THE PIZAZZ – Get Out Of My House Trésor caché

(Burger Records 2010)

Il est quelques disques dont on n’explique pas l’absence en ces pages autrement que par un amour immodéré pour la Suze. Get out of my house, du groupe The Pizazz, est de ceux-là. Paru en 2010 chez Burger Records à une époque où le label californien ne pouvait se permettre que de petits tirages, cet album demeure aujourd’hui encore l’une des plus belles références inscrites à son catalogue.

Get Out Of My House a tout du petit miracle imprévu. On se souvient l’avoir acheté sur la seule foi de sa jolie pochette1 et d’un nom, fièrement arboré par les mecs de Burger et révéré ici-bas : celui de Bobby Harlow, qui s’essayait à la production pour la troisième fois seulement. Depuis, on chérit ce disque comme un secret bien gardé et on le repose sur notre platine très souvent, pour aller mieux ou rêvasser tranquillement.

The Pizazz est un groupe de Detroit qui avait acquis une petite renommée localement mais dont le nom n’a jamais vraiment franchi les limites de sa ville. Un début d’explication à cet anonymat réside peut-être dans le caractère anachronique de sa musique, résolument guillerette. Get Out Of My House est en effet un feel-good album quasi parfait, qui donne à entendre une succession de chansons belles, surprenantes et très bien écrites. The Pizazz y alternent savamment les morceaux énergiques, presque garage, et les titres de sunshine pop pur sucre. Là où la fuzz et les refrains joyeusement stupides de « Livin’ Like Animals » ou « Heartaches & Heart Attacks » incitent à chanter en choeur et à remuer la tête, « Ocean Liner », « Dolphin Patrol » ou « Benjamin Woodruff » tireront aisément, pour leur part, quelques soupirs de contentement aux plus émus d’entre nous. Partout, les harmonies vocales sont très réussies et les hooks remplissent parfaitement leur office. Le groupe, peu avare en particularités, s’accompagne également d’un piano bienvenu qui joue souvent les premiers rôles.

Remarquons de plus que s’armer d’un producteur talentueux fut une idée payante, tant les nombreuses ruptures de rythme et idées dont regorgent les chansons de The Pizazz nécessitaient une mise en valeur à l’avenant. De fait, s’il fallait désigner un album en particulier qui témoigne de l’immense savoir-faire de Bobby Harlow en la matière, c’est probablement vers celui-ci qu’il faudrait se tourner. Ainsi que l’explique Lee Rickard en interview (avec toute la modération qui caractérise les gentils fumeurs de weed de Burger) : « The Pizazz est un bon groupe, Harlow a fait de ce disque un classique. »

Difficile de lui donner tort après avoir écouté Where Have Our Manners Gone ?, premier album du groupe paru en 2007 : on retrouve sur celui-ci plusieurs des morceaux présents sur Get Out Of My House (« Plan B », « Dolphin Patrol »…), mais tout y sonne moins inspiré et aérien. Avec des moyens qu’on devine limités mais grâce à l’apport d’idées simples (des choeurs sur « Dolphin Patrol », un clavecin sur « Crafty Maneuvers »…), Harlow tire le meilleur du groupe, et fait s’envoler ces jolies chansons pop vers d’autres sphères. Elles confinent alors à une certaine forme de perfection, bancale et foutraque mais terriblement attachante. Get Out Of My House est ainsi l’un des meilleurs disques de pop des 10 dernières années.

Malheureusement, l’histoire de The Pizazz s’achève d’une façon qui tranche radicalement avec l’insouciance de cet ultime album : séparés dans des conditions obscures avant que Burger ne devienne hype et ne leur permette une véritable reconnaissance, ses membres demeurent depuis lors inactifs (à notre connaissance). Pire, le batteur du groupe Eddie Altesleben est décédé il y a quelques années à l’âge de 34 ans, causant beaucoup de peine chez tous les amateurs de rock ‘n’ roll de Detroit. Son ancien camarade de jeu au sein des Clone Defects, Timmy Lampinen, lui rend depuis hommage dans les crédits de chacun de ses albums, et a même composé une chanson en son honneur (« Hey Eddie »), parue sur le dernier disque de Timmy’s Organism. Grâce lui soit rendue ainsi qu’au formidable groupe qu’était The Pizazz. Amis lecteurs, faisons enfin découvrir cet album au plus grand nombre, de telle sorte qu’ils ne tombent pas dans l’oubli.

 

 

Tracklisting :

  1. Livin’ Like Animals *
  2. Ocean Liner *
  3. Jenny Says *
  4. Sweater Sleeve
  5. Crafty Maneuvers *
  6. Dolphin Patrol *
  7. Heartaches & Heart Attacks *
  8. Plan « B »
  9. Dudley Moore
  10. Legomania
  11. Benjamin Woodruf *
  12. Laugh Track

1 Une pochette confectionnée par Michael Wartella, allumé notoire, cartooniste renommé et auteur de plusieurs pochettes pour The GO ou King Tuff. On vous recommande chaudement ce retour anthologique sur son oeuvre, publié par Burger : Wartella’s Strip Show.

 

Vidéo :

« Ocean Liner »

« Benjamin Woodruff »

 

Vinyle :

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

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