THE STRYPES – Little Victories Jonas Brothers, le retour

(Virgin 2015)

Nos habituels lecteurs n’ont pas besoin de pareil avertissement, mais de jeunes internautes tombant sur ce site par erreur ne sont peut-être pas encore au courant. C’est donc à eux, prioritairement, que s’adresse cette chronique. Cher lecteur innocent qui t’es perdu dans les méandres du net en cherchant des infos sur ton nouveau groupe préféré, tu viens sûrement de trouver là l’unique opportunité de sauver ta vie du mauvais goût, de l’ignorance et de la vulgarité. N’aie crainte ! PlanetGong est là pour te prévenir et te guider. Sois prudent ! The Strypes, ce groupe que tu aimais tant il y a encore quelques minutes, eh bien voilà… The Strypes puent un peu du cul.

(Je sais, je sais, un rock-critic qui se respecte n’est pas censé écrire « tel groupe pue du cul », mais voyez-vous, je viens d’écouter Little Victories trois fois de suite, alors le respect de moi-même, hein…)

Sous couvert de retour aux sources du rock’n’roll le plus primaire (« The Strypes : le bruit et la fureur », titraient en 2013 les Inrocks, décidément impayables), ces quatre jeunes gens aux tronches de cake et sapés comme des macs commettent en toute impunité d’effroyables méfaits. Il y a deux ans, ces délinquants juvéniles ont fait subir à une musique qui n’en demandait pas tant – le pub rock, pour ne pas le nommer – de terribles sévices : entre reprises de classiques du blues souillées de solos « virtuoses » (lire « démonstratifs ») et compositions personnelles dignes d’Hannah Montana, l’amateur de rock’n’roll s’est senti sali à l’écoute de leur premier album. Il y avait là, en effet, matière à dégoûter de la vie. Toutefois, malgré l’assourdissant concert de louanges dans la presse et le plan marketing béton qui ont accompagné sa sortie, Snapshots a finalement trompé peu de monde et s’est soldé en bon gros bide (5ème des charts UK, pas plus de 4 semaines dans le top 75, c’est probablement mieux que le dernier album de Let’s Wrestle mais sûrement moins que ce qu’espérait Elton John – le manager du groupe, say no more).

Désappointé par cet échec, le groupe (on est tenté d’écrire « les managers qui les manipulent », mais peut-être sont-ils eux-mêmes d’authentiques criminels, après tout) a décidé de faire fi de toute finesse et se vautre avec Little Victories, son nouvel album, dans un rock FM de la pire espèce, rappelant celui qu’on entendait sur Virgin Radio au milieu des années 2000, entre un morceau de Fall Out Boy et un autre des Hoosiers. Visiblement, le garage version Disney ne paie pas ; désormais, The Strypes ne se cachent donc plus derrière Howlin’ Wolf et Muddy Waters pour se donner un cachet d’authenticité – tout juste revendiquent-ils une anglicité factice à base de « Village Green », ça vend mieux outre-Manche. Il est ici question de séduire un public encore non averti et de passer en boucle à la radio.

Pour cela, le guitariste et compositeur du groupe Josh McClorey a mis les petits plats dans les grands et opéré un gigantesque pot-pourri à base de la pop-rock à succès des 20 dernières années : « Get Into It », « Eighty-Four » et de nombreux autres morceaux recyclent avec fadeur les Arctic Monkeys1 des débuts, « (I Wanna Be Your) Everyday » singe une ballade à la Robbie Williams (du sous-Oasis, donc), « Cruel Brunette » commence comme « Seven Nation Army » avant d’enchaîner sur un refrain skate-punk, « A Goodnight’s Sleep… » et son chant vaguement rappé rappellent – comble du malheur – les Red Hot Chili Peppers. Plus grand chose à voir avec le premier album en définitive, exceptés ces quelques ornements vintage (l’harmonica sur « Status Update » ou la guitare slide sur « Now She’s Gone ») qui ne font pas illusion un seul instant au milieu de ce maelstrom sans queue ni tête.

Le son du groupe, quant à lui, se veut à présent inspiré de mastodontes tels que les Queens of the Stone Age ou les Foo Fighters : plus musclé, donc (à l’instar du virage effectué par les Arctic Monkeys en 2009). Dans les faits, c’est seulement gros cul : batterie trafiquée et mixée en avant, sons de guitare louches, refrains beuglés, riffs lourdingues, montées en puissance attendues… tout y passe. A plusieurs reprises, on a ainsi l’impression d’entendre une reprise très fidèle du générique de Téléfoot.

