KAISER CHIEFS – Yours Truly, Angry Mob Retour gagnant

(B-Unique 2007)

Depuis Employment, qui fut l’un des succès les plus surprenants de l »année 2005, les Kaiser Chiefs sont devenus un groupe extrêmement populaire en Grande-Bretagne. On les considère même comme les parrains de la prolifique scène du Yorkshire. Nombreux sont les groupes qui aspirent à ce titre – Arctic Monkeys, Long Blondes, Cribs, etc. – et qui ont fait vaciller le trône des Kaisers ces derniers mois. Histoire de mettre tout le monde d’accord, le groupe est revenu avec les ingrédients qui ont fait son succès : des mélodies imparables emballées dans un écrin Britpop. Une fois encore, c’est un succès.

Au moment de concevoir ce Yours Truly, Angry Mob, il ne fait quasiment aucun doute que les Kaiser Chiefs se sont replongés dans l’écoute de leurs classiques de Blur, notamment The Great Escape, qu’évoquait déjà Employment et dont on retrouve le son familier ici (le fait que Stephen Street soit à la production n’est d’ailleurs pas une coïncidence). Plusieurs morceaux ici portent la marque du groupe de Damon Albarn, et l’application avec laquelle Ricky Wilson singe la voix de ce dernier est stupéfiante. On a connu par le passé des artistes se prenant pour John Lennon (Liam Gallagher est le plus célèbre, Robert Harrison de Cotton Mather le plus doué), Wilson est aujourd’hui le premier clone chantant de Damon Albarn (qui, au passage, est véritablement en voie de béatification ces jours-ci).

Au rang des blureries donc, on dénombre une bonne demi-douzaine de morceaux, à commencer par l’entêtant single « Ruby », qui est un croisement malin entre « Country House » et « Mr. Robinson’s Quango ». On trouve ensuite l’efficace chanson pop « I Can Do Without You », la magnifique ballade « Love’s Not A Competition But I’m Winning » (pensez « Best Days », « Badhead »), l’hymne « Angry Mob » (qui commence comme « It Could Be You » et s’achève en chant guerrier qu’on imagine déjà repris en chœur par une armée de fans abreuvés de bière) ou encore l’excellente « Try Our Best », qu’on pourrait décrire comme le « This Is A Low » des Kaiser Chiefs. A l’écoute de ce dernier morceau, on est d’ailleurs frappé par son familier. On a récemment entendu les Kaiser Chiefs rigoler sur le fait qu’ils surnommaient les solos de leur guitariste (celui qui a un œil fermé, et de façon plus générale une sale gueule, sur la pochette) des noelos. Explication rapide : le gratteux gaucher connaît son Noel Gallagher par cœur et pastiche ses solos à la perfection. « Try Our Best », qui commence sur le mode Blur, s’achève en pur Oasis, avec un solo terminal digne de celui de « Go Let It Out » ou « Champagne Supernova ». Les ennemis intimes de la Britpop sont réconciliés le temps d’une chanson. A défaut d’être génial, c’est un clin d’œil assez drôle.

Pastiches, mimétisme… les Kaiser Chiefs ne seraient-ils qu’un groupe de plagieurs sans imagination? Non. Ces mecs ont un univers à eux, empli de mélodies finement ciselées, d’un humour étrange et d’une énergie contagieuse, qui finit par forcer l’adhésion de l’auditeur. Le point fort des Kaiser Chiefs demeurent leurs morceaux rapides qui viennent s’incruster dans la tête dès la première écoute, pour ne pas en repartir. Le glam « High Royds », la bombinette punk « Thank You Very Much » qui rappelle « I Predict A Riot », le beat dansant « Learn My Lesson Well » et le garage-rock de stade de « Retirement » sont irrésistibles. Dans un autre registre « Everything Is Average Nowadays » est un hymne dansant qui devrait faire un malheur s’il sort en single. Les paroles sont directes, la mélodie simple, le rythme enlevé. Seule l’étrangeté « My Kind Of Guy », qui rappelle les mélodies malsaines des Eighties Matchbox B-Line Disaster dans leur splendeur gothique (façon Etrange Noël de Monsieur Jack) vient briser l’équilibre entre les ballades pop et les morceaux plus remuants.

Avec leurs refrains faciles à reprendre et leur production rutilante, les chansons des Kaisers sonnent énormes et se sifflent sans problème – succès assuré dans les charts. Yours Truly, Angry Mob est un album festif, le digne successeur d’Employment. Ceux qui n’avaient pas aimé le premier essai n’aimeront pas plus le second. Les fans de pop à guitares devraient y trouver leur compte, surtout ceux qui sont tombés dans le rock anglais dans les années 90. On n’a pas fini d’entendre parler des Kaiser Chiefs.

 

 

Tracklisting :

1  Ruby   *
2  The Angry Mob
3  Heat Dies Down
4  High Royds   *
5  Love’s Not A Competition (But I’m Winning)
6  Thank You Very Much   *
7  I Can Do It Without You
8  My Kind Of Guy
9  Everything Is Average Nowadays
10  Learnt My Lesson Well
11  Try Your Best   *
12  Retirement   *

 

Vidéos :

 « Ruby »

« Love’s Not A Competition »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

5 Comments

  1. moi aussi j’ai beaucoup aimé ce deuxième album, mais Kaiser Chiefs s’apprécie bien mieux en concert je trouve (et c’est pour le mois de mai pour moi !)

    sinon, je crois que tu n’as pas la bonne version de l’album, il te manque ‘Boxing Champ’ (entre ‘Everything …’ et ‘Learnt my lesson well’) et c’est dommage parce qu’elle est trés simple mais trés jolie (au piano, avec le batteur au chant).

  2. ok merci pour les précisions, je n’avais pas tout compris les subtilités de leur merchandising …
    et c’est vrai que cette chanson est vraiment à part et en la zappant, on évite de perdre le rythme finalement !

    sinon, ton concert devait être vraiment trés drôle, c’est sûr … mais il n’a pas pu slammer je suppose.  à chaque fois que je les ai vu, ils étaient en pleine forme et m’ont épuisé !

  3. Mwè….  Ben moi, j’ai pas aimé ce nouvel opus. Je trouve cela ….  plat.  Des enfonceurs de portes ouvertes…

    Mais je dois reconnaître que malgré tout, ils ont un sens de la mélodie développée.

    Et que cela se laisse écouter sans déplaisir.

    Mais c’est tout.

    Amicalement

    Pix.

  4. Je persiste et signe : plus cet album reste sur la platine, meilleur il devient.

    Mais je reste convaincu que la prise de risque commerciale reste nulle, et que l’ensemble est peu innovant.  Venant d’un groupe où l’on sent un réèl potentiel artistique, c’est dommage.  Je suppose que la maison de disque n’a voulu prendre aucun risque.

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