MIKAL CRONIN – MCIII Cul-de-sac

(Merge Records 2015)

Mikal Cronin est un saligaud. Lors des premières écoutes de MCII, déjà, on n’avait pu retenir quelques gémissements plaintifs : « Pourquoi, Mikal, pourquoi as-tu fait caca sur le beau tapis ?! » Était-ce lié au manque d’accoutumance à pareil son, très marqué années 90 ? Probablement. On avait néanmoins fini par apprécier cet album – par le chérir, même –, en faisant abstraction des morceaux véritablement mauvais (l’innommable « Piano Mantra ») et en s’inclinant devant l’évidente beauté des mélodies, chargées d’une mélancolie délicate. Un plaisir coupable que l’on ne retrouvera pas avec ce MCIII. Ici, point de salut : le naufrage est complet.

On ne sait par quoi commencer : la pochette, peut-être, cette immondice douloureuse pour l’oeil qui annonce fidèlement la couleur de ce qui va suivre  ? Les déclarations d’intention accompagnant la sortie de l’album sur le site de Merge (« the album is also a deliberate attempt to simply ‘go big‘ ») ? Les premiers extraits délivrés sur le net, dévoilant un hybride entre le pire de l’indie américain des 90s et une écoeurante variétoche ? Tout laissait présager du pire et, de ce point de vue, on n’a pas été déçus.

« Turn Around », premier morceau du disque, confirme déjà toutes nos craintes. A l’écoute des violons lancinants et de la batterie pachydermique qui lancent le titre, on se demande si l’on n’a pas été victime d’un internaute blagueur qui nous aurait refourgués le Viva la Vida de Coldplay. Le morceau annonce tous les défauts du disque à venir. Le plus frappant d’entre eux réside dans les extraordinaires excès commis par Cronin en matière de production. Le son est boursouflé (la guitare sur « Made My Mind Up », pas si éloignée de celle de Joe Satriani), gonflé aux arrangements, saturé d’instruments.

Il y a quatre ans, Cronin faisait décoller un morceau par la grâce d’un sifflement (« Hold On Me », sur son premier essai) ; aujourd’hui, pour parvenir aux mêmes fins, il a recours à quatre violons, un alto, un saxophone, un cor, une trompette ou un tzoura. Et qu’il ait lui-même joué de tous ces instruments ne change rien à l’affaire : tout cela est poussif, et très laid. Une grande partie de ce qui faisait le charme de son premier album – la volonté de confectionner une symphonie lo-fi, brillante mais bancale, qui laissait un peu de place au hasard et à l’erreur – est ici cruellement absente. C’est d’autant plus dommage que lorsque Mikal chante seul avec sa guitare (sur les intros, en particulier), les belles suites d’accord et les jolies mélodies nous font vaguement espérer une sortie du tunnel (« Feel Like », « i) Alone »). En vain, cela va sans dire : le gros cul refait son apparition dès les premiers refrains et écrase tout sur son passage.

Un autre défaut majeur est à relever : l’esprit de sérieux. Passons outre les velléités symphoniques décrites plus haut ; oublions l’idée foireuse de la « concept face » (toute la seconde face est dédiée à la description des états d’âme du Californien, ce qui est censé lui donner une cohérence particulière et justifier des chiffres romains avant les titres) ; qu’il nous ressorte le coup du garçon mal dans sa peau passe encore (Eels l’a fait honorablement pendant 15 ans) ; faire tout cela sans la moindre once de finesse et d’humour est en revanche un poil dérangeant. Ce manque de subtilité est parfois proprement affligeant : ainsi avons-nous du mal à retenir des rires nerveux à l’écoute de la larmoyante « v) Different », qui nous refait le coup de « Piano Mantra » mais avec des violons (c’est pire, Mikal, c’est pire), ou lorsque Cronin beugle sur ses refrains des choses aussi embarrassantes que « I feel like I’m dyin’ » (« Feel Like »). Car quand ce n’est pas la musique qui rend les morceaux mauvais, ce sont les paroles. On était pourtant habitués à son premier degré qui frôlait parfois le caricatural. Ici, il ne le frôle plus, il l’enfonce carrément. Même les Smashing Pumpkins étaient plus réservés.

On aura tôt fait de voir dans ces excès un signe d’impuissance en ce qui concerne l’écriture même des chansons, et on aura sûrement raison. Il est troublant de constater combien les formules de ce nouveau disque sont similaires à celles entendues dans MCII : mêmes structures, mêmes thématiques, mêmes lignes mélodiques, usage systématique du loud/quiet… On retrouve jusqu’aux deux ou trois soli de guitare rageurs qui apportent la caution « garage rock » à l’ensemble. Chaque morceau de MCII a ainsi son jumeau dans MCIII, situé à peu près au même endroit dans le disque de surcroît (« I’ve Been Loved » qui offre la respiration acoustique en milieu de disque comme « Peace Of Mind » autrefois, ou bien la ballade tire-larmes en fin d’album). Les formules sont scrupuleusement identiques, seule change la quantité de gras qui les habille. La dernière chanson, « vi) Circle », est la seule qui fait preuve d’un peu de retenue. C’est trop tard, bien sûr.

Critiquer si négativement Cronin fait mal au cœur. Fondamentalement, lui et sa musique sont très attachants (contrairement à ce que pourrait laisser penser cet album, il a l’air doté de beaucoup d’humour et de recul) – ce qui rend MCIII d’autant plus irritant : il nous présente une facette de sa personnalité que l’on préférerait ne pas connaître. On est à cet égard surpris par l’indulgence de la critique vis-à-vis de ce disque : Coldplay sortirait un truc pareil, on ne donnerait pas cher de leur peau. MCIII est un album scolaire et de mauvais goût, qui tient avant tout de l’exercice de style et s’avère parfaitement inutile lorsqu’on possède déjà le précédent (qui proposait les mêmes chansons en plus subtiles). Au vu de la trajectoire de Cronin (toujours un peu plus de gras sur la prod), on s’inquiète franchement pour le quatrième album, qui risque bien de nous donner à entendre des choeurs gospel sur une reprise de « La Chevauchée des Walkyries » avec Eddie Van Halen en guest…

 

 

Tracklisting :

  1. Turn Around
  2. Made My Mind Up
  3. Say
  4. Feel Like
  5. I’ve Been Loved
  6. i) Alone
  7. ii) Gold
  8. iii) Control
  9. iv) Ready
  10. v) Different
  11. vi) Circle

  

Vidéo :

« Turn Around »

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

1 Comment

Laisser un commentaire