THE PRETTY THINGS – The Pretty Things Jungle beat

(mars 1965, Fontana)

Après avoir quitté le groupe Little Boy Blue & The Blue Boys (un groupe qui connut un peu plus de succès après avoir changé son nom pour celui de Rolling Stones), Dick Taylor (guitare) va fonder avec son compère Phil May (chant) les Pretty Things en 1963. Le nom du groupe vient d’une chanson de Willie Dixon interprétée par Bo Diddley (« Pretty Thing », enregistrée en juillet 1955 à Chicago, sortie en single Checker # 827). Taylor et May recrutèrent Brian Pendletown (guitare rythmique), John Stax (basse) et Pete Kitley (batterie), qui fut rapidement remplacé par Viv Price. Les influences du groupe sont (évidemment) les mêmes que celles de la plupart des groupes de l’époque (Yardbirds, Animals, Rolling Stones, etc.) : les Pretty Things ont pour modèle les bluesmen nord-américains des années cinquante et les pionniers du Rock’n’Roll.

Cependant, le groupe de May et Taylor se distinguait (à plus d’un titre) de ses contemporains. La presse britannique, pas toujours très inspirée, les présenta tout d’abord comme les cousins moches des Rolling Stones… On se souvient de la campagne de presse menée par Andrew Loog Oldham « Laisseriez-vous votre fille épouser un Rolling Stone ? » (en ce temps-là, même Charlie Watts terrifiait la population). Une telle entreprise promotionnelle aurait été impossible pour les Pretty Things : personne n’aurait jamais pu envisager l’éventualité que sa fille sorte avec un des membres du groupe… May, Taylor, Pendletown, Stax et Price forment un vrai gang, ils ont les cheveux longs (bien avant tous les autres), portent des blousons de cuir, et leur musique est en adéquation avec leur inquiétante apparence : agressive, et sans compromission.

Avant la sortie de leur premier album, les Pretty Things avaient sorti trois singles, dont l’extraordinaire « Rosalyn » (en juin 1964), écrit par leur manager James Duncan, et l’excellent « Don’t Bring Me Down » (en octobre 1964). Les inspirations du groupe sont claires : la scène noire-américaine des années cinquante (principalement le Rhythm’n’Blues électrique et urbain de Chicago). 

L’album The Pretty Things sortit finalement en mars 1965 (et se classa sixième dans les charts anglais). La première chanson, « Roadrunner », donne le ton : un Rhythm’n’Blues énergique, parfois agressif, avec de cinglants solos de guitare et d’harmonica, et sur lequel Phil May impose sa voix avec autorité. Le disque possède d’autres morceaux fantastiques, les plus marquants restant sans doute « Judgement Day », « Big City » et « Mama, Keep Your Big Mouth Shut » (un titre pareil, tout un programme). La guitare solo, tenue par Dick Taylor, est unique en son genre : son style – d’une violence nouvelle pour la toute jeune scène anglaise – restera sa marque de fabrique, et son approche reste une référence du jeu de guitare rock. La basse soutient les compos, solide et dynamique ; l’harmonica, également omniprésent, emmène le reste du groupe dans des directions inattendues et surprenantes. Sur « Don’t You Lie To Me », le tour de force réalisé par le groupe est impressionnant : cette ballade blues, constamment sur le fil du rasoir, est l’une des plus belles jamais enregistrées par un groupe anglais. Quant à la reprise de « Pretty Thing », qui clôt le 33 tours original, elle prouve que le groupe anglais n’a pas grand-chose à envier à son idole, le maître (à lunettes) du R&B fifties… Une nouvelle occasion d’entendre – et d’apprécier – le légendaire jungle beat (cela ne se refuse pas), sur cette chanson qui termine cet excellent album, aujourd’hui (totalement?) oublié. 

En effet, les Pretty Things n’ont jamais eu le succès qu’ils méritaient. En tournée à travers l’Europe il y a deux ans, le groupe (reformé pour l’occasion) remplissait petites salles des fêtes de province et salles de cinéma de quartier. Après les concerts – mémorables, les membres du groupe venaient discuter autour d’une bière, signer disques et affiches, le tout avec une gentillesse et une simplicité désarmantes. Pendant ce temps-là, les Stones préparaient une (nouvelle) tournée mondiale triomphale…

 

 

Liste des morceaux :

    1.    Road Runner
    2.    Judgement Day
    3.    13 Chester Street
    4.    Big City
    5.    Unknown Blues
    6.    Mama, Keep Your Big Mouth Shut
    7.    Honey, I Need
    8.    Oh Baby Doll
    9.    She’s Fine She’s Mine
    10.    Don’t Lie To Me
    11.    Moon Is Rising
    12.    Pretty Thing

L’album est en écoute sur Deezer.

 

Vidéos :

« Roadrunner »

 
« Big City »
 
 
« Honey, I Need » et « Don’t Bring Me Down »
 
 

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

3 Comments

  1. Ce groupe est devenu mythique pour moi début 80 lors des 2 covers  »come see me » (little bob story) et  »midnight to six »(inmates).Je garde encore bien présent le souvenir de mon pote bobo débarquant dans ma chambre en éructant des  »alléluia »:il avait déniché d’occas à montpellier une compil des tout premiers albums des  »pretty things »…

  2. Je les ai vu en 2004 dans une petite salle genre MJC à Firminy (patelin merdique de la banlieue stéphanoise).

    En première partie, il y avait Arthur Brown ("I am the king of hellfire and I bring you…. Fire!"). Les Pretty Things ont été absolument magnifiques, jouant les meilleurs morceaux de SF Sorrow et Parachutes ne plus de leurs excellents premiers singles. Un grand moment (Dick Taylor est un peu le papy idéal).

     

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