Le groupe, qui a en partie bâti son succès sur la réputation de virtuoses de ses membres, ne peut de plus pas s’empêcher d’en faire des caisses. Si le chanteur n’a visiblement pas fini de muer et affiche des limites vocales assez problématiques quand on ambitionne au rock de stade, le véritable emmerdeur de l’histoire est McClorey qui, non content de composer des morceaux comme un pied et d’écrire des paroles indigentes, nous bassine avec des solos ridicules (« (I Wanna Be Your) Everyday »), probablement destinés à rappeler à l’auditeur que l’étiquette de « petits prodiges » qui leur colle aux basques n’a pas été usurpée. Dans ces moments par trop nombreux, l’auditeur traumatisé se remémore en frissonnant les longues heures passées en compagnie de GGV (Guitaristes à Grande Vitesse) en salle de musique du lycée, et ressent à nouveau ce profond sentiment de vacuité et d’impuissance qu’il a maintes fois tenté d’enfouir. Aussi, nous incitons nos lecteurs les plus curieux (ou vicieux) qui voudraient lancer une oreille à ce disque à sauter tous les passages concernés – pour votre bien.

Difficile de savoir quelle attitude adopter à l’écoute de pareil truc : agacement, consternation, hilarité, ou pitié pour ces quatre braves types, encore ados et probablement pas très conscients de ce qu’ils font ? La lecture de leurs interviews, dans lesquelles les mecs se positionnent comme des rebelles en lutte contre le monde entier, ou leur reprise un peu schizo de « Kick Out The Jams » (sur laquelle nous ne nous épancherons pas, de peur de dépasser les limites), nous font pencher pour la dernière option. Quoiqu’il en soit, malgré ce changement de cap aux ambitions clairement radio-friendly et des qualités musicales toujours plus atterrantes, la presse persiste, inexplicablement, à soutenir la supercherie : Rock&Folk a gratifié l’album de 4 étoiles, Mojo lui a attribué 6/10 et Uncut 7/10. On ne sait pas encore, néanmoins, si tout cela suffira à faire marcher le groupe pour de bon, car – nous avons gardé le meilleur pour la fin – l’album ne contient aucun tube grand public digne de ce nom…

 

 

Tracklisting :

  1. Get Into It
  2. I Need to Be Your Only
  3. A Good Night’s Sleep and a Cab Fare Home
  4. Eighty-Four
  5. Queen of The Half Crown
  6. (I Wanna Be Your) Everyday
  7. Best Man
  8. Three Streets and a Village Green
  9. Now She’s Gone
  10. Cruel Brunette
  11. Status Update
  12. Scumbag City

 

Vidéos :

« Get Into it »

Leur reprise de « Kick Out The Jams » en live, grand moment de n’importe quoi :

 

Wanted :

Si vous croisez cet homme dans la rue, merci de le signaler dans les plus brefs délais aux forces de l’ordre.

 


1 Un groupe dont on sous-estime souvent l’influence néfaste sur la nouvelle génération, cette dernière étant très prompte à écumer les tremplins jeunes en jouant de pâles et tristes redites des morceaux de leurs idoles. A ces groupes, PlanetGong pose la question : êtes-vous bien sûrs d’être pertinents ?

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

3 Comments

  1. Aaaaaah, il me semble que ça faisait longtemps qu’on avait pas eu droit au label « Les disques à balancer par la fenêtre » \o/
    Je viens d’écouter voir ce que ça donne et mon ennui s’est avéré copieux, je ne vous remercie pas, monsieur.

    (c’est vraiment pas une une photo truquée, là au-dessus ?)
    (on était prévenu, ceci dit : « quatre jeunes gens aux tronches de cake et sapés comme des macs »)

    • Je ne vois pas trop le rapporte entre votre commentaire à la syntaxe incertaine et l’article du rédacteur, mais j’en désapprouve le fond : certes la musique ne peut pas changer le monde, mais un morceau peut très bien changer votre vie…

      Quoi qu’il en soit les Strypes ne vont pas avoir de grand impact sur l’histoire de la musique populaire du 21e siècle.

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