LET’S WRESTLE – Let’s Wrestle Splendeur d'un enterrement de première classe

(Fortuna Pop 2014)

Le premier EP de Let’s Wrestle, en 2008, s’intitulait In Loving Memory Of. Un titre alors malicieux, pour un disque qui témoignait d’un (très) jeune groupe plein de vie et d’idées , mais qui aurait sans doute mieux collé au troisième et dernier album du groupe. Sorti en 2014, Let’s Wrestle marquait la fin de l’aventure pour le trio mené par Wesley Patrick Gonzalez. Le chanteur excentrique a depuis raconté en détail ses problèmes d’addiction qui l’ont conduit à se montrer paranoïaque et violent avec ses comparses, rendant la fin du groupe inéluctable. Gonzalez s’est depuis refait la cerise, en témoigne la sortie de son excellent premier album Excellent Musician (sur lequel nous reviendrons prochainement), mais la singularité de Let’s Wrestle fait aujourd’hui cruellement défaut dans un monde indie un peu stéréotypé.

Dans l’histoire du groupe, Let’s Wrestle survient après l’épisode slacker très 90s de Nursing Home, produit par Steve Albini et renié par Gonzalez depuis. Sur Let’s Wrestle, le trio s’est réinventé en assumant pleinement ses ambitions pop. Guitares carillonnantes, mélodies ciselées et production léchée sont au programme, ce qui a eu de quoi surprendre les fans de la première heure. Let’s Wrestle, cette grosse blague lo-fi aux textes hilarants, s’est offert un écrin pop majestueux pour ses chansons, et le résultat est sublime. Quelques années après sa sortie, on peut déjà parler de trésor caché. 

Let’s Wrestle, c’est l’album que ceux qui avaient adoré les singles « I Wish I Was In Husker Du » et « Song For Abba Tribute Band » désespéraient de voir le groupe accomplir. Un classique de pop indé où Gonzalez parvient à sublimer ses textes sur des mélodies immédiates, diluant son désespoir dans une ironie douce qui fait mouche à chaque fois, se moquant de tout et surtout de lui. Manifestement en période de difficulté amoureuse au moment d’écrire l’album, Gonzalez se gausse en permanence de sa propre incapacité à digérer sa rupture, et commente ses tourments avec une ironie mordante. En témoigne « Codeine & Marshmallows » où le narrateur évoque le drôle de régime qui l’a « aidé » à surmonter l’épreuve. La chanson commence sur un thème rock’n’roll usé jusqu’à la corde (« My baby’s gone far away« ) et vrille sur un refrain tout en violonades, aussi joliment orchestré que désespéré côté paroles (« Codeine and marshmallows have an aftertaste of sick and blood and loneliness, I don’t know how to get home« ). 

Sur un autre morceau, Gonzalez se lamente de son manque de sex-appeal auprès de la gent féminine : « I am always a friend but never a lover will I be« , plus loin il fait une déclaration d’amour au beau milieu d’une sombre histoire de déménagement (« I Am Fond Of You », dans laquelle il parvient toutefois à glisser qu’il regarde ses amis déménager plutôt que de les aider parce qu’il n’est pas « tough enough for moving stuff« ) ou s’amuse des révolutionnaires de pacotille qui ont mis Londres à feu en 2011 (« Rain Ruins Revolution »). Le reste de l’album est à l’avenant, toujours tiraillé entre noirceur et légèreté. 

Gonzalez est un auteur singulier, une anti-rock star absolue qui pervertit toute chanson enjouée pour en faire une comptine tordue ou une parabole subtile de la dépression. Un véritable outsider qui sort des canons habituels. Cet album de Let’s Wrestle est son chef d’oeuvre car il y subvertit une musique pour laquelle il n’a plus d’intérêt (le rock indé blanc et poseur). Désabusé mais profondément honnête avec lui-même, Gonzalez a depuis tourné la page de cette musique et de cette scène qu’il juge trop refermée sur elle-même, non sans avoir écrit un des meilleurs disques des 10 dernières années dans ce genre…

 

Tracklisting

1. Rain Ruins Revolution *
2. I Am Fond Of You *
3. Codeine And Marshmallows *
4. Always A Friend *
5. Care For You 
6. Tied Up 
7. Don’t Want To Know Your Name *
8. David You Know 
9. Opium Den 
10. Wrexham Aluminium 
11. Pull Through For You 
12. Irish Sea 
13. Watching Over You

 

Vidéos

« Rain Ruins Revolution »

« Codeine & Marshmallows »

 

 

Vinyle

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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