GAP DREAM – Shine Your Light Disco Lo-fi

(Burger Records 2013)

Gabriel Fulvimar est un excentrique. Les rumeurs – avérées ou non – vont bon train à son sujet. Il aurait eu une révélation mystique à l’écoute de Conspiracy Of Owls et tout plaqué pour créer Gap Dream. Il vivrait dans les locaux mêmes de Burgers Records à Fullerton et dormirait entre les bacs de vinyles (manifestement entre les cassettes de King Tuff et le rayon Abba). Une seule chose est certaine : c’est un fantaisiste qui se plaît à ne faire que ce qui l’amuse, un mec barré aux idées déconcertantes.

Son premier album sous le nom de Gap Dream était superbe, un exemple de pop mélodique, lo-fi dans l’approche mais néanmoins lumineuse. Une des meilleures sorties du label Burger Records. « 58th Street », « Cover It Up », « Go Ahead »… toutes ces chansons en mode mineur avaient fait de « Shine Your Light » un album très attendu, d’autant que Bobby Harlow (The GO) était annoncé à la production.

On aurait dû s’en douter vu la personnalité des deux lascars mais on vous avoue qu’on n’a rien vu venir : l’association de ces grands malades a accouché d’une monstruosité, d’un album de pop électronique coincé entre new-wave, disco et indie 90s. Un disque dingue, parfois laid au point d’en devenir déroutant, mais assez fascinant pour qu’on y revienne régulièrement et qu’on en redemande. L’exemple type est « Chill Spot », le premier single tiré de l’album, un morceau éminemment barré où la batterie disco au premier plan ne laisse d’espace qu’à un synthé grinçant et à la voix nasillarde de Fulvimar. Après l’effet repoussoir initial, on doit admettre qu’on adore ce morceau aujourd’hui, pour sa mélodie, son côté branleur et son mauvais goût assumé. Un peu à l’image de Mac DeMarco, Gap Dream nous fait apprécier des sons dégueulasses en les sortant de leur contexte variétoche original et en les employant avec nonchalance.

Outre le morceau d’ouverture – qui, avec son synthé tournoyant rappelle le Grandaddy de « Crystal Lake » -, l’album contient plusieurs pistes synthétiques aux mélodies finement ciselées (« Love Is Not Allowed », « Come Home »). Dans le registre bullshit, « Shine Your Love » emporte la palme avec ses trompettes bontempi qui font pouet-pouet et son faux-air de « A Whiter Shade Of Pale ». Le grand charme de Gabriel Fulvimar reste surtout qu’entre deux bouffonneries il est capable d’envoyer des chansons pop parfaites, comme « There’s Blood On The Stone » et « Fantastic Sam » qui sonne comme un inédit des Dandy Warhols de 1994. Ce faisant il nous emmène dans des univers où on n’aurait pas forcément traîné nos guêtres de rockeur monomaniaque. Une belle réussite.

 

 

Tracklisting 

01. Shine Your Light *
02. Chill Spot *
03. Love Is Not Allowed
04. Fantastic Sam *
05. Immediate Life Sentence
06. There’s Blood On The Stone *
07. Shine Your Love
08. Snow Your Mind
09. You’re From The Shadow
10. Come Home *

 

Vidéos

« Shine Your Light »

« Chill Spot »

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

2 Comments

  1. L’album est effectivement aussi déroutant et dégoulinant que réussi et addictif. En revanche, la prestation du groupe – que j’attendais pourtant avec impatience – à l’Espace B m’avait moyennement plu. Impossible de comprendre pourquoi ils avaient noyés leurs compositions sous des nappes électroniques à la limite du supportable…

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