THE WANDS – The Dawn Irrésistible

(Fuzz Club Records 2014)

La lassitude croissante causée par l’indigestion de groupes psyché (souvent moyens et scolaires) a ceci de contraignant qu’inévitablement, certains excellents disques passent à peu près inaperçus. The Dawn, du jeune groupe danois The Wands, a manifestement pâti de ce phénomène : des nombreux disques relatifs au genre qu’on a pu entendre ces derniers temps, celui-ci est sans conteste l’un des plus brillants. Son retentissement demeure pourtant mineur.

Il faut dire que le duo arbore l’attirail complet du « psychédélisme 2.0 », celui-là même qui suscite désormais méfiance et circonspection chez de nombreux amateurs : fixette sixties, guitares gorgées de fuzz, orgue omniprésent, son uniforme, poses arty et garde-robe friquée. Néanmoins, il est aussi doté d’une flamboyance et d’un héroïsme rock ‘n’ roll qui le démarquent sans peine de ses contemporains, et le rapprochent davantage de groupes psychédéliques de la fin des années 90 et du début des années 2000 qui font aujourd’hui figure de modèles (The Dandy Warhols, The Warlocks).

The Dawn part sur des bases phénoménales avec son premier titre, « Sound of the machine », qui illustre à merveille ce dont nous parlions dans le paragraphe précédent : parfaitement écrit, produit et interprété, il est probablement le meilleur morceau de l’album et l’un des plus gros tubes psychédéliques de ces dernières années. D’entrée de jeu, Christian Skidbal et Mads Gras annoncent le programme à venir : mélodies accrocheuses, chant frondeur, jeu de guitare tranchant et orgue lancinant en contrepoint. C’est irrésistible.

Passé ce premier morceau d’anthologie, le reste du disque ne pâtit d’aucune baisse de régime, le groupe alternant systématiquement les chansons de deux ou trois minutes, nerveuses et lorgnant franchement vers le garage, avec d’autres titres un peu plus longs et lysergiques. The Wands excelle dans les deux registres : tous les morceaux courts font mouche (« She’s Electric », « War »…), les autres (« Get It Out Of Your System », « Spell My Name ») ont ce qu’il faut d’insolence et d’ingéniosité pour impressionner.

Le groupe qu’on entend tout au long du disque est poseur à outrance, décadent et plein de morgue. Pour faire passer ce genre de pilules et ne pas paraître ridicule, il est évidemment préférable de ne pas se présenter affublé de misérables chansons : The Wands le savent et ont produit en guise de manifeste un premier album quasi parfait. Celui-ci se clôt sur « The Name Of The Mountain », un titre de 7 minutes qui condense efficacement ce qui l’a précédé (ligne de basse mastoque, soli vifs qui s’entrecroisent, mélodie à tiroirs…)1. Un  ultime morceau de bravoure de la part de ce duo sorti de nulle part, qui a l’immense mérite de nous avoir redonné la foi : le remède à l’ennui est tout trouvé, il s’appelle « rock ‘n’ roll ».

 

 

Tracklisting :

  1. Sound of the Machine *
  2. And Full Of Colours
  3. Totem Part II
  4. She’s Electric *
  5. Get It Out Of Your System / Don’t You Wanna Feel Alright *
  6. War *
  7. The Dawn
  8. Circles
  9. Spell My Name *
  10. The Name Of The Mountain *

Un titre qui rappelle ces paroles de Laurent Chalumeau, pestant contre la disparition des albums en tant que standards formels et de ce qu’ils impliquaient : « Y’avait des sous-genres. Y’avait des morceaux de fin de face A, qui appelaient un autre sous-genre, c’était le morceau de début de face B avec évidemment le genre suprême, c’était le morceau de fin de face B. On a tous des souvenirs de morceaux qui sont rentrés dans l’histoire et dans les nôtres car ils étaient magnifiées par cet emplacement. » Nous conseillons à Laurent Chalumeau de jeter une oreille à The Dawn, il se pourrait qu’il retrouve la joie de vivre. (Merci à Dead Rooster.)

 

Vidéos :

« Sound Of The Machine »

« War »

L’album complet

 

Vinyle :

Wands

 

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

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