Mundy’s Bay + Off Models + Lemon Swell @ Olympic Café (31 novembre 2017) Halloween party

Ce soir d’Halloween les trottoirs qui bordent l’Olympic Café ne sont pas très remplis. Gageons que la main courante pour la prochaine fermeture administrative s’allongera un autre soir que celui-là, et que les nouveaux propriétaires-riverains du coin dormiront aussi bien que si on les avait expulsés de force dans la banlieue résidentielle de Dijon ou, puisqu’il est permis de rêver, que s’ils gisaient dans une fosse commune au fond d’un terrain vallonné. On retarde un peu l’heure du concert, en attendant ceux qui arrivent toujours au moins 30 minutes après les horaires annoncées. Tant pis pour ceux qui arriveront après. On passe le bar et quelques personnes qui dînent au restaurant, on descend les marches. À Paris les musiques à guitare se vivent sous terre, au chaud et à l’étroit, dans cent sous-marins suants.

Sur le carrelage à mosaïque de notre Nautilus, un public épars observe les musiciennes du premier groupe, qui vérifient leurs branchements : une batteuse qui porte un blouson orange et un serre-tête d’où pendent comme des antennes deux citrouilles coruscantes, et un guitariste vêtu de blanc, les yeux cernés de maquillage noir. Ça ne sourit pas beaucoup et ça a pourtant l’air très gentil. Le public n’a pas fait d’effort ; il est habillé en jean et boit des bières, comme d’habitude. À l’allure du groupe — une batteuse debout ça veut dire beaucoup —, certains auront peut-être deviné que Lemon Swell fait de la pop lo-fi. Les chansons sont toutes petites, très indolentes, rappellent parfois les californiens Tomorrows Tulips ou les parisiens Chiens de Faïence. Trois mètres sous la surface du bitume froid, on reprend les Beach Boys entre deux chansons sur l’eau salé et les grains de sable. Assis dans une chaise en bois très dur tout au bout de la salle afin de réduire la stimulation de ses tympans (il a oublié ses bouchons d’oreille et le bar n’en a plus), votre chroniqueur passe un moment fort agréable mais regrette de ne pas avoir pris son oreiller pour se caler convenablement.

On passe sur la pause car le deuxième groupe arrive très vite. On regarde désormais quatre guerriers valentinois (Valence, Drôme, en bas à droite) et une chanteuse charismatique, qui galopent depuis une semaine sur les routes de France. Entre Weezer et les Breeders, les cinq locomotives d’Off Models jouent leur rock’n’roll avec la foi de charbonniers. Leur chansons sont rondes et gaies, presque oranges. Les parisiens, ne sachant comment réagir devant tant d’énergie, commencent avec quelques hésitations à bouger les jambes. Vingt minutes plus tard, les premiers rangs sont à deux doigts d’inventer le twist, et de grands verres en plastique, vides, s’accumulent sur les bords de la scène. Moi-même regrette un peu mon tournant straight edge, entamé dimanche dernier à 12h36 (heure d’hiver). Un feu se déclare dans les entrailles de la salle. On s’assure que la fumée reste cloisonnée au niveau de la salle fumeur, après tout ça semble logique, et on continue.

Deuxième tiers-temps, on remonter chercher un peu d’air frais, on entame la discussion avec un cinquantenaire doté d’un catogan et d’un chapeau ; avec beaucoup de gestes, il me dit qu’il a arrêté la cigarette ; désormais il sniffe, prend des buvards, des champis, bref, conclut-il, il est en plein effervescence créatrice ; je lui répond que j’ai oublié mes bouchons d’oreille et que je ne bois pas de bière ce soir. Le troisième groupe, venu de Montréal, capitale du Québec libre, galope avec les seconds. Tous ensemble, ils galoperont encore quelques jours, et comme c’est incroyablement bien, vous gagneriez d’aller les voir si ça passe chez vous. Un petit miracle s’accomplit : Mundy’s Bay s’inspire de la new wave, des Cure et de Joy Division, bref de tout ce qui, aujourd’hui — et hier aussi, à la réflexion — se chante en geignant, s’accompagne à la guitare papier-peint et se révèle incapable de tenir sur scène, surtout si celle-ci n’a pas l’acoustique d’une SMAC. Or la section rythmique, excellente, creuse le même sillon que la précédente et les proto-twisters continuent de proto-twister. Les inflexions de voix à la Siouxsie ou les sons de clavier sorties du Running up that hill de Kate Bush accrochent jusqu’au spectateur fatigué malgré son mode de vie sain et dont l’organisme dépourvu de toxines, reposé sur le mur de gauche, se tient de moins en moins droit.

En ce 31 octobre, le Pitchfork Avant-Garde festival bat son plein (c’est ainsi, aujourd’hui, qu’on appelle des concerts ayant lieu dans des bars relativement proches) et on est bien content d’avoir préféré les trois groupes dont on avait à peine entendu parler jusque là. Après avoir pris congé des amis et adressé quelques compliments aux chanteuses et instrumentistes qui devisent sur le trottoirs, on rentre tranquillement, croisant les fantômes et sorcières qui remontent la rue Stephenson.

1 Comment

  1. Bonjour , Un compte rendu de concert ou vous avez globalement passé une excellente soirée !
    Cela fait un sacré bail que je n’ai pas vécu ce genre d’événements .Merci à vous ,je m’inquiété de ne plus
    recevoir des nouvelles de « PLANET GONG » …

Laisser un commentaire