NATURAL CHILD – Okey Dokey The nice guys

(Natural Child Records and Tapes 2016)

Natural Child est sans conteste le groupe le plus cool au monde ; le groupe que le Dude écoute probablement en ce moment même, où qu’il se trouve. C’est ainsi : il suffit de poser un disque de Natural Child sur la platine et l’on se retrouve plongé dans un état de torpeur exquise, submergé par l’impression qu’il ne peut rien nous arriver, qu’on se trouve dans un endroit qui ressemble à la Louisiane, à l’Italie. Quelque soit son humeur ou le moment de la journée, écouter Okey Dokey donne le sentiment de vivre l’un des moments les plus beaux et tranquilles de sa vie.

Natural Child est un trio originaire de Nashville, formé il y a sept ans et qui s’est fait connaître en publiant quelques-uns des meilleurs disques du catalogue de Burger Records : la triplette For the Love of the GameHard In Heaven et Dancin’ With Wolves, dont nous n’avons pas parlé en ces pages par l’unique faute d’un malheureux concours de circonstances que nous vous raconterons sûrement un autre jour (comptez sur nous). Progressivement, il est devenu l’une des plus belles anomalies officiant au sein du label californien, celui-ci étant plutôt peu habitué à soutenir des artistes de blues ou de country laid-back, genres dans lesquels évolue Natural Child. (Ce qui rapproche de la manière la plus évidente les deux parties, à vrai dire, est leur attrait commun pour l’herbe grasse, qu’aucune ne garde secret1.)

Alors que la plupart des groupes contemporains ont pour habitude de se vautrer après deux ou trois albums de bonne qualité (on ne citera pas de noms, par respect pour les Growlers), Natural Child présente la particularité de livrer à chaque nouvel album une copie plus brillante encore que la précédente. Dancin’ With Wolves était déjà l’un des meilleurs disques de l’année 2014 et pouvait donner l’impression que les trois hommes étaient parvenus à maturité ; Okey Dokey, que le groupe publie cette fois sur son propre label, le surpasse pourtant.

Comme sur Dancin’ With Wolves, l’album s’ouvre avec l’un des meilleurs morceaux du disque. En 2014, c’était la groovy « Out In The Country », c’est ici la merveilleuse « Sure Is Nice » : quelques notes guillerettes au clavier lancent l’affaire, rejointes par des arpèges de guitare et quelques accords indolents. L’hirsute Wez Traylor, de sa voix haut perchée, susurre ensuite des paroles irrésistibles de drôlerie. Le chanteur y énumère les conditions de son bonheur : assez d’argent pour vivre aisément, un chez-soi idyllique, une « sexy sweet woman » et… un peu de tranquillité lorsqu’il défèque (« You know it sure is nice / To have a place to sit / You can leave me alone / While I’m taking a shit »). Beaucoup de ce qui rend Natural Child si attachant est contenu dans cette chanson : une douceur enveloppante, une atmosphère enfumée et un groove serein, couronnés d’un humour faussement bêta.

Le morceau suivant est une réussite du même calibre. « NSA Blues », comme son nom l’indique, est une critique du système de surveillance américain, une nouvelle fois effectuée avec humour. Cette fois-ci, c’est la basse qui brille par sa nonchalance et la tranquillité qu’elle dégage. Puis Natural Child rappelle qu’il excelle dans différents registres avec « Out of Sight », boogie lysergique bourré d’effets menaçants. « Now And Then », avec son piano bastringue et son chant jaggerien, sonne comme un décalque brillant des Stones de Let It Bleed. Le groupe enchaîne les fulgurances les unes après les autres, chaque morceau se distinguant des précédents par de nouvelles idées brillantes qui le rendent indispensable au reste du disque : la façon dont les trois hommes relancent la machine à chaque fin de couplet sur « Transcendental Meditation », le piano bouillonnant de « Okey Dokey », la cadence débridée de « Juanita », les congas et le solo de clavier sur « Benny’s Here », etc. Les paroles sont invariablement excellentes, et chaque écoute du disque révèle de nouveaux détails musicaux qui suscitent toujours un peu plus d’admiration.

Pour la première fois de sa carrière, le trio marie parfaitement ses penchants West Coast à la country de sa ville. Ceci est peut-être dû à une maîtrise technique toujours croissante, et à une assurance plus grande que sur ses disques précédents. Ici, tout semble simple, dénué du moindre effort, humble. Les 40 minutes d’Okey Dokey passent comme un rêve fluide et engourdi – l’un des plus beaux de l’année, assurément. Si Natural Child continue sur cette lancée, on n’ose imaginer quel sera le niveau de son prochain album, tant celui-ci atteint déjà des sommets proches de la perfection.

 

 

Tracklisting :

  1. Sure Is Nice *
  2. NSA Blues *
  3. Out of Sight *
  4. Now and Then
  5. Transcendental Meditation 
  6. Okey Dokey
  7. Juanita
  8. Self-Centered Blues *
  9. Benny’s Here
  10. It’s a Shame *

1 Nb : sur ce point, rien de bien nouveau au pays de la country nashvilloise.

En écoute :

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

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