TY SEGALL – Mr. Face Pas de faux pas

(Famous Class 2015)

Alors que 95,76 % des rockers du monde entier trépignent d’impatience dans l’attente du prochain Fuzz (dont la sortie est prévue pour fin octobre), PlanetGong, toujours en avance sur son temps, a décidé de vous parler de Mr. Face, un EP de Ty Segall publié chez Famous Class en début d’année.

Mr. Face a surtout fait parler de lui à sa sortie pour son packaging original, digne plus des grandes heures de Pif Gadget : un double EP dont les deux disques, pressés dans des cires bleue et rouge translucides, font office de lunettes 3D qui permettent de voir la photo de pochette en relief. (Ce que personne n’a dit, en revanche, c’est que 1/ ça ne marche pas du tout et que 2/ vous n’aurez pas l’air de la moitié d’un imbécile en les essayant.) L’objet, en effet, est amusant, mais revenons si vous le permettez à des considérations plus bassement spirituelles, et parlons de musique.

Les quatre morceaux de cet EP – inédits sur album – s’inscrivent dans la droite lignée des titres les moins frénétiques de Manipulator, tels « The Singer », « Tall Man Skinny Lady » ou « Green Belly » : une production sobre sans être plan-plan, un chant décomplexé et débarrassé du fameux écho « segallien » que tout le monde lui a repiqué depuis Lemons, une guitare acoustique au groove implacable menant la danse, régulièrement striée de saillies électriques et soutenue occasionnellement par une batterie dont les roulements frénétiques, désormais, rappellent presque Keith Moon (cf. « Circles »).

Sans surprise, Segall est à nouveau souverain et époustouflant de maîtrise dans un registre qui, pour la première fois peut-être de sa carrière, lui est authentiquement propre. Les morceaux brillent par leur exigence et leur évidence. Croyez-nous, on aimerait tempérer nos ardeurs en ce qui concerne la musique du Californien, mais de « Mr. Face », ballade folk-rock endiablée au cours de laquelle quelques indices de l’emballement final sont habilement distillés, à la lancinante « The Picture » qui clôt le disque, il nous est impossible d’émettre la moindre réserve.

La direction qu’a prise Segall nous comble d’aise. Comme d’habitude, néanmoins, on ne sait s’il s’y tiendra : outre sa propension à tenter de semer le chaland en multipliant les groupes et les genres (en plus de Fuzz, il en a monté deux nouveaux cette année, The GØGGS avec le leader d’ex-Cult, et Broken Bat, un projet de punk hardcore !), il disait l’an dernier vouloir faire un album uniquement à base de percussions. Venant de n’importe quel autre artiste, on trouverait cette annonce un tantinet inquiétante. De la part de Segall, on attend religieusement, confiant, quoiqu’un peu honteux de ne trouver toujours rien à redire à une discographie longue comme un cou de diplodocus (ne me remerciez pas pour cette fulgurance stylistique qui fait trembler les fondements de la critique rock, j’en suis moi-même abasourdi).

 

 

Tracklisting :

A : Mr. Face
B : Circles
C : Drug Mugger
D : The Picture

 

En écoute :

 

 

Vinyle :

 

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

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