas de The Lookers, très jeune groupe issu de Ciboure – une petite ville basque située à quelques kilomètres de la frontière espagnole – dont les blogs ou la presse de France ne parlent que très peu1. Le trio travaille pourtant d’arrache-pied depuis 2011, a sorti trois 45 tours, et la liste des groupes dont il a fait la première partie est hallucinante : The Remains, The Undertones, The Flamin’ Groovies, The Buzzcocks, Redd Kross, The Richmond Sluts, Mikal Cronin… Seulement voilà : ces premières parties n’ont pas eu lieu en France, mais chez nos rudes cousins Ibères, où la qualité du trio paraît assez largement reconnue. Et parce que PlanetGong en a marre de voir certains de nos plus grands talents migrer vers de lointaines contrées, nous avons décidé, avec tout le panache qui nous caractérise, de vanter la valeur des Lookers à l’intention de notre ingrate nation.

Le dernier effort du groupe, Never Had Control, est un 10″ publié sur Bloody Mary Records (un label espagnol…) en toute fin d’année dernière. Pour faire court et éviter à nos lecteurs les plus fainéants la lecture des trois paragraphes suivants : c’est une réussite complète et revigorante, qui voit The Lookers franchir un gigantesque palier par rapport à leurs 45 tours précédents. On imagine ainsi sans la moindre peine que ces Basques ont fait bonne figure en première partie des Undertones, tant ils en sont les dignes descendants : comme chez leurs mythiques ancêtres irlandais, les mélodies pop sont emmenées par une urgence punk jubilatoire (ces « papapapa » débiles à souhait sur « Like Nobody Else » !), le chant retrouve les intonations gouailleuses et la voix étranglée caractéristiques de Feargal Sharkey, et la production, pourtant sobre et claire, parvient à rendre parfaitement l’énergie rock’n’roll du trio.

Écrire d’excellents morceaux inspirés par les Undertones – et leurs comparses de l’époque – est déjà une belle idée en soi, mais The Lookers sont suffisamment doués pour ne pas se satisfaire du statut de sympathique ersatz. D’abord, le groupe part parfois dans de véritables déchaînements rock’n’roll qui l’inscrivent dans la scène garage contemporaine, comme le prouve le morceau de clôture « Higher » sur lequel le trio donne l’impression d’emmener le morceau « plus haut » (tout bêtement) à grands coups de solos à la Chuck Berry et de hurlements juvéniles. Soulignons également l’excellence des trois musiciens : la guitare est cinglante et concise, le chant racé (sur la belle « Time to Work », cette voix éraillée fait des merveilles), la section rythmique, enfin, époustouflante. C’est peut-être l’atout majeur des Lookers : sur l’ensemble de ce Never Had Control, des lignes de basse monstrueuses propulsent les morceaux à une vitesse folle, leur conférant une énergie garage supplémentaire en même temps qu’une assise rythmique et mélodique souveraine. S’il fallait une preuve de l’importance du bassiste dans un groupe de rock, en voici une éclatante : cette basse-là pourrait rendre digne d’intérêt n’importe quel morceau punk de médiocre qualité.

Or, répétons-le, les morceaux présents ici ne sont pas de « médiocre qualité ». C’est simple, malgré la sophistication de l’ensemble, rien ne paraît forcé et les quatre titres ont des allures de gros tubes (seul « Higher » est peut-être un peu en dessous, et encore…). Difficile de trouver quelque chose à redire à un tel déferlement d’enthousiasme adolescent, à la fois naïf et malicieux, propre aux jeunes groupes sûrs de leur force. Comme les Lookers ont en plus l’air humble et sympa comme tout, nous ne nous fatiguerons pas à chercher quelque défaut dans ce disque et nous contenterons, un peu hagards, d’en saluer l’excellence. Concluons donc cette chronique par les seuls mots qui nous viennent à l’esprit une fois Never Had Control achevé : vivement l’album !

 

 

Tracklisting :

A1. Like Nobody Else *
A2. Time to Work 
B1. Never Had Control *
B2. Higher

1 Heureusement, il y a les copains de Rawpowermag : http://www.rawpowermagazine.com/2014/07/qualite-made-in-france-acte-iv.html

Vous pouvez écouter en intégralité et vous procurer Never Had Control sur le bandcamp du groupe :

 

Vidéo :

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

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